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Saint-Étienne-du-Rouvray : trois semaines de procès et des moments de grâce

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GUY COPONET

JULIEN DE ROSA / AFP

Guy Coponet.

Agnès Pinard Legry - publié le 10/03/22

Le procès de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray s’est achevé mercredi 9 mars avec le verdict. Ouvert le 14 février, il a été l’occasion de plusieurs temps forts, véritables moments de grâce où la miséricorde a tout simplement transcendé les mots, permettant à l’humanité dans ce qu’elle a de plus beau de toucher les cœurs.

Des procès il y en a tous les jours et de tous les genres. Mais les procès parsemés de moments de grâce aussi bouleversants, où le temps semble avoir été suspendu quelques instants, sont rares. Beaucoup plus rares. Celui de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, ouvert le 14 février et qui s’est achevé ce mercredi 9 mars, en fait partie. Les trois accusés présents, Yassine Sebaihia, Farid Khelil et Jean-Philippe Jean Louis, ont été condamnés ce mercredi 9 mars à des peines allant de huit à treize ans de prison.

Derrière ce verdict, point final de trois semaines de procès, se cachent également quelques moments de grâce, particulièrement intenses par leur force symbolique ou leur humanité. Au quatrième jour du procès, jeudi 17 février, le témoignage de Guy Coponet a été le premier. Témoin direct de l’assassinat du père Jacques Hamel, il a été contraint par les terroristes de filmer son martyre avant d’être à son tour frappé de nombreux coups de couteau. C’est la voix chargée d’émotion mais résolument assurée qu’il a raconté pendant une vingtaine de minutes « cette matinée » du 26 juillet 2016. Des faits glaçants qui épaississent le temps dans la salle voltaire du palais de justice de Paris quand, tout d’un coup, jaillit de sa bouche le « Je vous salue Marie ». Cette prière c’est une partie de son témoignage car c’est elle qu’il a récité alors qu’il était couché sur le sol très grièvement blessé de coups de couteau, s’employant à compresser la plaie d’où son sang s’écoulait. « C’est un drôle de moment », raconte-t-il. « On fait appel à toute sa vie, on rentre dans une prière perpétuelle comme dans une retraite. Je finissais la prière à Marie quand j’ai entendu la porte s’ouvrir sur le côté de l’église. »

Aux questions du président de la cour d’assise, Franck Zientara, et des avocats, les réponses de Guy Coponet ont irradié de sa foi, de son espérance. C’est peut-être sa réponse à la dernière question de l’avocate générale lui demandant s’il a pu dire tout ce qu’il espérait que Guy Coponet a achevé de bouleverser l’ensemble des personnes présentes. Sa réponse n’a été rien d’autre que la prière d’abandon de Charles de Foucauld. « Dans tout ce qui s’est passé, je n’y suis pour rien », a-t-il assuré en préambule avant d’enchaîner : « Seigneur fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi je t’en remercie, je suis prêt à tout, j’accepte tout. » « C’est ça le moteur, la force », conclut-il. « Je n’y suis pour rien si j’ai été sauvé ce jour-là à quelques minutes près. On fait confiance en la présence qui nous habite. »

Remercié par Franck Zientara pour la « grande sagesse » de ses propos, il a également ajouté : « La cour salue cette résistance et cette résilience. » Alors que son audition se terminait, l’une des avocates générales de ce procès a également tenu à lui redire à quel point sa déposition l’a touchée et souligné le courage qu’il a eu de venir.

Le pardon a une force qui déplace des montagnes, des montagnes d’épreuves. Porter ce message, c’est mon chemin de vie.

Ce même jeudi dans l’après-midi, Roseline Hamel, la sœur du père Jacques Hamel, a également témoigné. C’est avec la même volonté d’écarter « la haine qui détruit notre humanité, notre liberté et notre fraternité », qu’elle s’est exprimée. Sans rien cacher de sa souffrance qui demeure, elle s’est tournée vers le box des accusés afin de leur dire : « Vous n’aurez pas ma haine ». avant de détailler sa foi en « un Dieu d’amour, un Dieu de pardon, pas un Dieu qui tue ». « Le pardon a une force qui déplace des montagnes, des montagnes d’épreuves. Porter ce message, c’est mon chemin de vie », a-t-elle déclarée. Là encore, la cour a salué son courage et son humanité.

L’étole du père Jacques Hamel

En fin d’après-midi, c’était au tour de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, de s’exprimer à la barre en tant que partie civile. Avant de commencer sa déposition, il a posé près de lui une étole, celle que portait le père Jacques Hamel lors de sa dernière messe, le 26 juillet 2016 à Saint-Étienne-du-Rouvray. « C’est le vêtement que le prêtre met en deux circonstances. Quand il prend un peu de pain et dit : “Ceci est mon corps livré pour vous.” Et quand il dit : “Je te pardonne au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.” Voilà ce qui, aujourd’hui, est dans ma tête, dans mon cœur. », a-t-il indiqué à la cour. Des mots qui ont, une nouvelle fois, résonné avec force.

Une dizaine de jours plus tard, lundi 28 février, c’est Aldjia Kermiche, la mère de l’un des deux auteurs de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray abattu à la sortie de l’église, qui a offert un autre moment de grâce, celui où victimes et familles se tendent la main et avancent ensemble. « Je suis vraiment très peinée pour les parties civiles (…) J’aurais tellement voulu avoir les moyens d’éviter cet attentat, d’éviter tout ça », témoigne Aldjia Kermiche, en tailleur noir, petit foulard noué autour du cou. À la fin de son témoignage, prononcé d’une voix éprouvée mais digne, elle s’apprête à quitter la barre. C’est alors que Roseline Hamel quitte le banc des parties civiles pour la soutenir et s’asseoir à ses côtés dans le public comme le ferait un proche, un membre de la famille. Les deux femmes se connaissent en effet bien. Lors de son témoignage, Roseline Hamel avait ainsi raconté : « Je me suis demandé dans ma prière : qui peut souffrir plus que moi ? Je suis une maman et j’ai eu la réponse. Je n’ai eu de cesse de rencontrer cette mère qui est en souffrance (Aldjia Kermiche, ndlr). Nous avons appris à gérer notre douleur toutes les deux. Ma prière a été entendue. »

Absence de « paroles de haine » des parties civiles

Au dernier jour du procès, ce mercredi 9 mars, les trois accusés ont pu s’exprimer une dernière fois devant la cour spéciale d’assises et les parties civiles. Premier à s’exprimer, Yassine Sebaihia a assuré avoir été « peiné par ce qui est arrivé », a ajouté le jeune homme de 27 ans, affirmant avoir opéré un « changement radical de direction » dans sa vie, en reprenant des études, et aspirer à « poursuivre (sa) vie sereinement comme tout le monde ».

« Je me suis déjà excusé, ça c’est que des mots », a ensuite déclaré Farid Khelil, cousin d’un des deux assassins du père Hamel, assurant vouloir joindre « les gestes à la parole » et devenir « un bon père, un bon citoyen ». Il a affirmé avoir été « profondément touché » par « l’humanisme » du rescapé de l’attentat, Guy Coponet et « avoir compris son message ». Il a également assuré avoir « vu la force » de la sœur du prêtre assassiné, Roseline Hamel. « Vu notre situation, on pourra jamais assez leur demander pardon », a quant à lui souligné Jean-Philippe Jean Louis, à propos des victimes. « On est tous reliés par ce qu’on a vécu dans cette salle. Chaque jour je pense à vous », assure-t-il. Âgé de 25 ans, il a tenu à « remercier » les parties civiles pour l’absence de « paroles de haine » pendant les près de quatre semaines d’audience. Sans haine mais avec humanité. Et espérance.

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