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Pour la Ciase, la sexualité reste un sujet tabou dans l’Église

jeune pretre de dos

Sebastien Desarmaux / Godong

Mathilde de Robien - Publié le 05/10/21 - Mis à jour le 05/10/21

La Commission chargée de faire la lumière sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) a publié, ce mardi 5 octobre, son rapport, estimant à 216.000 le nombre de mineurs victimes d’abus sexuels par un clerc ou un religieux entre 1950 et 2020. Parmi les causes profondes du phénomène des violences sexuelles commises par des prêtres, la vision « excessivement taboue » de la sexualité selon elle au sein de l’Église.

La vision taboue de la sexualité favoriserait une « culture de l’absurde ». Les termes du rapport de la Commission chargée de faire la lumière sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) sont forts, accusateurs, et remettent en question la doctrine et les enseignements de l’Église catholique. Tout simplement parce qu’elle aurait favorisé, selon elle, la survenue de violences sexuelles. Et de fait, la Ciase s’est attachée à étudier les dévoiements, les dénaturations et les perversions, et notamment le « cléricalisme », déjà fustigé par le pape François dans sa Lettre au peuple de Dieu en août 2018. Elle dénonce en ce sens l’excessive sacralisation de la personne du prêtre, la survalorisation du célibat et des charismes chez le prêtre, le dévoiement de l’obéissance lorsqu’elle confine à l’oblitération de la conscience, et le détournement des Écritures.

Offense à la chasteté au détriment de l’offense aux personnes

La commission pointe également du doigt l’attention insuffisante portée aux victimes d’abus. Elle met en garde contre « un droit canonique centré sur le pécheur et l’Église », se focalisant sur « les offenses à la chasteté », au détriment des atteintes aux personnes. « L’approche essentiellement centrée sur le sort ecclésiastique du pécheur a pour conséquence d’occulter la victime qui, aux termes du code de droit canonique, n’a pas la qualité de partie à la procédure, mais de tiers intervenant. »

Les victimes n’étant que peu prises en considération, le Catéchisme de l’Église catholique « procède à une sorte de nivellement mettant à un niveau de gravité comparable des actes pourtant profondément différents par leur impact, » souligne vertement la commission. Par exemple, le Catéchisme (CEC 2352) place à un niveau semblable la masturbation, qu’il qualifie d' »acte intrinsèquement et gravement désordonné », et le viol, d' »acte intrinsèquement mauvais ». « Ce type d’enseignement peut contribuer à favoriser ou justifier des passages à l’acte chez des personnes atteintes de troubles cognitifs ou n’ayant pas un discernement suffisant », alerte la commission.

Auditionnée par la commission, une victime citée dans le rapport témoignait en ce sens d’une certaine confusion quant à la vision de la sexualité qui lui aurait été transmise par l’Eglise : « Cette emprise de l’Église qui fait que tout ce qui touche à la sexualité et à la masturbation des jeunes garçons, tout ça c’est le péché des péchés. Péché mortel. […] la notion de péché mortel, qui était une notion très, très présente dans ma jeunesse. Cette
notion là a pris le relais et c’est pour ça que je qualifie l’Église de pyromane. Parce qu’effectivement elle met le feu, elle allume le feu de la culpabilité ».

La Ciase exhorte donc l’Église à revoir « cette vision de la sexualité qu’elle transmet au quotidien ». Elle invite à ne « pas préférer se taire sur ce que l’on devine comme failles, troubles, ombres, que ce soit dans le célibat, la chasteté, le rapport homme-femme ou l’homosexualité ». Une invitation jugée d’autant plus nécessaire dans une société hyper sexualisée comme la nôtre. Le risque, évoqué par Marie-Jo Thiel, professeur d’éthique et de théologie morale, est qu' »une sexualité déniée (plutôt qu’assumée) expose à des retours de feu pulsionnels qui potentiellement dépassent les possibilités d’autocontrôle ».

Une question majeure à cet égard, est de renforcer les dispositifs permettant de vérifier que les candidats à la prêtrise disposent du discernement et de la maturité requis. L’accent devrait être mis sur la formation intégrale de la personne, notamment sur le plan psychologique, visant une affectivité équilibrée, la maîtrise de soi et une sexualité bien intégrée.

Tags:
abus sexuelsCiasesexualite
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