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« Si j’avais commis tous les crimes », le plus beau poème de Thérèse de Lisieux

© Office Central de Lisieux

Jean-Michel Castaing - Publié le 30/09/21

C’est sans crainte que la petite Thérèse de Lisieux s’approprie les vertus de Jésus pour s’approcher de Dieu. Son poème « Moi si j’avais commis tous les crimes possibles… » résume parfaitement la grâce de sa « voie d’enfance » à la portée de tous.

Sainte Thérèse de Lisieux est un génie spirituel dont l’audace s’appuie sur une théologie très sûre. L’Église ne l’a-t-elle pas reconnue comme l’un de ses docteurs ? C’est à la lumière de sa solidité doctrinale que nous pouvons méditer son célèbre poème « Moi si j’avais commis… » : 

Moi si j’avais commis tous les crimes possibles
Je garderais toujours la même confiance
Car je sais bien que cette multitude d’offenses
N’est qu’une goutte d’eau dans un brasier ardent

La révélation du Sinaï nous apprend que Dieu est un feu qui ne consume pas. À quoi peut bien servir un feu, sinon à brûler ? Or le mystère d’un feu qui brûle sans consumer n’est compréhensible que si nous y voyons à l’œuvre un Être qui, tel un « brasier ardent », brûle en nous nos péchés sans nous détruire. Et comme Dieu est infini en miséricorde, celle-ci sera toujours supérieure à l’ensemble de nos transgressions, ce qui motive Thérèse à garder confiance malgré « tous les crimes possibles ». Ceux-ci, quoique sérieux, sont comme des « gouttes d’eau » comparées à l’océan de la miséricorde divine.

Un cœur qui souffre

Oui, j’ai besoin d’un cœur, tout brûlant de tendresse
Qui reste mon appui, et sans aucun retour
Qui aime tout en moi, et même ma faiblesse
Et ne me quitte pas, ni la nuit ni le jour

Ici, le poème sous-entend la divinité du Christ. En effet, quel cœur pourrait ne jamais quitter le croyant « ni la nuit ni le jour » sinon celui de Dieu, omniprésent ? De plus, Dieu, qui connaît Ses créatures, n’est pas rebuté par leurs faiblesses mais y voit au contraire l’occasion d’épancher davantage Sa miséricorde.

Non, je n’ai pu trouver, nulle autre créature
Qui m’aimât à ce point, et sans jamais mourir
Car il me faut un Dieu qui prenne ma nature
Qui devienne mon frère, et qui puisse souffrir

Dans ce quatrain, Thérèse souligne la réalité de l’Incarnation : Dieu, en Jésus, s’est fait pleinement homme au point d’être devenu capable de souffrir. Mais il reste un Dieu qui, ressuscitant le troisième jour, ne meurt plus. Notons que la fraternité du Christ à notre égard est indexée sur sa capacité à souffrir comme nous et avec nous. C’est cette amitié dans la solidarité qui pousse Thérèse à s’émerveiller d’un Dieu qui « l’aimât à ce point ». 

La sainteté de Jésus est la nôtre

Je ne sais que trop bien que toutes nos justices
N’ont devant ton regard, pas la moindre valeur
Et pour donner du prix à tous mes sacrifices
Oui, je veux les jeter jusqu’en ton divin cœur 

Thérèse ne se fait pas trop d’illusion sur la justice des hommes. Toutefois, elle ne se décourage pas : sa vertu, elle ne la cherche pas en elle-même mais en Jésus. La communion des saints signifie d’abord la communion aux choses saintes. Or, la première « chose sainte », c’est Jésus lui-même ! Ce qui est sien est, par la Rédemption, devenu nôtre, de même ce qui est nôtre est devenu sien par l’Incarnation. Nous lui avons donné une nature mortelle et, en échange, il nous a donné sa sainteté ! En vertu de ce commerce tout à notre avantage, c’est lorsqu’ils sont greffés sur la Croix que nos sacrifices prennent de la valeur.

Le parfait amour

Non, tu n’as pas trouvé créature sans tâche
Au milieu des éclairs, tu nous donnas ta loi
Et dans ton cœur sacré, Ô Jésus je me cache
Non, je ne tremble pas, car ma vertu c’est Toi

Ce quatrain complète le précédent. L’Écriture affirme que mêmes les anges ne sont pas purs aux yeux Dieu. A fortiori les humains ! Cependant, là encore, Thérèse « ne tremble pas » : « Le parfait amour bannit la crainte » (1 Jn 4, 18). Pourquoi trembler en effet puisque, par la foi, notre vertu n’est pas la nôtre mais celle de l’Homme parfait, Jésus ? En chacun de nous, le Père voit son Fils en lequel « nous nous cachons », selon les mots du poème : comment pourrait-il dès lors nous traiter autrement que comme des fils et des filles bien-aimés ? 

Paradoxalement, c’est la petite voie de Thérèse qui nous donne l’assurance d’être sans crainte devant Dieu. Comme une enfant, Thérèse s’en remet complètement à notre Père céleste pour atteindre les sommets. Aussi sa spiritualité, ancrée dans une théologie sûre, est-elle libératrice en portant à son accomplissement ce que Jésus est venu quémander sur cette terre : notre foi et notre confiance. La sainte de Lisieux opère de la sorte une synthèse prodigieuse du spirituel et du doctrinal.

Tags:
poèmepoesieSainte Thérèse de Lisieux
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