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Août 1944, le miracle des ténèbres protectrices de Notre-Dame de la Clarté

LENAIN Hervé / Hemis via AFP

Anne Bernet - Publié le 03/05/21

La France compte plusieurs milliers de sanctuaires faisant l'objet d'une dévotion à Marie. À l'occasion du mois de mai dédié à la Vierge, Aleteia vous propose de découvrir, chaque semaine, un sanctuaire marial méconnu porteur d'une histoire spirituelle forte. Aujourd'hui, découvrez l'incroyable histoire du sanctuaire de Notre-Dame de la Clarté à Perros-Guirec, en Bretagne (1/5).

Il fait un temps glorieux en ce début du mois d’août 1944. Le soleil fait scintiller la côte de granit rose et la mer de Perros-Guirec. Pourtant, personne ne profite des charmes de la station balnéaire qui fut, avant-guerre, l’une des plus prisées de Bretagne. L’ambiance est lourde, les cœurs angoissés. Les troupes alliées, débarquées en Normandie le 6 juin, ont réussi leur percée et foncent vers Paris, mais dans leur avancée elles ont laissé à une seconde vague de libérateurs le soin de délivrer la Bretagne où les troupes allemandes s’accrochent. Parmi ces poches de résistance se trouve le camp retranché de Mez Gouez et ses 600 soldats qui tiennent Perros-Guirec sous le feu de leur artillerie. Ils ne capituleront pas et l’ont fait savoir. Pis encore, ils ont prévenu qu’à la première tentative anglo-américaine de bombardement, ils écraseront le bourg sous leurs obus.

Être ainsi pris en otages de ce conflit qui n’en finit pas ne réjouit évidemment pas les Perrosiens mais, ce qui les afflige plus que tout, c’est qu’en cas d’attaque et de riposte, la chapelle de Notre-Dame de la Clarté, patronne du pays, située à 200 mètres du camp allemand, serait immanquablement anéantie, catastrophe impensable… Dans un an, Ar Itron ar Sklaerden, Notre-Dame de la Clarté, fêtera son demi-millénaire, comme l’atteste la date de 1445 gravée sur l’un de ses piliers de granit rose. En fait, et nul n’en doute dans le Trégor, la dévotion à Marie remonte à des temps bien plus immémoriaux et renvoie à un culte préchrétien, celui de la grande déesse Anna, la Mamm Goz, grand-mère des Bretons, comme l’atteste que la Clarté soit, pour les gens du nord du duché, une étape obligée vers Sainte-Anne de la Palud, lieu de culte païen dédié à la souveraine du monde souterrain, christianisé au Ve siècle par saint Guénolé. Autre preuve de la préexistence d’une dévotion antique, la présence à côté de la chapelle d’une source réputée miraculeuse pour les ophtalmies et cécités. Il est logique que Notre-Dame de la Clarté permette d’y voir clair. Au propre comme au figuré.

La lumineuse clarté de l’Étoile de la mer

Tôt christianisé, le lieu aurait toutefois pris ce nom de “la Clarté” plus tardivement à la suite d’un miracle. À une date indéterminée, mais bien antérieure à celle de 1445, un capitaine, que la Tradition nomme le seigneur du Barac’h, est surpris en mer par le brouillard. Il navigue au milieu des Sept Îles, parages dangereux et, n’y voyant plus rien, et conscient que sa nef, son équipage et lui-même courent à leur perte, il appele à l’aide l’Étoile de la Mer, lui promettant que s’il regagne le port, il lui édifie une chapelle. À peine eût-il prononcé ce vœu qu’une très vive lumière perce les ténèbres et, se guidant sur elle, les marins en péril se tirent du danger. M. du Barac’h, reconnaissant, tient parole et construit la chapelle promise. Telle est la légende fondatrice de la Clarté, qui devait, par la suite, faire ricaner les esprits forts et les historiens, prompts à démontrer l’inexistence d’un seigneur du Barac’h et à prouver que le véritable bâtisseur de la chapelle, du moins en 1445, était en réalité Roland de Coëtmen. 

Les bonnes gens, que ne troublaient point ces arguties de lettrés tatillons, n’en crurent pas moins à la légende de la clarté miraculeuse venue guider vers le port un navire qui, avec le temps, s’était mué en escadre entière. Les gens de mer s’y pressaient, et laissaient dans le sanctuaire des ex-voto de navires, rappelant comment Notre Dame les avait sauvés un jour du naufrage. Les dons, qui affluaient en remerciement d’une guérison ou d’un sauvetage, permirent l’acquisition d’une admirable statue de la Sainte Vierge, portée processionnellement lors du pardon du 15 août, d’un curieux bénitier soutenu par des Maures – peut-être récupéré dans une chapelle templière des environs – et surtout, au XVIIe siècle, l’érection d’une haute flèche qui, servant d’amer aux navigateurs, conforta Notre-Dame de la Clarté dans son rôle de maîtresse des flots et des éléments. Cet attachement des marins trégorrois à leur patronne sauva la chapelle des déprédations révolutionnaires et la Clarté traversa la Terreur sans trop en pâtir. Dès le Concordat, le pardon reprit et ne fit que grandir, tandis que la Côte de granit rose commençait d’attirer les touristes. En 1931, le peintre Maurice Denis, séduit par la chapelle, lui fit don d’un de ses chemins de croix. Tel était le sanctuaire qui, en cet été 1944, se trouvait désormais voué à une destruction certaine par la folie des hommes.

Une purée de pois impénétrable

Début août, alors qu’approche le pardon, que l’on n’ose plus espérer voir se tenir, les Perrosiens aux abois supplient Notre-Dame de la Clarté d’accomplir l’un de ces miracles dont Elle a le secret. Il lui faut sauver sa chapelle et ses fidèles, et, tant qu’à faire, ces Allemands obstinés qui, pour une question d’honneur mal entendu, se vouent à la mort et y vouent les autres. Une neuvaine est entamée à ces intentions.

Les officiers allemands, témoins du prodige et conscients qu’une puissante protection s’étend sur Perros-Guirec, ne veulent pas tenter davantage le Ciel et capitulent.

Le 12 août, exaspérés de la résistance du camp de Perros-Guirec, les Américains décident de bombarder Mez Gouez. La météo est parfaite, la nuit claire et étoilée. Les bombardiers décollent et volent vers leur cible. Or, comme ils arrivent sur zone, un brouillard à couper au couteau monte soudain de la mer et, en un instant, recouvre Perros-Guirec et ses alentours, rendant impossible le repérage de la cible. Ne comprenant rien au phénomène, les pilotes américains, complètement perdus, font faire demi-tour sans larguer leurs bombes. Et constatent, ahuris, que le banc de brume est vraiment très localisé, mais impénétrable… L’état-major ricane et reprogramme l’opération le lendemain soir. Les appareils s’envolent par des conditions atmosphériques optimales, font route sous un ciel lumineux et serein, mais, lorsqu’ils arrivent à leur objectif, le trouvent noyé sous une purée de pois pire que la veille. Ils avouent leur stupeur, les spécialistes météo aussi. On reprogramme une nouvelle attaque pour le soir.

Les honneurs du couronnement

Elle ne fut pas nécessaire. Non moins ahuris que les pilotes alliés, les officiers allemands, témoins du prodige et conscients qu’une puissante protection s’étend sur Perros-Guirec, ne veulent pas tenter davantage le Ciel et capitulent. Nous sommes le 14 août, vigile de l’Assomption et jour du pardon qui se tient dans une ferveur immense. Notre-Dame de la Clarté dissipent les ténèbres, mais elle sait aussi, le cas échéant, les rendre impénétrables. Pour la remercier du prodige, Elle reçoit, le 15 août 1945, pour ses cinq cents ans, les honneurs du couronnement. Elle les avait bien mérités !

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