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Enlèvements à Haïti : “La parole de l’Église est attendue !”

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REGINALD LOUISSAINT JR / AFP

Manifestations contre le gouvernement à Haïti, février 2021.

Agnès Pinard Legry - publié le 21/04/21

Prêtre haïtien exerçant dans le diocèse de Rennes, le père Francklin Gracia partage avec Aleteia son sentiment près de deux semaines après l’enlèvement de sept religieux, dont deux Français, près de Port-au-Prince. Il rappelle également le rôle essentiel de l’Église sur place.

Une fois le choc passé, l’incompréhension demeure. Prêtre haïtien nommé à Pacé, dans le diocèse de Rennes, le père Francklin Gracia revient pour Aleteia sur l’enlèvement, dimanche 11 avril, de sept religieux – dont deux Français – près de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. “J’ai appris par un confrère sur place ce qui se passait juste après avoir célébré la messe”, confie le prêtre. “En lisant son message ça a été le choc, l’incompréhension totale”.

Aleteia : Comment avez-vous réagi en apprenant ce nouvel enlèvement ?
Père Francklin Gracia : Par l’incompréhension, l’indignation, la révolte… et la peur. J’ai reçu un message dans l’après-midi du dimanche 11 avril d’un confrère sur place me disant que la situation était particulièrement difficile car dix personnes avaient été enlevées, dont cinq prêtre et deux religieuses. Je connais tous les prêtres dont un surtout avec qui j’étais au séminaire et un autre, le père Briand, français, qui m’a accueilli lorsque j’ai fait ma demande pour entrer au séminaire à Haïti. C’est à peine croyable, je n’imaginais pas qu’un tel enlèvement soit possible. Le père Briand par exemple est très aimé par les Haïtiens dans les différentes communautés qu’il a servies. Il est connu partout, dès qu’on le voit on l’appelle ! C’est pour cela que c’est d’autant plus incompréhensible. Il y a cette peur désormais que me confie mes confères sur place : qui sera la prochaine victime ? Ils continuent leur mission avec espérance et confiance, bien sûr, mais certains commencent à avoir peur de circuler.

Les religieux sont victimes, au même titre que tous les Haïtiens, de cette insécurité généralisée.

Pensez-vous que l’Église soit volontairement prise pour cible par les groupes armés ?
Les religieux n’étaient pas spécifiquement visés. Ils se trouvaient sur la route au mauvais endroit, au mauvais moment et ont été interceptés. Pour l’instant il n’y a pas de persécutions religieuses dans le pays. Mais les religieux sont victimes, au même titre que tous les Haïtiens, de cette insécurité généralisée, de ces enlèvements. L’archevêque de Port-au-Prince, Mgr Max Mésidor, n’a pas caché son indignation à ce sujet. Il a lancé cet appel : “Arrêtez de détruire le pays, de détruire l’espoir du peuple haïtien, arrêtez de mordre la main qui vous nourrit”. Ce dernier point est extrêmement important. Face à ce nouvel enlèvement le sentiment d’indignation est partagé par l’ensemble de la population mais il est d’autant plus fort pour l’Église qui est particulièrement proche et à l’écoute de la population. Dans les lieux les plus reculés d’Haïti, l’Église catholique suppléé à l’inefficacité voire à l’absence totale de l’État. À travers les écoles, les hôpitaux, les centres d’accueil etc, elle accompagne quotidiennement les Haïtiens.

Quel rôle joue l’Église à Haïti ?
L’Église d’Haïti est une institution très structurée dans le pays. Les Haïtiens ont confiance en l’Église et quand la situation est délicate, comme c’est le cas aujourd’hui, sa parole est attendue par le peuple. Les gens ont soif de son discours, de sa position sur les sujets d’actualité, de société, de sécurité. Et quand l’Église propose quelque chose, le peuple suit ! Il suffit de regarder ce qui s’est passé jeudi dernier, le 15 avril. Les évêques ont appelé à ce que les écoles, universités etc catholiques cessent de travailler ce jour-là en signe de protestation et ils ont fait sonner les cloches à midi. Et la société civile a suivi ! Nombre de commerces ont fermé comme un jour férié. J’insiste : l’Église est un acteur de la société civile reconnue. Quand, il y a des problèmes politiques, elle est très souvent sollicitée pour permettre un dialogue plus apaisée.

Le peuple haïtien porte en lui une grande force pour regarder vers l’avenir.

Quelle est votre espérance aujourd’hui ?
Depuis un peu plus de deux ans, on constate une insécurité grandissante et inquiétante dans de nombreuses zones de non-droit à Haïti, infestées par des gangs armés. Ces personnes sont des enfants du pays qui sont mal accompagnés, qui n’ont pas les moyens de se nourrir de vivre et qui sont aussi manipulés car sinon comment auraient-ils des armes ? Mais puisqu’ils en ont, ils érigent leur autorité pour vivre, quitte à opprimer d’autres personnes. Mon espérance, comme l’a très bien dit l’évêque de Port-au-Prince, est d’arriver à surmonter cette épreuve par la prière, bien sûr, et par une action raisonnée des politiques. Le peuple haïtien porte en lui une grande force pour regarder vers l’avenir. Lors de sa bénédiction Urbi et Orbi de Pâques, le pape François a demandé à ce que le peuple haïtien reste toujours dans l’espérance. L’Église du pays continue ainsi, envers et contre tout, à accompagner et soutenir le peuple de Dieu dans cette espérance.

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