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Aux Beaux-Arts de Paris, la Passion du Christ à l’honneur

© Caroline

Jeanne Larghero - Publié le 20/03/21

La jeune artiste nous montre que, mystérieusement, le dessin n’imite pas le réel qu’il figure, mais nous donne à le voir enfin.

Un appel à projet a été lancé aux étudiants et récents diplômés des Beaux-Arts de Paris : présenter une création artistique dans la chapelle des Beaux-Arts sur le thème de la crucifixion ! À l’origine du projet, le prêt d’un bas-relief XVIe conservé dans la chapelle, au musée de la Renaissance d’Écouen, pour l’exposition « Le Renouveau de la Passion ». Ce bas-relief représente le Christ en croix, encadré des larrons agonisants, cerné par les chevaux cabrés de la garde romaine. Au pied de la croix, les yeux rivés sur Jésus, un groupe se désole… L’œuvre lauréate se devait donc de prendre l’emplacement du chef d’œuvre de François Marchand, et se trouver ainsi exposée dans la chapelle jusqu’au mois de juin.

Le retour du dessin

Le premier prix, remporté par Domitille Siergé, 23 ans, est un hymne au dessin, confirme le retour au dessin, invite à renouer avec le dessin. Son œuvre, qui est visible sur le site Internet des Beaux-arts, ou sur rendez-vous dans la Chapelle (mesures anti-Covid obligent) est une preuve, s’il en fallait, que l’art est essentiel à la vie, qu’il comble un besoin vital de l’âme : le besoin d’invisible. Et particulièrement le dessin qui, en se donnant pour mission de figurer le réel, nous met en contact avec la réalité. Il nous ouvre les yeux sur le monde qui nous entoure, sur ses nuances innombrables, sa profondeur de champ infinie, et le caractère insaisissable de la nature : mystérieusement, le dessin n’imite pas le réel qu’il figure, mais nous donne à le voir enfin. Ainsi Goethe notait dans ses carnets : « Ce que je n’ai pas dessiné, je ne l’ai pas vu. » Et voilà pourquoi l’historien de l’art Jean Clair poursuit : « Le dessin n’est pas seulement la preuve de ce que j’ai vu, il est ce qui me permet de voir » (Considérations sur l’État des Beaux-Arts, essais Folio, 2015). Il est une fenêtre ouverte sur l’invisible tout proche.

Jésus de dos

L’intuition de Domitille Siergé en est une forte illustration : elle a représenté à la plume, à l’encre, et sur un grand format de 100 par 100, la scène de la crucifixion, mais… vue de dos. Comme si vous pouviez faire le tour du bas-relief initial et explorer enfin toutes les dimensions cachées de la scène. Comme si le bas-relief était devenu sculpture. Au premier plan, le revers de la croix, derrière lequel se dessinent les bras étendus du Christ, et se devine sa tête inclinée vers la terre. De dos aussi les corps mouvementés, torturés, des larrons. Au centre, cette croix du Christ, plantée droit comme une flèche, solide comme un mât arrimé au ciel, crève les yeux. Domitille Sergié explique avoir voulu restituer la pureté des traits préparatoires aux moulages des bas-reliefs, mais aussi la force des dessins d’un Léonard de Vinci, unissant l’histoire d’une technique séculaire à la modernité de son propre regard. Car elle ajoute également : n’ayant pas eu de culture religieuse, j’ai réalisé un grand travail de recherches pour comprendre qui étaient les personnages représentés dans la scène, et leur histoire. De ses propres mots, cette enquête l’a passionnée. Et paradoxalement, cette absence de culture religieuse préalable lui a permis, dit-elle, « d’oser montrer Jésus de dos ».

Une intuition théologique profonde 

Et quand Jésus m’est montré de dos, savez-vous ce qui devient alors invisible ? Les visages. Celui des larrons : l’un tourne son front vers le ciel, car Jésus vient de lui promettre qu’il y siègerait, aujourd’hui même, avec lui. L’autre laisse pendre la tête vers le sol, lui qui n’a pas pu reconnaître en Jésus son sauveur. Invisible également le visage de Jésus, visage de la consolation penchée vers ceux qui se désolent. Ce dessin est alors porteur d’une intuition théologique profonde : il ne suffit pas de regarder pour voir.  Alors ? Voilà comment un dessin propose une méditation sur l’art. Il y a urgence à ré-ouvrir les musées, libérons les œuvres qui méritent d’être vues, libérons les jeunes talents qui, crayons en main, pourront replanter leur carton à dessins devant les œuvres qui instruisent, nourrissent et inspirent. Et voilà aussi comment un dessin nous donne à méditer sur la foi : Jésus crucifié, scandale absolu, ouvre pour l’éternité son cœur et le Ciel à tous ceux qui tournent vers Lui leur visage. 

Tags:
Arts
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