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Pascal Ide : « La fin d’un monde n’est pas la fin du monde »

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Mathilde de Robien - Publié le 15/12/20

Dans son dernier ouvrage, le père Pascal Ide livre une profonde réflexion sur la place de l’homme au sein de la création. Loin d’effrayer le lecteur par la menace d’un effondrement écologique, il invite au contraire à inscrire chacune de nos histoires dans la grande histoire qui va de la création à la fin des temps. Une grande bouffée d’espérance.

Les 4 sens de la nature (Emmanuel), le dernier ouvrage du père Pascal Ide, prêtre de la communauté de l’Emmanuel, docteur en médecine, en philosophie et en théologie, invite l’homme à retrouver sa juste place dans la création : ni prédateur de la nature, ni simple hôte de la Terre. Pour cela, quatre grandes étapes sont nécessaires : l’émerveillement, la compassion, la responsabilité et l’espérance. Entretien.

Aleteia : Quels sont les différents rapports que vous observez aujourd’hui entre l’homme et la création ?
Père Pascal Ide : Trois visions coexistent aujourd’hui. Il y a d’abord la vision anthropocentrique, très toxique, largement critiquée par le pape François dans son encyclique Laudato Si’, selon laquelle la nature est exploitée par l’homme, jusqu’à l’épuiser. Un modèle qu’il appelle le « paradigme technocratique ». Une autre vision, totalement opposée, mais que le pape fustige également, est la vision biocentrique ou écocentrique : elle place la vie ou l’environnement au centre. L’homme y est, au mieux, un hôte que la Terre héberge, et au pire, un prédateur qui mériterait de disparaître. Les papes Benoît XVI et François ont tous deux critiqué ces deux modèles qui sont finalement l’endroit et l’envers d’une même erreur : celle d’opposer l’homme et la nature. Demeure une troisième vision, que j’appelle moraliste, où l’homme se sent investi d’une responsabilité écologique exorbitante. Quand la question de l’écologie est abordée, les réactions des chrétiens sont diverses et opposées : certains se sentent très motivés et multiplient les actions écoresponsables quand d’autres sont démotivés, découragés ou en colère. Ces derniers sont souvent divisés : d’un côté, ils aiment la création, qui est miroir du Créateur (Sg 13,1-9 ; Rm 1,18-21) et sont désolés de ses ravages, de l’autre, ils se sentent impuissants face à des exigences qu’ils trouvent écrasantes : comment recycler en pleine ville ? Comment se nourrir de manière saine sans faire exploser son budget ?, etc…

Nous, les chrétiens, nous appartenons à une grande et belle histoire, racontée par la Bible, explicitée par la Tradition. Cette histoire nous donne du souffle et de l’espérance.

Votre livre apporte justement une réponse, une parole pleine d’espérance face à ce désarroi.
Oui, c’est une des intentions de mon livre. J’ai voulu montrer que si l’on veut responsabiliser l’homme face à la création, le discours moralisant n’est pas suffisant. C’est un peu comme les homélies moralisantes dont nous, prêtres, nous sommes faits une spécialité ! Sur le coup, cela peut réveiller le fidèle, mais à long terme, il en sort plus culpabilisé que motivé. De même que l’homélie sortira du moralisme en inscrivant les paroles du Christ dans toute l’histoire sainte, de même, et c’est une autre idée-force du livre, il s’agit d’inscrire nos brèves histoires dans la grande histoire, celle que raconte la Bible, et qui inclut la nature. Alors que la postmodernité proclamait, avec Jean-François Lyotard, « la fin des grands récits », je suis frappé par le succès des livres de Harari (Sapiens et Homo Deus) et d’autres qui proposent d’inscrire l’homme dans une grande histoire. Depuis la fin du marxisme, l’Occident ne sait plus à quelle histoire il appartient. Il peut avoir l’impression que celle-ci se répète, que nous sommes arrivés à la fin de l’histoire (Fukuyama) ou que « tout va s’effondrer » (les collapsologues). Pourtant, nous, les chrétiens, nous appartenons à une grande et belle histoire, racontée par la Bible, explicitée par la Tradition. Cette histoire nous donne du souffle et de l’espérance.

En quoi l’Histoire sainte peut-elle donner de l’espérance aux chrétiens ?
D’abord, c’est une histoire qui a un début et une fin, or nous avons besoin de cela pour avancer sur un parcours fléché. Ensuite, certains paramètres humains annoncent un effondrement social, économique, politique, sanitaire et ultimement, écologique. Mais ce n’est qu’un aspect. Nous assistons sans doute à la fin d’un modèle de société. Mais la fin d’un monde n’est pas la fin du monde ! L’Ecriture nous garantit que c’est Dieu qui mène l’histoire.

L’espérance du chrétien réside dans l’harmonie, en et par Dieu, de l’homme, de la nature et de leur transformation par la technique, et non la domination de l’homme sur la nature ou de la nature sur l’homme.

Ouvrons la Bible, justement. Elle commence par l’histoire d’un jardin, le jardin d’Eden, dans lequel l’homme est installé avec le commandement non seulement de la garder, mais de la cultiver (Gn 2,5 et 15). Dès le point de départ, nous avons bien trois éléments : la nature, l’homme et le fruit de son travail. Rendons-nous maintenant au dernier livre de la Bible : l’Apocalypse. Y est évoqué la Jérusalem céleste : une ville, œuvre de l’homme donc, mais dans laquelle coule un fleuve et poussent des arbres. La nature y est bien présente. L’espérance du chrétien réside donc dans l’harmonie, en et par Dieu, de l’homme, de la nature et de leur transformation par la technique, et non la domination de l’homme sur la nature (l’anthropocentrisme) ou de la nature sur l’homme (le biocentrisme).


NATURE

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Tel est donc le fondement de notre espérance : Dieu nous promet que, peu à peu, vont converger ces trois réalités que nous voyons tant diverger aujourd’hui : l’homme, la nature et la technique qui en est le croisement. Nous ne savons pas quand ni comment. Mais Dieu tient toujours ses promesses, ainsi que l’histoire sainte le montre. Attention, il ne s’agit pas d’une pseudo-espérance quiétiste où Dieu ferait tout à la place de l’homme, mais d’une histoire où Dieu passe par le cœur, l’esprit et les mains de l’homme. Bref, une histoire responsable.

Quel cheminement proposez-vous pour concrètement tendre vers cette responsabilisation écologique ?
J’ai découvert avec beaucoup d’intérêt tout un courant, l’écopsychologie. Tout en m’en inspirant, je propose un chemin un peu différent en quatre temps. Tout d’abord le temps de l’admiration : émerveillement pour la nature, émerveillement redoublé pour son chef d’œuvre, l’homme et la femme créés à l’image de Dieu. Vient ensuite, le pape François y insiste, le temps de la compassion envers la nature. Et cette compassion n’est réelle et ne nous affecte que si nous prenons conscience de notre connexion à la nature. Notamment à travers notre corps et sa santé. La conscience écologique ne s’éveillera pas tant qu’on ne mesurera pas à quel point nous sommes intimement liés à la nature – et sur ce point, les peuples autochtones ont beaucoup à nous apprendre.


POPE FRANCIS GENERAL AUDIENCE

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Ce n’est qu’à ce moment-là que nous pourrons poser véritablement un acte d’engagement et de responsabilité écologique qui ne soit pas moralisant. Encore faut-il, dans un dernier temps, pour ne pas sombrer dans le découragement, l’ouvrir à l’espérance. Je ne verrai peut-être pas un recul spectaculaire de la pollution ou n’entendrai peut-être pas les oiseaux chanter à nouveau dans nos campagnes. Mais l’essentiel est de faire sa part, à sa mesure : à l’instar du colibri, dans la fable de Pierre Rabhi. Et de nous rappeler la parole du Sanctus : « Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire ».

Les 4 sens de la nature, Pascal Ide, Editions de l’Emmanuel, novembre 2020, 19 euros.

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