Recevez la newsletter d'Aleteia chaque jour!
Chaque jour, du beau, du bon et du vrai avec la newsletter d'Aleteia!
Je m'abonne gratuitement!
Aleteia

Il y a cinq ans, le cri prophétique de Laudato Si’

POPE FRANCIS GENERAL AUDIENCE
Antoine Mekary | ALETEIA | I.MEDIA
Partager

Le 24 mai 2015, le pape François publiait Laudato Si’, première encyclique dans l’Histoire donnant un éclairage catholique mais aussi universel (le texte est adressé à toutes les personnes de bonnes volonté) à la question de l’écologie. Et si ce plaidoyer pour une défense de la « maison commune » reste toujours aussi marquant aujourd’hui encore, c’est qu’il a distillé quelques idées structurantes qui ont radicalement – c’est-à-dire à partir des racines même de l’Eglise – renouvelé les perspectives de sa mission dans notre société.

L’encyclique Laudato Si’ a été un coup de tonnerre pour la société toute entière, enthousiasmant nombre de personnes qui ne semblaient ne pas s’attendre à un tel engagement de la part du Saint-Siège. Se souvient-on que Libération – peu suspect de papolâtrie – propulsait alors en Une le pape François, revêtu pour l’occasion d’une calotte et d’un camail verts ? L’encyclique s’adressait à tous, et elle ne laissa personne indifférent. Son impact fut en quelque sorte immédiat : nombreux sont ceux qui considèrent que le succès de la COP 21 en novembre 2019, quelques mois après la publication de l’encyclique, doit beaucoup à l’intervention personnelle du chef de l’Église catholique dans le débat.

« Tout est lié »

Le magistère de l’Église était déjà riche sur la question du rapport que l’homme doit entretenir à la Création – le début de l’encyclique le rappelle – mais Laudato Si’ est venu condenser d’une part des années de sagesse et de réflexion sur la question, mêlant préceptes bibliques, mystique médiévale, doctrine sociale de l’Église et d’autre part une analyse contemporaine, anthropologique et écologique, pour parvenir à une analyse ancrée dans le temps présent mais capable d’irriguer toute l’action de l’Église pendant longtemps.

L’idée clé qui permet à Laudato Si’ d’être si éclairante est son soin à mettre en avant l’interconnexion générale des différentes dimensions de la vie, qu’elle entend affirmer et souligner. « Tout est lié », formule répétée huit fois dans l’encyclique, n’est pas une simplification ou un complotisme. Elle ne nie pas les complexités. Elle rappelle une vérité qu’on peut avoir tendance à oublier, qui est que l’on ne peut concevoir de vie chrétienne sans prendre en compte le soin à porter à la Création, de la même façon qu’on ne peut penser l’écologie autrement qu’intégralement, c’est-à-dire en intégrant à cette science de la « maison commune » tout ce qui fait de l’environnement un ensemble relationnel.

« L’environnement est une relation permanente entre l’homme et la nature qu’il habite, sous le regard du Père. »

Dans l’écologie intégrale, le rapport de l’homme à la nature n’ignore ni la dimension transcendante et ontologique, celle de Dieu, pas plus que la dimension culturelle et spirituelle, celle d’une humanité ancrée dans des siècles d’histoire au milieu du jardin terrestre. L’environnement n’est pas un décor sur lequel peut se jouer les grandes manœuvres économiques et politiques, mais une relation permanente entre l’homme et la nature qu’il habite, sous le regard du Père.

La nature, un don fragile

Laudato Si’ n’a pas fait que des enthousiastes, et ce dans et hors de l’Église catholique. Nombreux sont ceux qui ont reproché au Pape de ne s’exprimer sur des sujets sur lesquels il ne pouvait faire valoir une quelconque expertise, en science et en économie notamment, arguments réfutés par le Saint-Siège et de nombreux membres de la communauté scientifique. Mais la source de l’irritation que soulève l’encyclique pour certains lecteurs, notamment chrétiens, est plutôt à chercher dans les deux rappels essentiels opérés dans le texte, qui donnent à ce texte sa dimension intégrale ; en révélant les racines de ces valeurs chrétiennes écologiques, le pape François incitait à opérer des changements radicaux.

La première racine est celle de l’importance du don dans la nature. Le pape souligne que l’environnement est un bien commun que l’homme reçoit comme propriété transitoire. Il doit l’entretenir tel un jardinier dans le domaine de son maître. De ce labeur dans le jardin terrestre du Seigneur, l’homme obtient du fruit et en tire son unique subsistance. La Création est ainsi un don de Dieu qu’il convient de partager et de transmettre dans son intégrité. Or notre époque se contente de la dominer sans compter, comme un propriétaire peu soucieux de l’avenir de son bien.

Le second est celui de l’inhérente fragilité des équilibres de la société, dans laquelle se retrouvent menacés la nature en même temps que celle de l’humanité dans ses dimensions anthropologiques et sociales. Lutter contre l’environnement sans lutter contre la misère dans laquelle vivent encore tant d’humains est inconcevable, et même impossible, tant les deux fragilités sont corrélées, selon le chef de l’Église catholique.

Vers une conversion écologique

Ainsi avec Laudato Si’, le pape François opère une actualisation de la doctrine sociale de l’Église où l’écologie devient une dimension supplémentaire et essentielle du « développement intégral » de l’homme, tel que prôné par l’enseignement social de l’Église formulé par ses prédécesseurs. La dimension écologique se déploie dans trois modalités d’action : tout d’abord la sauvegarde de la maison commune, qui demande de prendre en compte les responsabilités diverses dans sa mise en danger. C’est sur cette base que le pape parle de « dette écologique » des pays riches vis-à-vis des pays pauvres.

Il s’agit ensuite d’opérer une conversion écologique. Celle-ci est une attitude de gratitude envers Dieu pour ce qui nous a été donné, mais aussi une prise en compte de la dimension communautaire de l’écologie, autrement dit que la sauvegarde de la maison commune ne saurait être une affaire individuelle, mais au développement d’une forme de créativité écologique dans la société toute entière.

Enfin, le pape François rappelle qu’une dimension proprement écologiste ne peut se passer d’une dimension spirituelle, celle d’une sobriété joyeuse ou plutôt une « ivresse sobre » comme l’affirmait saint Bonaventure, le théologien de la pensée de saint François d’Assise, c’est-à-dire le choix de trouver dans l’expérience libératrice des limites une source pérenne d’émerveillement.

2020, année de mise en pratique de l’encyclique ?

L’année 2020, cinq ans après la publication de Laudato Si’, aura été marquée par deux événements importants qui montrent la portée prophétique du document. Le premier est la publication de l’exhortation apostolique Querida Amazonia en février dernier. Dans ce texte, le pape François opère tout simplement une application pratique de Laudato Si’. En suivant un même fil rouge, celui de la splendeur menacée de l’Amazonie, le Pape parvient à montrer le lien profond qui unit les questions environnementales, les urgences sociales et enfin les questions propres plus spécifiquement à l’Église dans cette région.

Avec la création du Dicastère pour le service du développement intégral en 2016, autre conséquence de Laudato Si’, le pape François a tenu à ce que l’Église ne dissocie plus les questions de société sur lesquelles elle a été habituée à intervenir aux grandes questions sociales et environnementales de notre époque. Il a commencé à dessiner les contours d’un « péché écologique« , qui n’est pas un péché contre une nature déifiée mais contre la Création et donc contre l’homme directement. L’encyclique est le cahier de route désormais de toutes les parties de l’Église, celle qui lui permet de prôner une « espérance créatrice ».

Querida Amazonia en est l’illustration la plus probante, tant le « rêve amazonien » du pape François prend racine dans les coutumes, les réalités sociales et la spécificité naturelle du bassin de l’Amazone, ces dernières étant profondément entremêlées et donc liées.

L’autre événement est bien entendu la crise sanitaire qui touchent encore toute la planète, qui a montré toute la vulnérabilité dont avait parlé le pape François, une vulnérabilité qui montre les défaillances profondes de la société contemporaine, les limites d’une société qui se trouvait sans limite… Mais aussi tous les secrètes ressources de fraternité et de créativité qui sommeillaient en l’humanité et qu’appelait de ses vœux le chef de l’Église dans son encyclique.