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Le christianisme, dernière chance de la liberté en Occident

ORATORY ORGEVAL

Morburre CC

L'oratoire d'Orgeval, en Isère.

Jean-Michel Castaing - Publié le 27/09/20

La conception chrétienne de la liberté est une rencontre entre la liberté de choix et la liberté d’accomplissement de son identité. Cette liberté est la réponse aux deux impasses actuelles que sont le fondamentalisme religieux et la tyrannie des désirs arbitraires.

La liberté représente plus que la capacité de faire « ce que je veux », que l’expression de désirs arbitraires. Elle relève davantage de l’être que du faire. L’homme est libre dans son intériorité avant que d’agir librement. De ce point de vue, toutes les incantations ne serviront à rien : si l’homme ne se ressaisit pas spirituellement, s’il ne fortifie pas son être intérieur, il est probable qu’il finisse par succomber à la tyrannie, que celle-ci soit extérieure ou intérieure. Toutes les déclarations de droits, toutes les juridictions extranationales, seront impuissantes à réfréner cette servitude. Car la vraie liberté, loin de résulter de principes juridiques, est d’abord une question d’état d’esprit. Or la liberté des postmodernes s’avère être un simple droit abstrait qui ignore toute finalité.

La synthèse chrétienne

C’est ici qu’il convient de considérer la liberté que la foi chrétienne a engendrée dans l’histoire. En Occident, la liberté est née de la rencontre entre une autonomisation croissante de l’individu et la prise de conscience de son identité.

Dans la civilisation chrétienne, l’homme a été capable de concilier les deux caractéristiques fondamentales de la liberté : le pouvoir de décider par soi-même et l’acceptation de son identité.

Dans la civilisation chrétienne, l’homme a été capable de concilier les deux caractéristiques fondamentales de la liberté : le pouvoir de décider par soi-même et l’acceptation de son identité. En effet, la liberté consiste autant dans la liberté de choix que dans l’accomplissement de ses virtualités, ce que l’on appelle la liberté de qualité. Décider de faire ce qui me passe par la tête ne suffit pas. Je ne serai libre qu’en cultivant les talents que Dieu a déposés en moi. La liberté n’est pas caprice mais capacité à porter à l’excellence les potentialités que je recèle en moi-même pour m’accomplir.

La révolution de l’Incarnation

Pourquoi le christianisme a-t-il pu réaliser la synthèse de ces deux caractéristiques de la liberté ? La cause réside dans la révolution apportée par l’Incarnation. En se faisant chair, le Verbe de Dieu a conféré une dignité incomparable à l’homme. Celui-ci est devenu capable de refléter quelques-uns des attributs de l’Être divin.D’autre part, parce que dans le Christ les deux natures, humaine et divine, sont unies sans être confondues, son humanité possède une autonomie relative par rapport à sa divinité. Cette spécificité de l’être du Christ va rejaillir sur tous les hommes. Grâce à l’Incarnation, la consistance propre de l’être humain est reconnue. En Jésus, les natures humaine et divine sont pleinement sauvegardées dans leur consistance propre. 




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Voilà pourquoi, dans les créatures que nous sommes, la liberté humaine n’entre pas en contradiction ni en concurrence avec le salut théologal. La Rédemption ne fait pas l’impasse sur les libérations terrestres, qu’elles soient sociales, économiques ou culturelles.

La foi chrétienne, en nous élevant, en Christ, à la dignité de fils de Dieu, nous confère une liberté capable d’accorder nos actes à un tel statut. La liberté chrétienne est à la fois action et réception, choix et don. 

Aussi l’expression de notre liberté est-elle un droit légitime, non la revendication d’une révolte envers un ordre établi ou une divinité ombrageuse et jalouse. La double nature du Christ fonde la légitimité de l’autonomie humaine. Puisque Jésus de Nazareth a révélé Dieu dans l’exercice de sa liberté humaine, les hommes ne blasphèment pas en revendiquant le droit d’user de leur liberté propre pour mener leurs vies. De la sorte, l’autonomie relative des réalités créées est reconnue. 

Dans le même temps, le christianisme fait droit à la deuxième caractéristique de la liberté, celle qui touche à l’accomplissement de notre identité. En effet, la foi chrétienne, en nous élevant, en Christ, à la dignité de fils de Dieu, nous confère une liberté capable d’accorder nos actes à un tel statut. La liberté chrétienne est à la fois action et réception, choix et don.

Entre islam et arbitraire postmoderne

Cette liberté est la réponse adéquate aux deux impasses auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui. Face à l’islam pour lequel il n’est d’accomplissement que dans la soumission à la loi divine, le christianisme soutient que les réalités terrestres possèdent leurs lois propres, que l’homme est libre de trouver par lui-même des solutions, selon les circonstances, aux problèmes rencontrés dans l’histoire profane, qu’il existe du « jeu » entre les exigences divines et l’autodétermination dans la cité des fils de Dieu. Cette spécificité est particulièrement cruciale pour ce qui touche la problématique politique de la laïcité.




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D’un autre côté, face à la liberté abstraite de la postmodernité, privée d’appuis solides, la filiation divine, que Jésus nous a acquise, consolide l’expression de notre liberté en l’adossant à une qualité ontologique forte. Cette dernière empêche l’exercice de la liberté de dégénérer en arbitraire ou en revendications compulsives de toutes sortes de « libérations » qui finissent par tourner à vide. Le respect de la grammaire de la Création, dans laquelle les chrétiens discernent les lois propres à l’épanouissement de leur filiation divine, préserve les disciples du Christ de ressentiment envers le donné naturel et des caprices de monades individualistes oublieuses du bien commun.

La laïcité ne nous prémunira pas contre la servitude. D’ailleurs, cette notion ne sert la plupart du temps qu’à camoufler notre peur de l’islam. Nous ne conserverons notre faculté à choisir librement notre destin qu’en renouant, sereinement et en respectant l’altérité de tous, avec notre identité civilisationnelle. La liberté doit marcher sur ses deux jambes pour continuer à nous porter. Sinon, les nations chrétiennes risquent de connaître de cruelles désillusions, que le « Défenseur des droits » sera impuissant à surmonter… 




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