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Tribunes

La PMA pour toutes, pente glissante de l’eugénisme ?

PMA PARIS

LIONEL BONAVENTURE I AFP

Manifestation pour l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, Paris.

Mgr Jacques Suaudeau - Publié le 28/07/20

Pour permettre aux couples de femmes ou aux femmes seules d’avoir accès aux techniques de fécondation artificielle, le projet de loi examiné en seconde lecture à l’Assemblée nationale élimine le critère médical d’infécondité qui représentait la seule barrière éthique à tous les débordements.

L’Assemblée nationale est appelée à débattre en deuxième lecture du projet de loi relatif à la bioéthique, à partir du rapport de sa commission spéciale qui rejette nombre des propositions faites par le Sénat et ramène à la situation originelle du projet. Le point le plus problématique de tout le texte reste celui de son article 1er qui permet aux couples de femmes et aux femmes seules de recourir aux techniques de « procréation médicale assistée » en vue d’avoir un enfant. Le Sénat avait introduit un article 1er A qui affirmait que nul n’avait droit à l’enfant. La commission spéciale de l’Assemblée nationale l’a supprimé.

La PMA : une technique qui se substitue à la procréation

Rappelons d’abord que le Magistère de l’Église catholique a manifesté très clairement dans l’Instruction Donum Vitæ du 22 février 1987, complétée par l’instruction Dignitas personæ du 8 septembre 2008 son opposition morale aux techniques dites de « fécondation artificielle » — fécondation in vitro et ICSI (l’Intra Cytoplasmic Sperm Injection est une technique de fécondation in vitro (FIV) par insémination de l’ovule au moyen de la micro-injection d’un spermatozoïde, ndlr) — qui sont proposées aux couples inféconds sous le titre trompeur d’ »aide médicale à la procréation » (PMA) alors qu’elles n’aident pas la procréation, mais s’y substituent. Dans ces techniques, l’enfant n’est pas le fruit de l’amour de ses parents mais d’un acte de laboratoire, accompli par un tiers, sur une paillasse. De plus cette technique ne peut donner de résultats qu’en acceptant la perte de plus de 80% des embryons préparés in vitro, chaque embryon représentant une vie humaine. Pour un enfant né vivant, il y en a près de sept qui sont éliminés dans le processus.


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L’opposition de l’Église à la « PMA » devient très forte lorsque, pour obtenir l’enfant, le médecin utilise des cellules sexuelles venues d’un donneur et non du parent défaillant. Non seulement la sexualité humaine se trouve bafouée dans cet acte — puisqu’il y a dissociation entre l’union des corps et la procréation elle-même, mais il y a un véritable adultère biologique réalisé dans cette fécondation, contraire aux engagements du mariage.

PMA « pour toutes » : le droit à l’enfant sans père

La proposition du gouvernement d’élargir l’accès de la PMA aux femmes seules ou aux couples de femmes parachève ce désordre moral. Il n’y a plus ici l’excuse de l’infécondité mais un désir d’autosatisfaction de la femme seule ou du couple de femme que rien ne légitime. On ne peut en effet accepter sur le plan éthique, philosophique et anthropologique l’idée d’un « droit » à l’enfant. On ne peut avoir des « droits » sur une personne. Autrement il faudrait aussi légitimer l’esclavage ou la traite des êtres humains. Le futur enfant est un être humain dont le respect de la dignité et de l’autonomie interdisent qu’il soit « projeté » puis traité à la façon d’un objet, objet désirable, certes, mais objet tout de même alors qu’il est d’ores et déjà un sujet, un ayant-droit.

Ce projet de loi va cependant plus loin dans l’immoralité : l’élargissement de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes reviendrait à décréter a priori l’existence d’enfants sans pères. D’un point de vue psychologique, le respect dû à l’enfant et à la construction de sa personnalité est gravement blessé. Du point de vue de la société où le rôle des parents est déjà bouleversé de multiples manières et où l’autorité est remise en question, cette absence planifiée du père est plus que problématique. Parce qu’il n’existe encore qu’à l’état de projet cet enfant a le droit de venir au monde dans les meilleures conditions possibles de filiation, d’accueil parental, de formation humaine et d’éducation. Ces conditions ne sont pas réunies dans le cadre d’une PMA qui serait ouverte aux femmes seules.

La pente glissante de l’eugénisme

Il y a encore plus grave. Pour permettre aux couples de femmes homosexuelles ou aux femmes seules d’avoir accès aux techniques de fécondation artificielle, le projet de loi a éliminé le critère médical d’infécondité qui représentait jusqu’alors la seule barrière éthique opposée par la loi à tous les débordements. Cet accès possible à la PMA libéré de tout critère de sagesse ouvre celle-ci aux caprices procréatifs et ils sont nombreux. Ces caprices passent en particulier par la pratique plus étendue du diagnostic pré implantatoire (DPI) qui permet de « sélectionner » les embryons humains pour choisir, selon son goût, celui à qui on concède vie et développement. Pour l’instant ce risque est évité car la loi encore en vigueur, qui limite avec sagesse l’accès à la PMA, limite aussi l’accès au diagnostic préimplantatoire. Mais l’élargissement du DPI à d’autres indications que celle de l’identification de maladies héréditaires sera très probablement admis dans un futur proche dès lors que l’accès à la PMA sera ouvert légalement à tous. Cet élargissement permettra aux requérants de choisir pour leur PMA le « meilleur embryon », soit pour son sexe, soit pour le protéger de pathologies possibles de l’adulte, (« enfant parfait ») soit même pour qu’il soit doté de dispositions génétiques avantageuses (« enfant sur mesures » ou « enfant amélioré »). Il en résultera une aggravation de l’inégalité sociale qui va tout à fait dans le sens de cette « pente glissante » eugénique que souhaitent les idéologies transhumanistes.




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Est-ce cela que nous voulons ? Est-ce de cela dont nous avons un tel besoin urgent, aujourd’hui ? Pourquoi une telle précipitation à conclure de cette façon quasi honteuse, en catimini estival, un juste questionnement éthique ? Où en est ce « débat public exemplaire » sur la bioéthique dont les autorités françaises se targuaient il y a trois ans de cela, et qui s’est résolu en une triste mascarade ?

Pour aller plus loin :

Les membres du personnel soignant, médecins et étudiants en médecine, infirmières, sage-femmes, chercheurs, biologistes… peuvent suivre la Master-class Science et éthique de la Fondation Jérôme-Lejeune et les enseignements de Mgr Jacques Suaudeau, directeur scientifique du Centre Bioéthique de la Fondation Jérôme-Lejeune. Cette formation d’expertise donnée par des médecins, juristes et philosophes est ouverte à la rentrée universitaire 2020. Les cours sont suivis au Centre de bioéthique (Paris XVe) ou en e-learning. Informations et inscriptions

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