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La mission du laïc chrétien : être l’Église dans le monde

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Philippe Lissac I Godong

Dominique Vermersch - Publié le 24/07/20

"L’heure des laïcs a sonné", disait Jean Paul II. À la suite du Christ, le laïc est un missionnaire sur tous les lieux de rencontre avec son prochain et avec la société. C'est finalement la situation même du monde qui dessine comme en creux la vocation et la mission du laïc.

« Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” » (Mt 20, 7). « L’Église ne m’a pas embauché, puisque je n’ai pas été appelé à la vie religieuse, je n’ai pas été appelé à embrasser les ordres… ». Nombre de catholiques plus ou moins occasionnels reprennent cette réponse des ouvriers désœuvrés. Elle exprime vraisemblablement une perception encore largement partagée de la condition ecclésiale du laïc : le simple fidèle était, jusqu’il y a peu encore, défini en creux ou par défaut comme celui qui n’est pas clerc. Résultat : une compréhension étriquée de sa vocation et de sa mission, réduites à une fonction de suppléance, à temps partiel, à de l’intérim…

La réponse du maître est pourtant des plus claires : « Allez à ma vigne, vous aussi, (Mt 20, 4). Cette réponse renvoie en première instance à la présence chrétienne au monde. Que veut dire au juste « présence au monde » ? Par-delà l’usage inflationniste de cette expression, le défi demeure entier et s’exprime dans sa forme générale par la vocation et la mission du laïc, elles-mêmes rapportées au mystère de l’Église dans la solidarité et la complémentarité des états de vie dont tout baptisé est appelé à vivre et à témoigner.

Le lien entre crise du sacerdoce et l’apostolat des laïcs

La question de l’apostolat des laïcs n’est pas indépendante de la crise du sacerdoce ministériel. C’est ce que suggère cardinal Christoph Schönborn dans Le Défi du christianisme (Cerf, 2003, en particulier p. 18-20). Le prélat autrichien considère le contexte de ce qui est communément appelé la crise postconciliaire de l’Église, avec notamment la raréfaction, du moins en Occident, des vocations sacerdotales. S’il y a moins de prêtres, ce n’est pas simplement parce que le nombre des catholiques pratiquants diminue, car cette érosion est aussi due à un déplacement du clivage entre « actifs » et « passifs » dans l’Église : le clergé se distingue mal des laïcs qui prennent de plus en plus de place dans les paroisses, mouvements et associations, sans que la masse des baptisés soit généralement mieux atteinte et davantage consciente de sa mission. La crise du sacerdoce ministériel serait donc à rapporter en fait à la question de l’apostolat des laïcs, et plus profondément à une juste conception de l’articulation du sacerdoce ministériel et du sacerdoce commun des baptisés.

Le premier apostolat des laïcs est le monde

Depuis le concile Vatican II, l’engagement est croissant des laïcs au sein même de l’Église. Nous en sommes tous témoins : les conseils paroissiaux et les équipes d’animation pastorale se sont démultipliés ; quant à la chorale, la liturgie, le catéchisme, les finances, les œuvres caritatives et même la préparation aux baptêmes d’adultes et aux mariages, ils sont désormais surtout du ressort de laïcs, quitte à ce qu’ils en fassent leur « job ». On ne peut que s’en réjouir et leur en savoir gré. Pour autant, il ne faut pas oublier deux choses : d’abord que le « laïcat » ne se limite pas à ceux qui s’engagent dans les institutions ecclésiales ; ensuite et surtout que le lieu premier de l’apostolat des laïcs est le monde : « C’est là qu’ils sont appelés » (Lumen gentium [= LG] n° 31).

Philippe Lissac / Godong

En arrière-plan de cette vision se trouve l’idée d’une « division du travail » qui a longtemps prévalu dans l’équilibre interne de la vie de l’Église entre prêtres et laïcs : aux premiers, le culte et l’apostolat ; aux seconds, la gestion du temporel. L’expression « division du travail » est empruntée au cardinal Lustiger dans son discours : « Les Laïcs, témoins d’une nouveauté de vie », donné à un congrès à Rome le 25 novembre 2000. De cette division, il reste encore des traces tenaces : par exemple, quand le laïc comprend et réduit sa contribution apostolique à de l’assistance pastorale, avec le risque corrélatif d’une pseudo cléricalisation et d’une défiguration du rapport de complémentarité entre prêtres et laïcs en un rapport de pouvoir voire de conflit d’autorité.

Un sacerdoce commun

La constitution dogmatique Lumen gentium enseigne que tous les baptisés sont appelés à exercer un sacerdoce commun (n° 10). « Le Christ Seigneur, grand prêtre d’entre les hommes »(cf. He 5, 1-5) a fait du peuple nouveau « un Royaume, des prêtres pour son Dieu et Père » (Ap I 6 ; 5, 9-10). Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, de façon à offrir, par toutes les activités du chrétien, autant d’hosties spirituelles, en proclamant les merveilles de celui qui, des ténèbres, les a appelés à son admirable lumière (cf. 1P 2, 4-10). C’est pourquoi tous les disciples du Christ, persévérant dans la prière et la louange de Dieu (cf. Ac 2, 42-47), doivent s’offrir en victimes vivantes, saintes, agréables à Dieu (cf. Rm 12, 1), porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de l’espérance qui est en eux d’une vie éternelle (cf. 1 P 3, 15) […].


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Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre. L’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective (LG, 10).

Ordonner à Dieu les choses temporelles

Pour présenter la vocation de tous les baptisés, Vatican II prend comme point de départ la mission de l’Église dans le monde. Le concile définit clairement l’amplitude de la mission des laïcs :

Sous le nom de laïcs, on entend ici tous les fidèles, en dehors des membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu dans l’Église qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, et participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien (LG, 31.)




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La vocation des laïcs est de « chercher le règne de Dieu à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu » (Christidfideles laïci, 9). En se donnant comme trame de développement la parabole des ouvriers de la dernière heure, l’exhortation apostolique Christifideles laici (CFL) de 1988, qui a fait suite au synode des évêques de 1987 sur « la vocation et la mission dans l’Église et dans le monde vingt ans après le Concile Vatican II », a tenu à rappeler la description positive de cette vocation et de cette mission en « affirmant la pleine appartenance des fidèles laïcs à l’Église et à son mystère, et le caractère particulier de leur vocation, dont le propre est, d’une manière particulière, de chercher le règne de Dieu, précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu » (CFL, 9).

La ligne la plus avancée de la vie de l’Église

C’est en inscrivant la vocation et la mission des laïcs au cœur du mystère de l’Église que s’éclaire et se déploie leur caractère propre, à savoir que le monde est le lieu premier de leur apostolat. Rapporter cette vocation au mystère de l’Église est précisé avec audace dans la suite de CFL au n° 9 :

Déjà Pie XII affirmait : “Les fidèles, et plus précisément les laïcs, se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Église ; par eux, l’Église est le principe vital de la société humaine. C’est pourquoi eux surtout doivent avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Église, mais d’être l’Église ; c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la terre, sous la conduite du chef commun, le pape, et des évêques en communion avec lui. Ils sont l’Église”.

Affirmer que les laïcs sont comme postés sur « la ligne la plus avancée de la vie de l’Église » n’est pas une mince affaire. C’est dire notamment que la vie chrétienne du laïc est appelée à être tissée de cette rencontre entre l’Église et le monde — tissée de cette annonce du salut et de sa réception par le monde lui-même. Selon l’expression suggestive du cardinal Rylko, le laïc est en effet « voix de l’Église dans le monde et voix du monde dans l’Église ».

La mission des laïcs se conçoit comme un service

Cette mission de sanctification du monde est un service. Elle ne peut ni se confondre avec un pouvoir, ni se segmenter suivant les différents états de vie, ni se satisfaire de la division du travail précédente. On comprend mieux du coup comment une vision réductrice de la vocation et de la mission des laïcs peut alimenter en retour une compréhension biaisée du sacerdoce ministériel. En travaillant par leurs œuvres et leur témoignage à la sanctification du monde, les laïcs ne cherchent pas à exercer ni conquérir du pouvoir ni dans la société, ni dans l’Église. Leur sacerdoce « prophétique, sacerdotal et royal » les amène à prendre la suite du Christ, qui a refusé d’être (et encore plus de se faire roi » (Jn 6, 15) et au contraire s’est comporté en serviteur, demandant à ses disciples de faire de même (voir la scène du lavement des pieds des apôtres : Jn 13, 12-15).

© P.RAZZO/CIRIC

Le pasteur est lui aussi « de service »

Le pouvoir des ministres ordonnés à leur service est a fortiori aussi un service. Le pasteur appelé par le Christ à veiller sur une portion de son troupeau (Jn 21, 17), envoyé par son évêque, successeur des apôtres en communion avec le successeur de Pierre, est encore moins un « patron ». Au contraire, en tant que celui qui, au nom du Christ, dit « je » dans les sacrements du baptême, de l’eucharistie et de la réconciliation, enseigne et guide, il est au service des serviteurs que sont les simples baptisés. Ce service n’est possible que grâce à l’autorité sacramentellement transmise dans le sacrement de l’ordre. Il participe à la sanctification du monde et y est même nécessaire afin que les baptisés soient eux-mêmes sanctifiés.

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