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Trésor du grégorien : le sublime introït « Resurréxi » du jour de Pâques

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L’introït de la grande fête de Pâques exprime le cri de l’Homme-Dieu sortant du tombeau. Ce sublime chant constitue sans conteste la quintessence du chant grégorien : rien de flamboyant, une atmosphère de paix inaltérable, de reconnaissance, de joie pleine.

Le dimanche de la Résurrection célèbre la « Fête des fêtes », la « Solennité des solennités », qui ouvre ainsi le temps pascal. Ressuscité, le Christ adresse à son Père l’hommage de sa reconnaissance. Chef de l’humanité rachetée, il n’est plus seul et il offre à son Père tous les membres de son corps mystique :

Resurréxi et ádhuc técum sum, allelúia. Posuísti súper me mánum túam, allelúia. Mirábilis fácta est sciéntia túa, allelúia, allelúia.
« Je suis ressuscité et je suis toujours avec vous. Vous avez mis sur moi votre main. Votre sagesse s’est montrée merveilleuse. »

L’introït de cette grande fête de Pâques exprime le cri de l’Homme-Dieu sortant du tombeau. Ce sublime chant constitue sans conteste la quintessence de la prière chantée qu’est ce chant grégorien. Il recèle une grande leçon pour notre vie spirituelle ! On s’attendait à des démonstrations de joie ; on eût voulu entendre la harpe, les tambourins, tout ce qui se manifeste dans les fêtes de notre terre, et cette attente disparaît, versée par des sentiments plus élevés. Même dans le choix des modes grégoriens, on pensait à un VIIIe mode flamboyant, se fixant dans les hauteurs et nécessitant un grand volume de voix pour proclamer la Résurrection du Sauveur. Rien de tout cela, bien au contraire.

Une mélodie indéfinissable

La mélodie est proprement indéfinissable. Le compositeur de cette magnifique pièce grégorienne n’a pas cherché à lui donner de l’éclat sous prétexte que c’est le jour de Pâques : il suffisait de lui donner de la vigueur en pensant à Celui qui parle, et à tout ce qu’il exprime. C’est comme un récitatif orné qui se déroule dans une atmosphère de paix, d’intimité, de reconnaissance, de joie pleine. « Je suis ressuscité et encore je suis avec Vous » comme l’affirme dom Baron : c’est le mot chargé de tendresse par lequel l’Humanité glorieuse du Christ dit à son Père sa joie de le retrouver. 

La mélodie grégorienne nous apprend beaucoup sur le sens à donner à notre joie souvent trop démonstrative et pas suffisamment spirituelle, intérieure, contemplative, ravie d’être tout entière à Dieu et c’est ce renouvellement de vie qu’il faut chanter aujourd’hui avec tout notre cœur, sans essayer de dénaturer ce bonheur pour le Fils d’être à son Père, de lui montrer cette vie renouvelée, et, pour nous, d’y participer le plus entièrement possible dans le calme, sans aucun éclat. 

Sans se presser

Le texte est formé de trois versets du psaume 138, qui ne se suivent pas dans le psaume mais ont été réunis ici. Dans le psaume, il n’est bien sûr pas question de résurrection. Il chante seulement la présence universelle de Dieu, toujours auprès de nous, qui connaît toutes choses et qui nous guide. C’est tout un ensemble extrêmement agréable. Ne pressez surtout pas, mais énoncez cette mélodie comme si vous vouliez donner le temps d’une assez longue méditation. Deux allelúia terminent cet introït : le premier tourne autour des notes, mi-fa-sol. Le second allelúia doit être bien attaqué, sinon, la note étant la même que précédemment, il donnerait l’impression d’émettre un même mot. Puis donnez l’ampleur désirable afin de ne point troubler toute cette sérénité qui doit favoriser le caractère de plénitude et de joie parfaite, clôturant, en ce merveilleux quatrième mode, le calme d’une contemplation (Ps. 38, 1-2).

Dómine, probásti me et cognovísti me : tu cognovísti sessiónem méam et resurrectiónem méam.
« Seigneur, Vous m’avez éprouvé et Vous me connaissez : Vous avez été témoin de ma mort et de ma résurrection. »

Calme et bien vivant

Le psaume alors monte léger, baigné de joie, lui aussi mais toujours dans la même atmosphère d’inaltérable paix. Que tout soit calme et bien vivant et que les accents marqués apportent à la mélodie cette vie absolument nécessaire pour rendre attachante cette mélodie si belle.

Vous l’aurez compris, cet introït n’a d’autre objectif que de nous élever, de susciter le désir de promouvoir nos efforts dans le bon sens. De son exécution, pour les chanteurs, doit résulter quelque chose de surnaturel qui favorise en nous un élan nouveau. Songeons enfin qu’un jour nous pourrons le chanter dans l’éternité pour le remercier de tant de résurrections spirituelles. Vivons dans cette attente et bénissons le Seigneur de nous aider à atteindre le Royaume éternel. Alléluia !