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« J’ai faim ! » Le cri d’un fidèle qui ne veut pas s’habituer

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« J’ai faim ! », c’est le cri d’un fidèle privé de la communion eucharistique… et qui espère ne pas s’habituer à ne plus recevoir son Sauveur dans sa chair.

Ni belle formule, ni méditation profonde. Un simple cri : « J’ai faim. »  Un cri un peu primaire. Il sort parfois d’un enfant gâté, parfois d’un vrai pauvre affamé. Un peu des deux, ici, sans doute. J’ai le droit d’aller acheter du pain en cochant la case « première nécessité », mais j’ai faim. J’ai fêté le Jeudi saint par un bon repas de famille confinée, mais j’ai faim. Le Président de la conférence des évêques de France m’a même conseillé de ne pas oublier le chocolat à Pâques, point sur lequel je jure d’être une obéissance exemplaire. Et pourtant j’ai faim. 

J’ai faim du Corps livré, du Pain de Vie, du seul Dieu qui se donne à manger, quand tous les autres dieux répugnent à me toucher.

Je n’ai pas faim à cause d’un Carême ascétique. Pour le jeûne, comme en bien d’autres domaines, j’ai plus souvent prêché par la parole que par l’exemple. Je ne suis pas Marthe Robin et le Corps de mon Sauveur n’a jamais été ma seule nourriture. J’ai la chance d’appartenir à une catégorie de la population qui n’a jamais pu dire vraiment sérieusement : « J’ai faim. » J’essaie même d’expliquer à ma fille que se plaindre de la faim une heure après être sorti de table est déplacé. Manger n’a jamais été pour moi, comme pour la plupart des Occidentaux, une question de vie ou de mort. Et pourtant, pour la première fois de ma vie, je ne crois pas obscène de dire : « J’ai faim. » 

J’ai faim du Corps livré, du Pain de Vie, du seul Dieu qui se donne à manger, quand tous les autres dieux répugnent à me toucher. J’ai faim de Celui qui n’est pas dégoûté par mes pieds sales, ni même par mon cœur autrement plus sale. J’ai faim de Celui qui a changé la face du monde en disant seulement : « Prenez et mangez. » 

Plus de messe creuses…

Interrogé par l’agence Zenit, le frère dominicain Jean-Ariel Bauza-Salinas fait cette remarque précieuse : « Si l’urgence pastorale entraîne seulement une multiplication de la présence du clergé sur les réseaux sociaux, on passe à côté de quelque chose. » Il distingue alors deux aspects de ce dont les fidèles sont privés : « la présence à la messe » et « la communion ».

Sur le premier point, nul doute que l’impossibilité ne soit réelle. Je confesse que je suis parfois tenté de me faire une raison. J’ai assez souvent fulminé intérieurement pendant des messes pour être tenté de vivre cette période comme une libération : plus de sermons interminables et creux, plus de chants à faire soudain passer Joe Dassin pour Bach, plus de longs bavardages superflus pour remercier la chorale des joueurs de pétanque. Et pourtant j’ai faim. Or, sur le second point, la communion, c’est-à-dire « le contact avec le Corps vivant et vivifiant du Christ », nul n’est tenu de considérer l’impossibilité comme allant de soi. 

L’Église en sortie

Le frère Jean-Ariel rappelle qu’il y a quelques semaines encore, tous n’avaient à la bouche que « l’Église en sortie », ainsi que la nécessité d’apporter d’une manière ou d’une autre la communion aux peuples amazoniens isolés. Tout cela n’était-il que slogans ? Formules chocs stratégiques pour faire ordonner des hommes mariés ? La jungle urbaine est-elle plus redoutable que la forêt amazonienne ? Le frère Jean-Ariel a été pendant dix ans aumônier de l’Institut Bergonié, un Centre de lutte contre le cancer. Il n’ignore pas les difficultés pratiques et il ne néglige à aucun moment la légitime obéissance au pouvoir civil, chargé de veiller au bien commun. Il déclare toutefois que les clercs ne peuvent juger normal d’être les seuls à communier. Il y a quelques semaines, la lutte conte le cléricalisme aussi était dans toutes les bouches… 

Je ne peux pas croire que certains curés se satisfassent de la situation. Je ne peux pas croire que la fine pointe du don d’eux-mêmes soit l’hygiénisme sanitaire. Il faudrait alors revenir publiquement sur la canonisation de saint François d’Assise et dénoncer le baiser au lépreux comme un acte imprudent anti-citoyen. Je ne peux pas croire que même les plus cabotins de nos clercs voient dans le confinement l’occasion d’entamer une carrière de Youtuber. Je ne peux pas croire que les chasseurs d’adorateurs voient avec satisfaction dans la privation de communion un recul du fétichisme qui les obsède depuis cinquante ans.

Un fidèle qui crie famine

J’admets volontiers que le confinement offre la possibilité d’instruire les fidèles, de leur rappeler que l’Eucharistie n’est pas un droit, mais un don, que l’hostie n’est pas une pastille magique, que l’Église n’est pas un distributeur, qu’il faut penser à ceux qui en sont privés toute l’année, etc. Et pourtant, j’ai faim.

Aujourd’hui, je ne demande pas à mon évêque ou à mon curé de m’enseigner, de me conseiller, de m’éclairer, de me dire pour qui voter. Ils l’ont fait souvent avec plus ou moins de bonheur et, s’ils y tiennent, ils peuvent toujours continuer par Internet. Aujourd’hui, je leur demande à manger. Je leur demande Celui qui se donne à manger. Je leur demande comme un fidèle qui a faim, comme un fidèle qui crie famine à la porte des clercs qui communient encore. Je leur demande, aussi, comme un fidèle qui craint par-dessus tout de s’habituer un jour à ne pas recevoir son Sauveur sous son toit de chair. Si ce jour arrive, je pourrai bien sûr répondre « aux besoins de mon animal de compagnie » ou me livrer « à une activité physique individuelle ». J’espère pourtant qu’une voix continuera à crier en moi : « J’ai faim. » 

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