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Trésor du grégorien : le douloureux Impropérium du dimanche des Rameaux

Una Voce - Publié le 03/04/20

L’offertoire « Impropérium » (le « reproche ») est le plus douloureux des chants de la messe du dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur. Et peut-être le plus douloureux de tout le répertoire.

Rares sont les offertoires qui nous font à ce point entrer de plain-pied dans l’esprit du Saint-Sacrifice ! N’est-ce pas en effet l’offertoire qui nous introduit au renouvellement sur l’autel du Mystère de notre salut ? C’est le moment où chaque chrétien est appelé à contempler le Christ s’offrant pour nous sur le Golgotha, mais aussi à s’unir entièrement à Lui, en se remettant tout entier avec Lui entre les mains du prêtre, pour s’offrir avec Lui en sacrifice. Or le Christ a réalisé notre salut dans une telle plénitude de souffrance qu’il a accepté de se sentir abandonné jusque par son Père Lui-même. Sa soif d’entraîner les âmes dans le sein du Père lui a fait atteindre le paradoxe de la plus extrême solitude.

« Je cherche un consolateur »

Impropérium exspectávit cor méum et misériam : et sustínui, qui símul mécum contristarétur, et non fúit : consolántem me quæsívi, et non invéni : et dedérunt in éscam méam fel, et in siti méa potavérunt me acéto. « Mon coeur est dans l’attente des humiliations et des souffrances. Je cherche quelqu’un qui s’attriste avec moi, mais en vain ; un consolateur, et je n’en trouve pas. Pour nourriture, ils me donnent du fiel ; et dans ma soif, ils m’abreuvent de vinaigre. »

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La mélodie exprime parfaitement cette souffrance. Dès l’intonation avec sa descente vers le do et son achèvement sur le sol, il y a une grande majesté mêlée à une tristesse tout aimante, et comme une interrogation, celle qu’on retrouvera le Vendredi Saint dans les Impropères.

Souffrance et tristesse

Puis dans Cor méum nous sommes surpris par l’entrée d’un si bémol, immédiatement suivi d’une descente sur le mi. Le si bémol adoucit, le mi fait sonner un triton, avec la tension qui s’ensuit : belle mise en musique du déchirement intérieur du Sauveur. Le temps de nous apitoyer ne nous est guère laissé. Le retour rapide et presque sans transition du si bécarre à et misériam rappelle à la dure réalité d’une souffrance qui semble ne pas vouloir lâcher sa proie.


NIEDZIELA PALMOWA

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Símul mécum contristarétur : une personne qui soit « ensemble », avec Moi, pour partager ma tristesse ! Cette insistance se traduit dans l’alternance des si et des do, bien caractéristique de la plainte en grégorien. La douleur se fait de plus en plus sensible jusqu’au motif tourmenté qui orne la syllabe « -tur ». Et l’affirmation sol si ré très forte qui y répond, suivie du long silence (barre) dans lequel doit résonner le demi-ton si rempli d’attente du fúit

Un véritable cri

Consolántem me quæsívi, et non invéni : L’attaque en douceur, au levé (2e temps simple), puis la succession de binaires (temps composé de deux temps simples) sur Consolántem appellent un doux balancement. Sur quaesívi, ce sont les trois do de l’accent qui expriment l’intensité de la recherche. On notera que et non [invéni] est traité exactement comme et non [fuit], mais transposé un ton en-dessous, pour servir cette fois d’appui à un bond vers la note extrême du mi, qui sera très expressive. Sur et non invéni, c’est un véritable cri. Il s’achève en une déception découragée tout le long de la descente sur fa.

Una Voce

Et dedérunt in escam meam fel, Sur et dedérunt, la mélodie nous fait passer du balancement sol-la-sol au balancement la-do-la. Le cycle se répète sur in éscam méam puis sur fel qui à lui seul résume toute la phrase mélodique. L’intervention du fa à trois reprises, avec le triton qu’elle engendre, ajoute une note de dégoût dont la lourdeur descend au fond des entrailles.

Plainte mystique

Et in síti méa potavérunt me acéto. De nouveau, la mélodie nous entraîne vers un sommet, l’autre mi. Répondant au non de la solitude, la soif inaltérable du Sauveur s’exprime avec véhémence, deuxième cri, lancé du haut de la Croix : « J’ai soif ! » Ce n’est pas seulement la soif physique dont il est question ici, mais la soif d’une réponse généreuse à l’amour infini dont Notre-Seigneur a fait preuve en mourant pour nous.

Les moines de Ligugé animés d’une belle ferveur mystique rendent bien la plainte, lourde et comme accablée de ce chef d’œuvre.


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Tags:
rameaux
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