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Coronavirus : « Le couloir de l'hôpital est devenu un cloître où prier »

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Patrick HERTZOG I AFP

Hôpital universitaire de Strasbourg, ville particulièrement touchée par l'épidémie de coronavirus, 16 mars 2020.

Agnès Pinard Legry - Publié le 23/03/20

Afin de limiter la propagation de l’épidémie de coronavirus, les hôpitaux encadrent strictement ou suspendent les visites. Une mesure qui, si elle est nécessaire, oblige les aumôneries d’hôpitaux à s’adapter afin de limiter la solitude des malades, de leurs familles mais aussi du personnel hospitalier.

C’est dans une France confinée, avec des visites interdites dans certains hôpitaux et strictement encadrées dans d’autres, que les aumôneries d’hôpitaux continuent leur délicate mission d’écoute et d’accompagnement des patients. « Je continue à me rendre à l’hôpital afin d’être présent physiquement mais depuis une semaine l’essentiel de mes visites sont devenues des appels téléphoniques », explique à Aleteia Jean-Paul Malod-Dufour, 57 ans, diacre permanent et responsable de l’aumônerie du Nouvel Hôpital Civil de Strasbourg. « Comme tout le monde nous respectons les directives gouvernementales afin de stopper la chaine de transmission. Bien sûr les choses ont évolué ». Tout comme sa manière de vivre sa mission. Avec son équipe, il maintient un lien avec les malades par téléphone. Chaque chambre en est équipée, « nous avons communiqué nos numéros à tous les patients et nous avons un système de permanence le week-end », précise-t-il.

« L’hôpital reste un lieu de prière, il l’est peut-être même davantage aujourd’hui. »

Aumônier à l’hôpital Cochin à Paris, le père Franck Derville continue lui aussi sa mission d’accompagnement. « Je poursuis mes visites auprès des patients qui le demandent et que j’ai le droit de visiter mais nous sommes extrêmement vigilants au respect des consignes sanitaires », explique-t-il. « Les patients ressentent la fatigue des soignants, la privation des visites de l’extérieur… L’aumônerie apporte le réconfort de la prière, c’est tout le défi de notre présence ici. » Une présence qui fait sens aussi, pour le père Franck Derville, auprès du personnel hospitalier. « Ce qui me semble important à dire, à faire entendre, est que nous restons à la disposition de celles et ceux qui sont légitimement à l’hôpital. Le personnel soignant a besoin de sentir notre présence, celle de l’aumônerie. L’hôpital reste un lieu de prière, il l’est peut-être même davantage aujourd’hui ».

« Je suis là où est ma place »

« Je suis là où est ma place », confie de son côté le père Anton Drascek, aumônier à l’hôpital Européen Georges Pompidou. Les bénévoles de son aumônerie étant confinés chez eux, il est le seul à encore effectuer quelques visites « sauf en gériatrie où elles sont interdites ». « La maladie, la souffrance et la solitude n’étant jamais en vacances ou en congés, la mission de l’aumônerie d’être présente, d’accompagner, d’écouter et de partager continue ». S’il ressent l’angoisse des patients, liée bien souvent à la solitude dans laquelle ils se trouvent, le père Anton Drascek prend le temps de les écouter. « Les gens ont besoin d’être apaisés, il faut les aider à prendre le temps, à s’asseoir ». Ses pensées, comme celles du père Franck Derville, vont aussi pour les bénévoles des aumôneries qui sont confinées chez eux. « Je sens une certaine frustration auprès des bénévoles qui ne peuvent pas sortir. Mais c’est aussi cela être gratuitement accompagnateur de la personne dans la souffrance, la solitude, la maladie. Ils vivent peut-être désormais leur engagement encore plus profondément car ils peuvent porter dans leur prière les personnes hospitalisées ici. La pensée et la prière dépassent le cadre spatio-temporel ».




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Accompagner, prier, écouter… et consoler. « Les familles sont doublement peinées car elles sont séparées de celles et ceux qui souffrent et qu’elles aiment : ici les visites ne sont désormais autorisées que pour ceux qui sont en fin de vie et limitées à une seule personne au chevet », indique le responsable. Des mesures encore plus strictes dans les unités de réanimation. Marié depuis 35 ans et père d’un enfant, Jean-Paul Malod-Dufour raconte comment ce dimanche il a été appelé par le médecin pour un patient qui allait décéder du covid-19. « En route je demandais au Seigneur de me donner la force et les mots… Pour des raisons d’isolement très rigoureux, je n’étais pas dans le box mais devant et à travers la vitre j’ai accompagné cet homme jusqu’à son dernier souffle ». « J’étais en ligne avec son épouse qui dans ses pleurs avait encore la force de prier avec moi, et au moment de fermer ses yeux à jamais elle m’a demandé comment était son visage et avec l’infirmière, je lui ai dit la vérité : son regard était apaisé. Puis nous avons longuement échangé dans la confiance. Pour les patients décédés du covid-19, la présence des familles à l’hôpital n’est pas possible ».

Comme le père Franck Derville, Jean-Paul Malod-Dufour rappelle que la mission des aumôneries d’hôpitaux est aussi d’accompagner la communauté hospitalière. « Aujourd’hui cette communauté est fragilisée. Ils doivent travailler dans des conditions dégradées mais ils le font avec beaucoup d’abnégation et de courage ». Si les épreuves sont nombreuses dans ces lieux où se livre chaque seconde un combat pour la vie, ces derniers jours lui ont fait découvrir une nouvelle forme de communion, de recueillement. « J’ai découvert un nouveau cloître dans les couloirs des hôpitaux, des unités. C’est là que je prie le chapelet pour rejoindre ainsi les patients et humblement, dans le silence, soutenir les équipes ».




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