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« Des profondeurs de nos cœurs », l’histoire d’un malentendu

SAINT PETER BASILICA
Antoine Mekary | ALETEIA | I.MEDIA
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Que s’est-il passé autour du livre-surprise « Des profondeurs de nos cœurs », écrit par le cardinal Robert Sarah « en collaboration » avec le pape émérite Benoît XVI ? Décryptage.

C’est un feuilleton à multiples rebondissements qui vient d’avoir lieu à Rome après l’annonce de la parution du livre Des profondeurs de nos cœurs par Le Figaro ce 15 janvier. Initialement présenté comme un livre co-écrit par le cardinal Robert Sarah, préfet de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, et le pape émérite Benoît XVI, l’ouvrage a aussitôt fait parler de lui tant les deux hommes y réaffirmaient avec vigueur l’importance cruciale du célibat sacerdotal.

Le message aurait fait sans doute moins de bruit si le pape François ne s’apprêtait pas, dans les prochaines semaines, à publier son exhortation dans la continuité du synode sur l’Amazonie d’octobre 2019. Nombre d’observateurs supposent qu’il devrait y autoriser l’ordination des viri probati, ces hommes mariés d’âge mûr, comme le suggère le document final du synode.

Mais coup de théâtre, quelque 24 heures après l’annonce de la parution prochaine de cet ouvrage-événement, des journalistes espagnols déclarent tenir une « source très proche » de Benoît XVI qui affirme que celui-ci « n’a pas écrit le livre à quatre mains avec le cardinal Sarah et qu’il n’a pas donné son autorisation » pour que sa contribution soit publiée.

« Benoît XVI savait »

Le cardinal a réagi aussitôt en publiant sur son compte Twitter trois lettres de sa correspondance avec Benoît XVI comme « premières preuves » de leur « proche collaboration ».

Dans une d’entre elles en date du 20 septembre, Benoît XVI écrit alors : « J’avais déjà, avant votre lettre, commencé à écrire quelques réflexions sur le sacerdoce, mais en écrivant j’ai senti toujours un peu plus que mes forces ne me permettaient plus la rédaction d’un texte théologique. Puis est arrivée votre lettre avec la demande inattendue d’un texte justement sur le sacerdoce avec une attention particulière sur le célibat. J’ai donc repris mon travail et je vous transmettrai le texte ».

« De tout mon cœur je souhaite dire merci pour votre texte joint à ma contribution et pour toute l’élaboration que vous avez faite, poursuit le pape émérite le 25 novembre, de mon côté le texte peut être publié dans la forme prévue par vous-même ».

Ces documents permettent d’apprécier comment Benoît XVI a échangé étroitement avec le cardinal et qu’il a donné son accord pour publication. En revanche, elles ne suffisent pas à clarifier s’il avait connaissance ou non de la forme que prendrait le livre. Le cardinal guinéen l’affirme toutefois « solennellement » : « Benoît XVI savait que notre projet prendrait la forme d’un livre », écrit-il sur son compte Twitter dans la matinée du 14 janvier.

Mgr George Gänswein met fin à la cacophonie

Pour enfoncer le clou, le haut prélat publie un communiqué en bonne et due forme entrant un peu plus dans le détail. Il y assure avoir reçu « une longue contribution du pape Benoît XVI sur le célibat sacerdotal », le 12 octobre 2019, pendant le synode sur l’Amazonie. Le cardinal Sarah explique avoir « considéré qu’il ne serait pas possible de le proposer à un journal (…) J’ai donc immédiatement proposé au pape émérite la parution d’un livre (…) intégrant son propre texte et le mien ». Le 19 novembre, il envoie finalement au pape émérite un manuscrit complet « comme nous l’avions décidé d’un commun accord » avec couverture, introduction et conclusion communes, le texte de Benoît XVI et son propre texte. Le 3 décembre, poursuit le haut prélat, « je me suis rendu au monastère Mater Ecclesiae pour remercier le pape émérite (…) je lui ai expliqué que notre livre serait imprimé pendant les vacances de Noël, qu’il paraîtrait le 15 janvier ».

Dans ce contexte de confusion, c’est finalement l’intervention de l’homme de confiance du pape Benoît XVI, son secrétaire Mgr George Gänswein, qui a mis fin à la cacophonie. À l’agence italienne Ansa, le prélat allemand, également préfet de la Maison pontificale et proche du pape François, annonce qu’il a été demandé au cardinal Robert Sarah, « sur l’indication du pape émérite », de contacter les éditeurs du livre — en l’occurrence Fayard  — « en les priant de retirer le nom de Benoît XVI comme co-auteur du livre, et de retirer dans le même temps sa signature de l’introduction et de la conclusion ». Il déclare par ailleurs sans équivoque que la partie intitulée « Le sacerdoce catholique » attribuée au pape émérite, qui représente tout de même la bagatelle de 42 pages, est bien à « 100% de Benoît ».

La « bonne foi » du cardinal pas remise en cause

« Le pape émérite savait que le cardinal préparait un livre et avait envoyé son texte sur le sacerdoce en l’autorisant à l’utiliser comme il le souhaitait », déclare-t-il encore. Mais « il n’avait approuvé aucun projet de livre à double signature, ni vu et autorisé la couverture ». Mgr Gänswein regrette un « malentendu » mais insiste : cela ne « remet pas en cause la bonne foi » du cardinal Sarah. Une seule question demeure, pourquoi Benoît XVI, y compris par l’intermédiaire de son secrétaire particulier, aura mis 36 heures avant de réagir ? Réagissant à cette déclaration, le Guinéen confirme qu’il est « décidé que l’auteur du livre sera pour les publications à venir : cardinal Sarah, avec la collaboration de Benoît XVI ». « En revanche, le texte complet demeure absolument inchangé », souligne-t-il. Concernant la rédaction de l’introduction et de la conclusion, seules parties du livre effectivement co-signées par les deux auteurs, Benoît XVI et cardinal Sarah dans la version française, le Figaro précise qu’elles n’avaient « pas été formellement rédigées à quatre mains par Benoît XVI mais que ce dernier les a seulement “approuvées” ». La seconde édition française, tout comme l’édition italienne et les suivantes, devra donc indiquer, pour l’introduction et la conclusion, la mention « rédigé par le cardinal Sarah, lue et approuvée par le pape Benoît XVI ».

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