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« Le gouvernement iranien est tout sauf irrationnel »

Hassan Rouhani
HO / Présidence iranienne / AFP
Le président iranien Hassan Rouhani lors d'une réunion à Téhéran, le 8 janvier 2020.
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Après l’annonce, le 3 janvier, de la mort du général iranien Qassem Soleimani, visé sur le sol irakien par une frappe américaine, la situation est extrêmement tendue au Moyen-Orient. Dans la nuit du 7 au 8 janvier, l’Iran a riposté en ciblant deux bases américaines en Irak. « Le gouvernement iranien, contrairement à ce que l’on entend, est tout sauf irrationnel », indique à Aleteia Thierry Coville, chercheur à l’IRIS.

C’est une tempête qui menace d’emporter nombre de pays dans son sillage. Alors que l’annonce, le 3 janvier, de la mort du général iranien Qassem Soleimani, tué dans une frappe menée en Irak à la demande de Donald Trump, a provoqué une nouvelle escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran, de nombreux pays s’inquiètent des conséquences que cela va avoir au Moyen-Orient. Au lendemain des obsèques du général, dans la nuit du 7 au 8 janvier, l’Iran a riposté en bombardant deux bases américaines en Irak. « Donald Trump devait espérer qu’il limiterait les ambitions de l’Iran en tuant son architecte », explique à Aleteia Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran. « Mais cela va très certainement avoir l’effet inverse et décupler l’envie de l’Iran d’être présent dans la région ».

Aleteia : Pourquoi Donald Trump a-t-il choisi comme cible le général Qassem Soleimani, extrêmement populaire en Iran ?
Thierry Coville : Le fait que l’ambassade américaine à Bagdad ait été visée par des groupes pro-iraniens a été l’élément déclencheur et s’est traduit, pour le président américain, par l’idée qu’il était obligé de réagir. Que ce soit sur la scène internationale ou dans son propre pays, où il est visé par une procédure de destitution, il a voulu se montrer comme un homme fort. Et puis, n’oublions pas que le général Qassem Soleimani était le chef des forces Al-Qods (unité d’élite des gardiens de la révolution, ndlr), désignées par Washington comme une organisation terroriste depuis avril 2019. Pour Donald Trump il y a cette logique que si c’est un terroriste, les États-Unis ont le droit de faire ça. Personne ne lui a donc dit que les choses n’allaient pas se régler si simplement ? Que cela allait déclencher un fort élan de nationalisme en Iran ? Et une vague de solidarité au Moyen-Orient au sein des pays proches de l’Iran ? Globalement, cela donne l’impression que, dans l’entourage du président américain, il n’y a aucun spécialiste du Moyen-Orient, et encore moins de l’Iran. Donald Trump devait espérer qu’il limiterait les ambitions de l’Iran en tuant son architecte. Mais cela va très certainement avoir l’effet inverse et décupler l’envie de l’Iran d’être présent dans la région.

Donald Trump a dans la foulée affirmé avoir réagi pour « arrêter » une guerre et non pour en démarrer une… Quelle action militaire était projetée par l’Iran ? Que va-t-il se passer désormais ?
Revenons sur l’accord sur le nucléaire iranien (qui prévoyait que l’Iran, en échange de la levée des sanctions économiques pesant sur le pays, puisse avoir une activité nucléaire civile mais aucune production utilisable, ndlr). Il a été signé en 2015 par l’Iran et les cinq pays du conseil de sécurité de l’ONU. En 2016, les sanctions économiques ont commencé à être levé. Mais deux ans plus tard, en 2018, les États-Unis, ont annoncé, sans raison d’ailleurs, leur retrait. L’Iran y est resté un an de plus tandis que les pays européens, choisissant de défendre leurs entreprises, n’ont rien fait. Alors que les États-Unis ont mené une politique de pression maximale sur l’Iran avec des sanctions économiques, l’Iran, qui n’avait plus aucun bénéfice à rester dans l’accord et suivant la logique du less for less, a montré les muscles dans la région. Le général Soleimani était un militaire. Cela faisait partie de son métier que d’envisager différentes stratégies. Mais quelles preuves avons-nous qu’une attaque allait avoir lieu contre les États-Unis ? Aucune. Le gouvernement iranien, contrairement à ce que l’on entend, est tout sauf irrationnel. Le général Soleimani était très important dans le système iranien. Outre le fait qu’il était un ami du guide, il a défendu les Iraniens contre l’État islamique. Les Iraniens sont critiques sur la répression intérieure qu’il a mené mais ils lui reconnaissent ses qualités de soldat. Il y a beaucoup d’émotion d’où le terme de vengeance qui a été employé. Le guide suprême ayant toujours dit qu’il ne voulait pas de guerre, le gouvernement iranien a réfléchi à la manière dont il peut se venger sans en déclencher une.

« Le gouvernement iranien, contrairement à ce que l’on entend, est tout sauf irrationnel. »

Comment se positionne la France ?
Quand j’entends le gouvernement français appeler à la retenue je ne sais pas quoi dire…En faisant sortir les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump n’a pas respecté le droit international. Mais les pays européens n’ont pas fait grand-chose pour l’Iran, ni au moment où Donald Trump l’a annoncé, ni après. Les messages venus d’Europe sont progressivement devenus inaudibles. Il y a une vraie défiance vis-à-vis des Européens et ces derniers payent aujourd’hui le prix de leur inaction, de leur incapacité à résister aux sanctions américaines. La diplomatie, c’est travailler dans des contextes difficiles. Les pays européens doivent refuser cette logique américaine. En sortant de l’accord, les Américains ont refusé la diplomatie multilatérale et ont voulu forcer l’Iran à la négociation. En agissant ainsi, je parle aussi de l’assassinat du général Soleimani, les États-Unis engagent le Moyen-Orient et les Européens dans une dynamique dangereuse.

Le conflit Iran/États-Unis a-t-il ou va-t-il avoir d’autre répercussions au Moyen-Orient ?
Côté iranien, cela renforce leur envie d’être présent dans la région. Et pour l’instant, cela fonctionne : en Irak, alors qu’il y avait une critique des chiites contre la présence iranienne, l’assassinat du général Soleimani a permis une sorte de réunification et l’Iran bénéficie désormais d’un fort soutien dans le pays. En Syrie, il n’y a pas de raison que l’Iran arrête de soutenir Bachar al-Assad. L’Iran va-t-il utiliser ses appuis dans la région pour frapper les Américains ? Il y a plein d’inconnus, si les Iraniens agissent, quelle sera alors la réponse américaine ? La situation, déjà instable, ne peut que s’exacerber… Rappelons que si les Européens ont signé l’accord sur le nucléaire c’était pour une meilleure stabilité au Moyen-Orient. Les Américains, s’ils sont nos alliés, sont en train de précipiter le Moyen-Orient dans une situation encore plus de trouble. Hors en cas de crise, les Européens seront les premiers touchés.

Ce regain de tension extrême est-elle de nature à fragiliser encore un peu plus la situation des chrétiens d’Orient?
La diplomatie américaine est souvent celle de la force et du refus du multilatéralisme. En fonction de la riposte iranienne il y aura une réponse américaine et ainsi de suite. Le Moyen-Orient va être de fait fragilisé et les minorité ethniques et religieuses, dont les chrétiens d’Orient, vont être menacés.

Propos recueillis par Agnès Pinard Legry

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