Aleteia
Dimanche 25 octobre |
Saints Crépin et Crépinien
Décryptage

La dynamique du mécénat est-elle menacée ?

Fondation Louis Vuitton

Fred de Noyelle / Godong | Ref:534

La Fondation Louis Vuitton au bois de Boulogne, Frank Gehry.

Caroline Becker - Publié le 18/09/19

Le secrétaire d'État Gabriel Attal a annoncé fin août que le gouvernement envisageait de revoir à la baisse le taux de défiscalisation des entreprises, de 60% à 40%, pour leurs dons supérieurs à 2 millions d’euros. Une annonce qui a pris de court les acteurs du mécénat alors que 57% des dons sont le fait de grandes entreprises. Sylvaine Parriaux, déléguée générale de l’Admical, association qui développe le mécénat des entreprises, confie à Aleteia ses inquiétudes.

Pour dynamiser le territoire et favoriser l’emploi, la commune de Castellane et la Communauté de communes du Moyen Verdon (Alpes-de-Haute-Provence) se sont engagées, en 2015, dans la restauration des Jardins de la Tour à Castellane. L’objectif ? Restaurer un site historique voué à accueillir un projet collectif (la reproduction de semences anciennes) et créer de l’emploi en favorisant les métiers du patrimoine et de la restauration. Un projet qui n’aurait pas vu le jour sans le soutien du mécénat et dont les retombées économiques et sociales sont aujourd’hui visibles.

Le mécène, un partenaire clé pour l’État ?

En effet, ce projet a permis à l’État d’économiser deux millions d’euros par an. Outre ce gain économique, ce sont aussi dix personnes qui ont été recrutées sur le territoire pendant douze mois et deux postes en CDI qui ont été créés à la fin du projet. Sept personnes ont également reçu le titre professionnel de maçon du bâti ancien. De impacts positifs que Sylvaine Parriaux, déléguée générale de l’Admical, (association qui aide les entreprises à développer leur mécénat) souhaitent continuer à voir fleurir grâce à la générosité des entreprises. « Si l’on baisse le taux de défiscalisation des entreprises de 60% à 40%, on casse la dynamique. Cela est en total contradiction avec le discours général du gouvernement appelant les entreprises à s’engager toujours plus », ajoute-elle.

« Cela crée de l’emploi, évite des coûts pour la collectivité et donc autant d’argent que l’État n’aura pas à verser en aide sociale ».

En effet, alors que l’État incite les entreprises à s’engager de plus en plus dans une démarche philanthropique, voilà que ce dernier s’apprête à baisser l’avantage fiscal pour les dons de plus de deux millions d’euros. Une économie de 80 millions d’euros par an d’ici 2021 selon le gouvernement mais une goutte d’eau à long terme pour Sylvaine Parriaux. « Les grandes entreprises contribuent à l’emploi en investissant dans des projets sociaux et professionnels mais aussi dans des projets d’innovations. Ce sont les seules à avoir la capacité de s’engager à long terme tout en sachant que des projets peuvent aussi bien réussir qu’échouer », insiste la délégué générale. « Cela crée de l’emploi, évite des coûts pour la collectivité et donc autant d’argent que l’État n’aura pas à verser en aide sociale ».




Lire aussi :
Notre-Dame de Paris : où et comment faire un don ?

Très inquiète, la déléguée générale ajoute : « Je déplore cette annonce car nous avons bien commencé l’année. Le gouvernement a adopté une mesure qui vise à encourager le mécénat des petites entreprises (un nouveau plafond alternatif octroyant une plus grande réduction fiscale a été créé pour les TPE/PME, ndlr) et voilà qu’il s’apprête à créer un déséquilibre en décourageant les grandes. » Au total, 78 grandes entreprises seraient concernées par cette mesure. Le taux de 60% continuerait cependant à s’appliquer pour tous les dons faits aux associations d’aide aux plus démunis (dites « loi Coluche »). « Bien que cette mesure touche peu d’entreprises, il faut savoir qu’à elles seules elles portent 57% du budget total du mécénat qui est de 3,5 milliards d’euros ! », rapporte Sylvaine Parriaux.




Lire aussi :
Notre-Dame de Paris : plus d’1 milliard de dons ou de promesses de dons

Quant aux suspicions d’optimisations fiscales qui seraient, selon le gouvernement, la première motivation de certaines grosses entreprises, Sylvaine Parriaux s’en défend : « La fiscalité n’est pas la motivation des entreprises. Beaucoup considèrent, petites ou grandes, qu’elles doivent s’impliquer sur le territoire. Le mécénat n’est, bien sûr, pas le seul moyen d’action mais il est significatif. La première vertu de l’avantage fiscal c’est de permettre aux entreprises de donner plus. Il arrange ainsi les deux parties : celui qui donne, car il peut donner plus et celui qui reçoit car il bénéficie ainsi de plus de moyens », explique-t-elle. « Il faut cesser de réduire le mécénat à son mécanisme fiscal, il y a toute une dimension humaine et sociale que l’État ne mesure pas. »

« Mettre à mal un système qui fonctionne bien est un risque énorme »

Consciente des excès qui existent dans tout système, Sylvaine Parriaux précise que l’État a les moyens nécessaires pour contrôler d’éventuels abus : « Bien sûr, il est important d’effectuer des contrôles. Mais l’administration fiscale a déjà tous les moyens en sa possession pour réguler et contrôler. Si une opération contractualisée en mécénat relève du sponsoring, elle a tout à fait la possibilité de sanctionner », précise-t-elle. « Sous couvert de vouloir moraliser le système, l’État cherche uniquement à faire des économies ». Des économies peu convaincantes estimées à 80 millions d’euros par an par le gouvernement. « Mettre à mal un système qui fonctionne bien est un risque énorme », confie-t-elle.


BUSINESS TEAM

Lire aussi :
Oui, l’entreprise a une responsabilité éducative !

Interrogée sur l’attitude des entreprises vis-à-vis de cette annonce, Sylvaine Parriaux se veut rassurante : « Évidemment, toutes les entreprises ne vont pas arrêter de faire du mécénat. On estime d’ailleurs que seulement la moitié des entreprises utilisent l’avantage fiscal. Pour beaucoup, la première motivation c’est de servir l’intérêt général. Mais il va y avoir clairement un coup d’arrêt dans la dynamique. Le rôle de l’Admical est justement d’encourager et d’aider les entreprises à s’engager dans le mécénat. Notre tâche va être plus difficile avec l’annonce d’une telle mesure », conclut-elle.

Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Tags:
entrepriseetatmecenat
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
pope francis with a mask
I.Media
Ce que le pape François a vraiment dit sur l'...
Domitille Farret d'Astiès
Elles ont appris à les aimer : ces ...
Domitille Farret d'Astiès
"La France a un incroyable talent" : une fami...
Camille Dalmas
Derrière la phrase du Pape sur les homosexuel...
Freira renova votos religiosos de manhã e morre à noite
La rédaction d'Aleteia
Kenya : sœur Caroline renouvelle ses vœux le ...
Edifa
Sexualité : comment raviver le désir quand il...
Marzena Devoud
Le rituel matinal du pape François avant de s...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement