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Le jour où le cardinal Etchegaray « ressuscita » l’abbé Pierre

THOMAS COEX-AFP
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En 1996, Roger Garaudy publie à compte d’auteur, sous forme de samizdat, un court texte de dénonciation du sionisme, ouvertement négationniste. Son titre : "Les mythes fondateurs de la politique israélienne". La thèse peut être résumée d’une phrase : l'extermination des Juifs par les nazis est un mythe sioniste destiné à justifier la création de l’État d’Israël avec la bénédiction de la communauté internationale. Il en a adressé un exemplaire à l’abbé Pierre avec lequel il entretient des liens d’amitiés noués sur les bancs de l’Assemblée nationale constituante où ils ont siégé côte à côte, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

L’avocat de Roger Garaudy, Maître Jacques Vergès, prévient très vite son client qu’il est susceptible d’être poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité1. Aussi lui suggère-t-il de s’assurer quelques soutiens de personnalités moralement incontestables. L’abbé Pierre est sollicité. Il n’a jamais lu l’ouvrage. Sur la foi d’un proche auquel il en a confié la lecture, il adresse à son ami Roger une lettre dithyrambique où il lui dit son assentiment pour la constitution d’une commission d’historiens chargée de faire toute la lumière sur la réalité de la Shoah.

La déflagration est à la hauteur de la faute. Rendue publique par Jacques Vergès, la lettre de l’abbé Pierre entraîne, le 2 mai, la publication dans la Croix d’un communiqué de désaveu du Comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme. L’Église qui est en France ne peut se reconnaître dans cette prise de position. Les réactions s’enchaînent. Des proches de l’abbé Pierre comme Mgr Jacques Gaillot ou Bernard Kouchner, se désolidarisent dans des tribunes virulentes. D’anciennes accusations d’antisémitisme refont surface. L’abbé Pierre est exclu de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA). Le mouvement Emmaüs lui-même est tenté, un instant, de « tuer le père ».

Entre temps, l’abbé Pierre n’a fait que s’enferrer, à force de justifications douteuses dans la presse, expliquant que Roger Garaudy avait pris l’engagement solennel de revenir sur ses accusations si on lui prouvait qu’il avait tort… et qu’il avait toute confiance en sa parole ! Mais cette mise au ban, de la société et de l’Église, mine le fondateur d’Emmaüs qui s’est réfugié à l’abbaye de Praglia, en Italie, où il a l’habitude d’aller se reposer. Ses proches le voient dépérir sous leurs yeux, psychologiquement et physiquement. C’est alors qu’ils ont idée de faire appel à son grand ami, le cardinal Roger Etchegaray.

Dans son appartement du Transtevere, le cardinal accueille l’abbé Pierre accompagné du Président d’Emmaüs international Franco Bettoli et du père Jean-Marie Viennet. « Cher ami, avant que nous passions à table où les religieuses ont préparé ce que vous aimez, je vous propose de venir un instant dans mon bureau. » Et là, raconte le père Jean-Marie Viennet, désormais unique témoin survivant de la scène2, le cardinal prend dans sa bibliothèque le livre de Roger Garaudy, Paroles d’homme, qu’il ouvre à la page vingt-et-un. Dans un autoportrait, Garaudy raconte cette journée du 6 février 1970 où il a été exclu du Parti communiste français, pour dérive gauchiste mais surtout pour avoir condamné l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie.

Devant les quelque deux mille délégués du congrès, il tente de se justifier, sans grande illusion, puis quitte la salle dans un silence de plomb. Tenté un instant de mettre fin à ses jours, il décide d’aller plutôt rendre visite à sa première épouse dont il est séparé depuis 1945. Lorsqu’il arrive chez elle, la table est mise avec deux couverts. Pensant qu’elle attend quelqu’un il lui propose de revenir plus tard mais elle le retient : « Non, c’est toi que j’attendais. J’ai entendu ton discours au congrès, ce matin à la radio. Et j’ai compris que tu viendrais ici. Assied-toi. J’ai préparé pour toi les plats que tu aimais… » Roger Etchegaray referme le livre. Franco Bettoli et Jean-Marie Viennet comprennent qu’il faut laisser l’abbé Pierre et le cardinal seul à seul et se retirent.

Quinze minutes plus tard, le fondateur d’Emmaüs, ragaillardi et sautillant sort du bureau du cardinal un feuillet à la main. Le lendemain La Croix publiait en première page la demande de pardon de l’abbé Pierre. Dans les jours qui suivirent, il apparut à tous qu’il était « ressuscité ». Dans le livre refermé de Garaudy figuraient quelques lignes, décrivant son état d’esprit au terme de ce repas inattendu : « Tout était transfiguré. Le miracle d’amour de cette attente, d’une lucidité mystérieuse et exacte au tournant de la vie de l’autre, à ce rendez-vous du destin, c’était le triomphe de la vie sur la mort. Qu’en un seul être cela pût exister pouvait racheter les abandons de milliers d’autres. Il était encore possible de vivre. »

[1] Il sera de fait condamné en 1998.
[2] Il en fait le récit détaillé dans le livre : Le secret spirituel de l’abbé Pierre, Ed. Salvator 2014, écrit avec René Poujol. Le livre est préfacé par le cardinal Etchegaray.

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