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Les incroyables réponses de Jeanne d’Arc lors de son procès

© Rouen, musée des beaux-arts.
Paul Delaroche - Jeanne d'Arc, malade, est interrogée dans sa prison par le cardinal de Winchester, 1824, huile sur toile.
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Les fêtes de Jeanne d’Arc, qui se dérouleront à Orléans du 29 avril au 8 mai prochains, sont l’occasion de revenir sur l’exceptionnelle habileté et l’incroyable audace dont la jeune fille, alors âgée de 19 ans, fit preuve lors du procès inique qui la condamnera au bûcher pour cause d’hérésie, le 30 mai 1431.

Capturée aux portes de Compiègne par les Bourguignons le 23 mai 1430, Jeanne est vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de dix mille écus. Son procès, mené par l’Église et présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, ancien recteur de l’Université de Paris et allié des Anglais, se déroule au château de Rouen du 21 février au 30 mai 1431. Pas moins de cent vingt personnes y participent, dont vingt-deux chanoines, soixante docteurs, dix abbés normands, et dix délégués de l’Université de Paris. L’accusation lui reproche le caractère diabolique des voix qu’elle prétend entendre, sa vie dissolue, ses pratiques hérétiques ainsi que les habits d’homme qu’elle porte. Ce dernier chef d’accusation lui vaudra d’être déclarée « relapse » (retombant dans ses erreurs passées) et condamnée à être brûlée vive sur la place du Vieux-Marché, à Rouen, le 30 mai 1431.

Les minutes de ce procès, consignées dans les manuscrits de d’Urfé et d’Orléans, donnent un précieux aperçu de ce jugement historique. C’est en les lisant que l’on prend pleinement conscience de l’extraordinaire habileté de Jeanne : elle comparaît seule, sans avocat, âgée de 19 ans, ignorante en droit, et détenue depuis des mois dans d’affreuses conditions. Malgré cela, elle est capable d’audace, de hardiesse, et déjoue les pièges que lui tendent les hommes d’Église. Elle fait preuve d’une présence d’esprit admirable, se montre habile et pleine d’humour, elle qui ne savait « ni A ni B » (ni lire, ni écrire, selon ses dires au tribunal de Poitiers), et déstabilise ses juges par la force de sa sincérité. « À toute question douteuse, elle oppose une autre question, un trait d’humour, une demande de confrontation, d’enquête ou de délai », fait remarquer Olivier Sers dans la préface du livre Jeanne d’Arc, le procès de Rouen, lu et commenté par Jacques Trémolet de Villers (Les Belles Lettres, 2016). Intelligence supérieure, naïve sincérité ou inspiration divine ? Quoi qu’il en soit, les réponses de Jeanne d’Arc demeurent extraordinaires.

La « Querelle du serment »

À chaque début d’audience, l’évêque Cauchon demande à Jeanne de jurer sur les Évangiles de dire la vérité. Chaque fois, sans faillir, Jeanne prévient qu’elle peut dire « le vrai » à propos de sa foi et de sa vie, mais qu’en aucun cas elle ne pourra parler des révélations que Dieu lui a faites pour le roi. C’est donc l’accusée elle-même qui délimite le cadre du procès qui lui est intenté. Ainsi, dès le 21 février, premier jour d’audience, à 8 heures du matin, alors que l’évêque exhorte Jeanne à prêter serment, celle-ci retourne la situation et fixe elle-même les conditions :

« Je ne sais sur quoi vous me voulez interroger. Par aventure, me pourriez-vous demander telles choses que je ne vous dirais point. (…) De mon père, de ma mère et des choses que j’ai faites depuis que j’ai pris le chemin de France, volontiers je jurerai. Mais, des révélations à moi faites de par Dieu, je ne les ai dites ni révélées à personne, fors au seul Charles, mon roi. Et je ne les révélerais même si on devait me couper la tête. Car j’ai eu cet ordre par visions, j’entends par mon conseil secret, de ne rien révéler à personne. Et, avant huit jours, je saurai bien si je dois les révéler. »

Non seulement Jeanne s’érige en maîtresse de l’interrogatoire, un comble pour une accusée, mais « elle s’abrite derrière une impossibilité qui vient de Dieu, et donc, à ces hommes de Dieu, elle oppose Dieu », analyse Maître Jacques Trémolet de Villers. En outre, elle se pose en maîtresse du temps en évoquant ces huit jours, prérogative qui revient normalement au juge. Elle impose son délai, gagne du temps, fait miroiter une éventuelle ouverture, telle une experte en art oratoire.

La question du Pater Noster

Ce même premier jour de procès, cherchant à tester sa foi, l’évêque demande à Jeanne de réciter le Pater Noster. Ce à quoi Jeanne répond :

« Entendez-moi en confession, et je vous le dirai volontiers. »

Une résistance incroyable de la part d’une jeune paysanne face à un évêque et un parterre de juges. Une manière de réclamer à son interlocuteur un sacrement qui lui était donné quotidiennement par son confesseur, le frère Pasquerel, jusqu’à ce qu’elle soit jetée en prison et en soit durement privée. Selon Jacques Trémolet de Villers, la réponse de Jeanne est également une façon de lui rappeler sa fonction d’évêque. Car avant d’être juge, il est prêtre, et se doit de donner ce sacrement au fidèle qui le réclame. « Jeanne tend ainsi à Cauchon l’occasion d’être ce qu’il doit être : un prêtre et un évêque, et non un juge payé par l’ennemi », souligne l’avocat.

La question de la vérité

Le troisième jour, le 24 février, alors que l’évêque lui intime l’ordre de parler, elle assure ne pas pouvoir, et démontre à l’évêque que cela n’est pas dans son intérêt d’insister car sinon, il la pousserait à devenir parjure.

« Par ma foi, vous me pourriez demander telles choses que je ne vous dirais pas. Peut-être que de beaucoup de choses que vous me pourriez demander, je ne vous dirai pas le vrai, spécialement sur ce qui touche à mes révélations. Car, par aventure, vous me pourriez contraindre à dire telle chose que j’ai juré de ne pas dire, et ainsi je serais parjure, ce que vous ne devriez pas vouloir. »

Tout se passe comme si elle tentait de raisonner l’évêque afin que celui-ci ne la pousse pas au péché, ce qui serait absurde, pour un homme d’Église. Jeanne fait ainsi preuve d’une loyauté infaillible envers Dieu. Son discours ne varie pas : c’est toujours Dieu « premier servi », avant l’Église des hommes.

« Savez-vous si vous êtes en la grâce de Dieu ? »

Par cette question, Jean Beaupère, ancien recteur de l’Université de Paris (1412 et 1413) et ami de l’évêque Pierre Cauchon, cherche à la piéger. Car si elle avait répondu oui, on l’aurait accusée d’orgueil, et si elle avait dit non, on l’aurait traitée de pécheresse. Jeanne esquive habilement, et répond,  inspirée sans doute par une prière récitée à l’époque par le prêtre dans la liturgie dominicale (le prône) :

« Si je n’y suis, Dieu m’y mette ; et si j’y suis, Dieu m’y tienne. Je serais la plus dolente du monde si je savais n’être pas en la grâce de Dieu. Et, si j’étais en péché, je crois que la voix ne viendrait pas à moi. »

Selon les témoins de l’époque, les juges restèrent stupéfaits et silencieux face à cette répartie.

© Rouen, musée des beaux-arts
Pierre Henri Révoil, Jeanne d'Arc prisonnière à Rouen, huile sur toile, 1819

Menaces sur juges

Le 14 mars, l’évêque essaie de savoir quel danger les menace, lui et ses assesseurs, du fait de mettre en cause Jeanne. Cette dernière précise donc :

« Vous dites que vous êtes mon juge, je ne sais si vous l’êtes ; mais avisez-vous bien de ne pas juger mal, vous vous mettriez en grand danger. Et je vous en avertis, afin que si Notre-Seigneur vous en châtie, j’aie fait mon devoir de le vous dire. »

Une parole qui sonne comme un avertissement, et qui à nouveau remet en question la légitimité du juge.

L’assurance du Paradis

Un peu plus tard, le même jour, Jeanne raconte que ses voix, effectivement prémonitoires, lui ont dit : « Prends tout en gré, ne te chaille pas de ton martyre. Tu t’en viendras enfin au royaume de Paradis ». À ce moment-là pourtant, Jeanne est à mille lieux d’imaginer sa condamnation à mort. Elle est certaine d’être libérée, soit en s’échappant de prison, soit par un jugement clément, et entend bien achever la libération de la France. Cependant, elle ne manque pas d’espérance. Lorsque ses juges lui demandent : « Depuis que vos voix vous ont dit que vous iriez en la fin au royaume de Paradis, vous tenez-vous assurée d’être sauvée, et de n’être point damnée en enfer ? », elle répond, souveraine :

« Je crois fermement ce que mes voix m’ont dit, que je serais sauvée, aussi fermement que si j’y étais déjà. »

© Hermitage museum
Hermann Anton Stilke, Jeanne d’Arc au bûcher, 1843, huile sur toile.

En 1456, vingt-cinq ans après sa condamnation, s’ouvre le procès de réhabilitation. Donnant suite aux supplications d’Isabelle Romée, la mère de Jeanne, le pape Calixte III ordonne la révision du procès de Rouen. Le jugement, prononcé le 7 juillet 1456, déclare alors le premier procès et ses conclusions « nuls, non avenus, sans valeur ni effet ». Parmi les nombreux témoins qui ont comparu lors de ce deuxième procès, Aubert d’Ourches, ancien compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, déclare : « La Pucelle me parut être imbue des meilleures mœurs. Je voudrais bien avoir une fille aussi bonne… Elle parlait moult bien ».

@Les Belles Lettres

Jeanne d’Arc, le procès de Rouen, lu et commenté par Jacques Trémolet de Villers, Les Belles Lettres, 2016, 24,90€.

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