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Le cardinal József Mindszenty, dans les chaînes pour le Christ

© Mario De Biasi / AFP / MP / Portfolio / Leemage
Le général Paul Maleter et d'autres officiers rebelles s'entretenant avec le cardinal Jozsef Mindszenty dans une salle de l'archevêché de Budapest, 1956.
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Emprisonné par les nazis, torturé par les communistes, trahis par les siens, le cardinal primat de Hongrie József Mindszenty donna toute sa vie l’exemple de la fidélité dans l’obéissance. L’Église le reconnaît désormais comme « vénérable ».

Le pape François a approuvé le 12 février 2019 la reconnaissance des vertus « héroïques » du cardinal József Mindszenty (1892-1975), étape importante vers l’ouverture d’une enquête diocésaine en vue d’une béatification. József Pehm est né dans le village de Mindszent, à l’Ouest de la Hongrie, dans une famille paysanne. Marqué dès son jeune âge par la forte piété de sa mère Borbála, il lui consacrera un ouvrage après avoir été curé d’un gros bourg rural où il restera un quart de siècle. Apôtre dans l’âme, il reçoit de son évêque, qui le charge de fonder sept nouvelles paroisses, la mission de construire neuf églises et douze écoles.

En mars 1944, juste au moment où l’Allemagne nazie envahit la Hongrie, József Pehm est nommé évêque de Veszprem. Trouvant que son nom a une résonance trop allemande, le nouvel évêque, pour marquer son refus de la collaboration avec l’occupant le change à partir de celui de son village natal, puis proteste avec les autres évêques contre les arrestations de juifs. Quand Hitler fait installer un gouvernement pro-nazi, Mgr Mindszenty s’élève ouvertement contre lui, ce qui lui vaut d’être arrêté avec 26 prêtres et séminaristes. Transféré à Sopron, il fait de la prison un lieu de prière et d’enseignement, et ordonne neuf des séminaristes derrière les barreaux.

« L’homme à abattre »

La nuit de Pâques 1944, l’Armée rouge prend la ville. Libéré, le jeune évêque regagne Veszprem pour y découvrir sa cathédrale pillée par les « libérateurs » et tout son diocèse ravagé : « Partout, on avait assassiné, violé. Ni les enfants, ni les vieillards n’avaient été épargnés. » Il se dépense pour aider ceux qui ont tout perdu. Le 8 septembre 1945, il apprend que Pie XII veut personnellement qu’il accepte le poste d’archevêque d’Esztergom — et donc devienne le primat de Hongrie. Mgr Mindszenty l’accepte comme un chemin de croix et déclare dans son premier sermon dans sa cathédrale : « Le Primat reprend aujourd’hui le flambeau de ses prédécesseurs… Je veux être maintenant un bon pasteur qui, s’il le faut, donne sa vie pour son Église, pour sa patrie. » À Budapest qui dépend d’Esztergom, il organise des secours pour tous les miséreux de la capitale, alors que le régime communiste mis en place par l’occupant le commence déjà à le désigner comme « l’homme à abattre ».

© BY-SA 2.5 hu
Cathédrale Saint-Michel, Veszprém

Début 1946, tout juste nommé cardinal par Pie XII, le nouveau Primat lance un grand mouvement de prière et d’approfondissement de la foi à travers tout le pays, qui fait converger par dizaines de milliers les fidèles dans les églises. Le dernier jour d’une neuvaine, il prêche sur le thème : « Seule une humanité fervente peut bâtir un monde meilleur. » Le régime voudrait se débarrasser de lui, mais sa légitimité aux yeux de la majorité des Hongrois oblige à la ruse. Alors qu’il est connu pour sa résistance au nazisme payée de la prison, les journaux du régime le présentent jour après jour comme un « fasciste pro-nazi » digne de Goebbels. La réponse de Mgr Mindszenty est spirituelle : il lance une année mariale à laquelle prend part avec ferveur une partie importante de la population, et consacre la Hongrie à la Vierge Marie le 15 août 1947.

Torturé par les communistes

En 1948, après avoir pris le contrôle des Églises protestantes de Hongrie, le régime décide d’abattre l’Église catholique en la personne de son chef. Le 20 décembre, le cardinal Minszenty écrit : « Attendu que je n’ai jamais participé à aucun complot, je ne démissionnerai pas, je ne parlerai pas. Si, après cela, vous deviez apprendre que j’ai admis ceci ou cela… même authentifié par ma signature, vous devez savoir qu’une semblable déclaration ne sera qu’une conséquence de la fragilité humaine… de la même façon, je considère comme nulle et non avenue quelque confession que ce soit qui me serait attribuée à partir de ce jour. » Six jours plus tard, il est arrêté.

Les interrogatoires et les tortures commencent aussitôt. Le but de ses tortionnaires est de le briser par un mélange de sévices et de drogues sans le tuer, afin d’organiser un procès à grand spectacle pour briser la résistance des croyants. Jour après jour, nuit après nuit, József Mindszenty observe sur lui-même les effets de la torture et des drogues : la destruction progressive de sa personnalité. Il finit par signer des aveux, non sans avoir ajouté les initiales des mots « J’agis sous la contrainte » ce qui lui vaut de nouveaux sévices.

Le régime organise le procès qui condamne à la prison à perpétuité un homme brisé et « dans un état crépusculaire » comme il l’écrira. Il est envoyé directement dans une prison-hôpital — où il retournera par la suite car sa santé se dégrade au fil des ans. Mais il fait de sa cellule un lieu de prière et refuse le compromis qui lui vaudrait une amnistie.

À l’ambassade américaine

Les années passent. En octobre 1956, Budapest se révolte contre le régime. Le cardinal Mindszenty est aussitôt libéré et fait un retour triomphal à Budapest. Il dissout le mouvement des Prêtres de la Paix, collaborateurs du régime, et lance un appel à la réconciliation nationale à la radio, mais les chars soviétiques sont déjà aux portes de Budapest. Le cardinal réussit à leur échapper et se réfugie à l’ambassade américaine d’où il suivra le douloureux écrasement de son peuple. Il va y rester quinze ans.

Le plus dur pour lui est d’apprendre que l’épiscopat hongrois accepte la mascarade des Prêtres de la paix remis en selle et l’autodestruction de leur Église. Peu à peu, lui-même est présenté comme celui qui empêche — coexistence pacifique oblige — la normalisation des relations entre la Hongrie et le Vatican et même, dit-on, entre la Hongrie et les États-Unis. Martelée pendant des années, cette propagande commence à produire des effets en 1967 : József Mindszenty est alors informé qu’il devrait quitter l’ambassade américaine. Le cardinal hésite à se livrer au régime communiste mais décide d’obéir. Le 28 septembre 1971, il quitte l’ambassade dans la voiture du nonce de Vienne et après avoir béni son pays, est emmené par la route jusqu’à l’aéroport de la capitale autrichienne.

Fidèle dans la foi et l’obéissance

Quelques jours plus tard, il concélèbre à l’autel de saint Pierre la messe d’ouverture du synode des évêques, tandis que le pape Paul VI le propose en modèle et symbole de la force de la foi et du don désintéressé de soi à l’Église. Mais il ne peut rien publier sans l’accord du Saint-Siège et devra accepter qu’un successeur, plus docile envers le régime, soit nommé à Esztergom.

Dans ses dernières années, le vieux cardinal visite les communautés hongroises exilées à travers le monde. Sa liberté de parole gêne, et ses Mémoires, qui relatent toutes ses épreuves dans la Hongrie communiste et ses prisons ne peuvent être publiées. Il obéit une fois de plus, mais continue à voyager jusqu’à sa mort, en mai 1975, pour réconforter les catholiques d’origine hongroise et les exhorter à la fidélité dans leur foi.

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