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Le cardinal au tribunal de l’accusation médiatique

CARDINAL PHILIPPE BARBARIN
JEFF PACHOUD / AFP
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Comment une colère légitime s’est-elle retournée contre les mauvaises personnes, au mauvais moment ? Le président des Entretiens de Valpré regrette que le retard dans la dénonciation des actes infâmes du père Preynat et les effets de la procédure aient entraîné un déplacement de l’accusation ainsi qu’une haine médiatique, à la recherche d’un coupable à tout prix. La justice et le pardon y trouveront-ils leur compte ?

« Vous souffrez depuis trois ans ; moi je souffre depuis trente ans ! » Ces mots prononcés à la barre par une des victimes resteront ceux qui bouleversèrent le cardinal Philippe Barbarin, comme il l’indiquera dès les premiers instants après son procès. Les trois jours et demi vécus dans la salle du tribunal correctionnel de Lyon ont contrasté par la hauteur et la profondeur des débats, avec la tempête médiatique haineuse traversée par les prévenus depuis 2016. À l’heure où l’État semble contesté dans ses fondements mêmes, c’est l’honneur de notre pays et de notre démocratie que d’avoir permis que la justice puisse se rendre dans les meilleures conditions possibles.

Ce procès a été celui d’un juste combat mené malheureusement contre les mauvaises personnes et au mauvais moment. Par un processus en effet diabolique, il se trouve que les actes abominables du père Preynat, « serial violeur » d’enfants à Sainte-Foy-lès-Lyon dans les années 1980, ne seront pas jugés avant 2020, et ce n’est même pas sûr nous dit-on. Autre circonstance insupportable : pour un nombre important de victimes du père Preynat, la prescription des faits leur interdira d’obtenir la reconnaissance indiscutable des infamies qu’ils ont subies devant la justice.

La torpille a changé de cible

Alors comment ne pas fulminer de rage ? La toute légitime colère des victimes a besoin de trouver un exutoire. Cette douleur enfouie parce qu’inavouable — et notamment d’abord à ses propres parents — se compare à une explosion volcanique à retardement que rien ne peut plus contrôler, qui vire à l’irrationnel, savamment attisée par des lobbies ou des confréries plus animés par la destruction de l’Église que par la lutte contre la pédophilie. Et quoi de mieux qu’un prince de l’Église comme cible ? Après tout le chef doit payer, même s’il était jeune prêtre dans le diocèse de Créteil à l’époque des faits.

Pourtant, après des mois d’enquête, le parquet conclut le 1er août 2016 au classement sans suite des plaintes pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs et de non-assistance à personnes en péril, visant le primat des Gaules. Alors, cette soif de vengeance, cette nécessité de parler et surtout d’être enfin écouté, va trouver son expression dans cette procédure « en citation directe » permettant de mettre quasiment à genoux l’un des plus beaux symboles de l’Église en France. Cardinal, ami de longue date du pape François, brillant pasteur, défenseur de la vie dès sa conception jusqu’à la mort, de l’amour conjugal entre un homme et une femme, des chrétiens d’Orient oubliés, des Roms, de l’écologie, du christianisme social, de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux… La torpille lancée initialement contre une cible, le père Preynat, symbole absolu de la négation des valeurs de l’Évangile, en a « accroché » une autre, bien plus parlante. Que verra-t-on en effet in fine au procès de Preynat pour l’instant remisé aux calendes grecques ? Une condamnation acquise contre un vieil homme qui est déjà passé aux aveux.

Un mélange des genres

Depuis trois ans, nous assistons à un épouvantable mélange des genres entre le droit et la morale, entre la faute et l’erreur, entre les mots de la justice et ceux de la religion. Ces confusions ont entraîné la condamnation médiatique du cardinal Barbarin, foulant au pied la présomption de l’innocence, dont chacun s’accorde à dire qu’elle a de fortes chances d’être à nouveau reconnue le 7 mars prochain quand le verdict sera prononcé par la présidente du tribunal.

Alors qu’il aurait pu facilement se retrancher d’ailleurs sous la double cuirasse de la prescription et du secret professionnel, acquise aux ministres du culte par la loi, le cardinal Barbarin lui-même, et par la voix de ses avocats, a dit n’avoir pas été réellement informé avant 2014 et surtout n’avoir jamais entravé la bonne marche de la justice. Ceux qui l’accusent aujourd’hui de ne pas avoir écouté la rumeur très floue qui circulait au sujet du père Preynat avant 2014, sont souvent ceux-là mêmes qui avaient des informations sérieuses et qui n’ont jamais rien dénoncé. Le cardinal a eu raison, car les bruits ne sont pas le fondement de la vérité. On a accusé le cardinal de ne pas dénoncer les abus sexuels alors que la première victime qu’il rencontre, majeure, père de famille, et en pleine possession de ses moyens lui annonçait en 2014 qu’il allait porter plainte, après que le cardinal l’encouragea justement à chercher d’autres victimes du prédateur. Il a eu raison de respecter la liberté individuelle qui est un fondement du droit.

Une exceptionnelle déclaration de repentir

Est-il possible de contrer une telle haine médiatique continue depuis trois ans ? On dira ici qu’il a reçu des dizaines de victimes d’abus sexuels depuis quatre ans, qu’il les a écoutées avec compassion. On rappellera qu’il a prononcé une exceptionnelle déclaration de repentir le 21 novembre 2016, reconnaissant les crimes des prêtres de son diocèse, les erreurs de ses prédécesseurs, et surtout les siennes avec une très grande humilité. On confessera sa douleur personnelle intime face à tant d’ignominies perpétrées par un homme de Dieu, sa colère, son incompréhension devant tant de scandales, même si l’Évangile selon saint Marc l’annonçait déjà : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. » On y ajoutera enfin la solitude qui a été la sienne, souvent abandonné en rase campagne face aux calomnies.

Procès sociétal, procès médiatique pour faire avancer la cause du combat contre les crimes sexuels, procès d’une Église, et non de l’Église, coupable il y a trente ans de gérer « en famille » les agissements de brebis galeuses, symbole d’un cléricalisme combattu par le pape François, qui a heureusement quasiment disparu de l’Église de France aujourd’hui. Mais est-ce donc le rôle de la justice que de devenir la tribune d’une cause, la chambre d’enregistrement des évolutions législatives souhaitées ? Si c’est le cas, soit, mais qu’elle dise avec force que des victimes innocentes ne peuvent entraîner la condamnation d’autres innocents.

Que la prière redouble

Au final, le plus grand mal que cette affaire aura fait, c’est celui d’avoir divisé les croyants, et même y compris les évêques de France, qui auront fini de perdre les repères du bon sens et du droit, abreuvés par la haine, le mensonge et l’amalgame. Gageons que ce verdict leur apportera un éclairage apaisant. C’est celui que le pape François lui-même a donné au cardinal Barbarin à plusieurs reprises depuis le début 2016, dans la force de leurs échanges, du discernement et de l’amitié, sous le regard de Dieu, en refusant sa démission. Philippe Barbarin est un homme de Dieu, debout, marqué à jamais dans son cœur, non pas par la calomnie, mais par les paroles des victimes de Bernard Preynat. Que la prière redouble d’intensité pour demander que tous ces hommes brisés reçoivent des torrents de grâce du Ciel. C’est un acte de foi que de croire que c’est déjà le cas y compris à travers ce procès. Mystère ineffable de l’Amour de Dieu.

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