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Elle perpétue une magnifique tradition millénaire

Alice Cornière
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Alice Cornière, Enlumineur de France, fait partie des rares professionnels de l’Hexagone à connaître cette pratique millénaire. Elle possède un atelier- boutique à Nantes au sein duquel elle expose et vend ses minutieuses créations. Pour Aleteia, elle revient sur l’histoire et la pratique de cet art ainsi que sur l’importance qu’il a eu pour la diffusion de la foi.

Aleteia: qu’est-ce qui vous a porté vers l’enluminure ?
Alice Cornière : J’ai toujours été attirée par le Moyen Âge et les vieux livres en particulier. J’aimais l’écriture manuscrite et je me suis donc mise à la recherche d’une école de calligraphie. Au cours de mes investigations, je suis tombée par hasard sur l’Institut supérieur européen de l’enluminure et du manuscrit. J’avais trouvé ma voie… C’est en suivant son enseignement que je me suis réellement passionnée pour cet art.

La formation est-elle difficile ?
La première année ne l’est pas trop. Nous apprenons toutes les techniques utiles à cet art, comme le travail sur parchemin, la calligraphie, la pose des feuilles d’or, les techniques de peinture. Nous découvrons également les nombreuses périodes de l’enluminure. La seconde année en revanche est plus complexe et plus technique. C’est le temps de mise en pratique de nos connaissances. À cette fin, nous devons réaliser un manuscrit qui nous permet d’obtenir notre diplôme. C’est un travail d’une année où il faut être persévérant sans se décourager par la minutie de ce qui nous est demandé. Ce travail alliant grande minutie et créativité n’est pas toujours évident.

© BF

L’enluminure médiévale est votre principale source d’inspiration. Comment se pratiquait-elle autrefois  par rapport à aujourd’hui ?
J’utilise les mêmes supports qu’au Moyen Âge. Je travaille sur des parchemins en peau de chèvre même si, à l’époque, les enlumineurs privilégiaient le velin qui est toutefois beaucoup plus coûteux. Le papier que l’on utilise de nos jours ne convient pas bien à l’enluminure. Sinon, au Moyen Âge, un certain nombre des pigments utilisés étaient particulièrement nocifs et toxiques, comme le blanc de plomb ou l’orpiment dans lequel on retrouve de l’arsenic. J’utilise donc très peu ces pigments d’autrefois, ou seulement exceptionnellement avec des protections. Le liant que j’utilise reste toutefois le même qu’au Moyen Âge. Il est fabriqué avec du blanc d’œuf, de la gomme arabique et du miel.

L’enluminure, au Moyen Âge, était-elle pratiquée exclusivement par des hommes d’Église ?
Non, même si elle était très pratiquée dans les monastères par des moines copieurs. Chaque abbaye d’alors possédait son atelier, plus ou moins spacieux, de fabrication de livres assortis d’enluminures. Mais elle était également pratiquée par des laïcs dans des ateliers d’enluminure.

À qui étaient destinés ces manuscrits au Moyen Âge et quelles étaient les livres les plus couramment enluminés alors ?
Au début de l’enluminure autour des VIIe et VIIIe siècles, les missionnaires utilisaient essentiellement ces livres pour évangéliser les « païens ». La Bible était alors la plus couramment reproduite et c’est de cette époque que proviennent les premières enluminures. Au XIe siècle, on commence aussi à fabriquer des manuscrits destinés aux monarques et aux grands seigneurs. On passe alors des simples scriptorium à des monastères royaux qui produisent des livres en nombre important. Ce sont alors des évangéliaires ou des bibles très richement décorés avec reliures, pierres précieuses et ivoire sculpté. Apparaissent également à la fin du XIIe siècle des manuels pour les étudiants d’universités, telle la Sorbonne. À la fin du Moyen Âge ce sont les romans de chevalerie, d’amour courtois, qui commencent à être reproduits mais aussi de nombreux livres d’Heures qui permettent aux laïcs de suivre la liturgie des heures. Au XVe siècle, les ateliers d’enluminure foisonnent en Europe car le livre fait déjà l’objet d’un véritable commerce. L’invention de l’imprimerie mettra un coup d’arrêt à cette pratique par l’apparition d’autres procédés d’illustration, même si elle s’est perpétuée, surtout jusqu’au XIXe.

© BF

Qu’aimez-vous particulièrement dans les modèles religieux que vous réalisez ?
J’aime beaucoup les représentations des évangélistes durant la période carolingienne, en particulier saint Marc dont j’ai réalisé quelques enluminures.

Comment se perpétue l’enluminure aujourd’hui ? Est-elle encore pratiquée dans les monastères ?
Nous sommes aujourd’hui très peu nombreux à perpétuer cette tradition millénaire. Je ne crois pas que cet art exceptionnel soit encore beaucoup pratiqué dans les monastères malheureusement. Certains religieux réalisent encore ponctuellement des enluminures, mais je ne crois pas qu’ils produisent comme au Moyen Âge des manuscrits entiers. Je suis donc très fière de poursuivre la lignée de cette longue tradition artistique et j’espère, étant encore au tout début de ma carrière, pouvoir participer à la faire revivre.

Propos recueillis par Benjamin Fayet. 

Le site des œuvres d’Alice Cornière : https://www.alys-art.com/

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