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Un prêtre raconte comment il est passé du Ku Klux Klan au sacerdoce

Le père William Aitcheson.
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Un prêtre catholique d’Arlington, dans l’État de Virginie, s’est mis provisoirement en retrait de ses fonctions après avoir révélé qu’il avait appartenu au Ku Klux Klan et brûlé des croix il y a plus de 40 ans, avant d’entrer dans les ordres.

Le père William Aitcheson a publié, lundi 21 août, un texte dans le Arlington Catholic Herald dans lequel il se décrit comme « un jeune homme facilement impressionnable » à l’époque où il devint membre de ce groupe prêchant la haine. Il écrit encore que les images de ces nationalistes et tenants de la suprématie blanche, manifestant à Charlottesville, « ont fait remonter des souvenirs d’une période sombre de sa vie qu’il aurait préféré oublier. »

La police locale a expliqué qu’Aitcheson avait été à l’époque l’un des leaders de la loge Robert E. Lee des chevaliers du Ku Klux Klan du Maryland. La loge avait alors l’intention de recruter des gens pour faire sauter des installations de l’armée américaine situées dans la région. Quand sa maison fut fouillée par la police dans les années 1970, on y retrouva 4 kilos de poudre, des armes ainsi que d’autres explosifs dans sa chambre et sa cave.

Il explique comment il est « passé de la haine à l’amour avec la grâce de Dieu » :

« J’étais un jeune homme très impressionnable et j’ai appartenu au Ku Klux Klan. C’est de notoriété publique, mais c’est une information qui ressort rarement. Mes actions étaient méprisables. Quand je repense aux croix brûlées et aux lettres de menaces, j’ai comme l’impression de parler de quelqu’un d’autre. J’ai peine à croire que c’était moi.

À l’époque j’étais catholique, mais pas du tout pratiquant. Le côté ironique d’avoir quitté un groupe haineux anti-catholique pour rejoindre l’Église catholique ne m’a pas échappé. C’est un rappel qu’à travers Jésus-Christ, une transformation radicale est possible dans sa miséricorde.

Alors que 40 années ont passé, je dois déclarer ceci : je suis désolé. À tous ceux qui sont victimes du racisme et de l’intolérance, je suis désolé. Je n’ai pas d’excuses, mais j’espère que vous me pardonnerez. 

Si jamais des suprémacistes blancs venaient à me lire, j’ai un message à leur adresser : cette idéologie ne vous comblera jamais. Votre haine ne sera jamais satisfaite, et votre colère ne s’apaisera pas. Je vous encourage à trouver la paix et la miséricorde là où elles sont authentiques et infinies : en Jésus-Christ.

Je vous demande de prier pour les victimes du racisme et de l’intolérance. Qu’elles n’aient jamais le sentiment de ne pas être pleinement des enfants de Dieu, aimées et dignes.

Priez aussi pour ceux qui perpétuent les pensées racistes et croient, à tort, être supérieurs aux autres. Dieu pardonne à tous ceux qui se repentent sincèrement. Personne n’est hors de la portée de son amour. En se convertissant au Christ, ils pourront trouver une nouvelle vie dans la vérité. »

En réponse, le diocèse d’Arlington a publié un communiqué par l’intermédiaire de son évêque, Mgr. Michael Burbidge :

« Il est vrai que le passé du père Aitcheson avec le Ku Klux Klan est triste et profondément troublant. Mais je prie pour que, dans le climat politique et social actuel, son message parvienne à ceux qui encouragent la haine et la division et les amène à une conversion du cœur. Notre Seigneur est prêt à les aider à s’engager sur un nouveau chemin, un chemin au long duquel ils trouveront la paix, l’amour et la miséricorde. L’Église catholique fera tout ce qu’elle peut pour les aider à se rapprocher de Dieu. »

Aucune accusation de racisme ou de sectarisme n’ont été émises à l’encontre de Fr. Aitcheson depuis qu’il est prêtre dans le diocèse d’Arlington. L’article du père Aitcheson a été écrit avec l’intention de raconter l’histoire de sa transformation. C’est lui-même qui a demandé volontairement à être éloigné temporairement du ministère public, pour le bien de l’Église et de sa communauté paroissiale, et cette demande lui a été accordée.

J’ai contacté le responsable de la communication du diocèse Billy Atwell pour lui demander ce qui avait conduit le père Aitcheson à vouloir démissionner temporairement du ministère, et quel genre de réactions son éditorial avait suscitées.

Voici sa réponse :

« Le père Aitcheson a décidé qu’étant donné le climat politique et social actuel autour de la question ultra-sensible du racisme, il serait préférable de se mettre en retrait pendant un temps. Il s’est dit que ce serait mieux pour l’Église et pour sa paroisse. Sa demande a été approuvée. Ce qu’il espère, c’est que l’histoire de sa transformation puisse bénéficier à d’autres.

Le fait qu’il ait eu la volonté de partager son histoire a suscité bon nombre de réactions positives. Les commentaires, suite à la publication sur notre page Facebook, reflètent globalement l’ensemble des réactions que nous avons eues jusqu’à maintenant. J’ai reçu des mails de personnes qui ne sont pas catholiques — et qui pour certaines sont farouchement opposées à la position de l’Église sur de nombreux sujets — mais qui veulent montrer qu’elles ont de l’estime pour son message. »

À mon sens, l’histoire du père Aitcheson est un témoignage fort et extraordinairement courageux sur la conversion et sur la grâce. Et elle nous rappelle à tous quelque chose dont j’ai parlé dans mon homélie dimanche dernier : « Dieu n’en a pas encore fini, avec aucun de nous. »

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