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La miséricorde sans conversion, est-ce possible ?

Lucas Cranach © Wikimedia
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La miséricorde (action de Dieu) implique la conversion (réponse de l'homme).

L’individualisme et le désir de liberté absolue, dans leurs retranchements de plus en plus extrêmes, conduisent l’homme à deux attitudes apparemment contradictoires, mais objectivement convergentes : soit il proclame la mort de Dieu comme Nietzsche, soit lorsqu’il croit, il réduit cette foi à la recherche d’une plénitude psycho-matérielle que Dieu « doit » combler tout en lui laissant cependant intact son désir de liberté absolue, c’est-à-dire sans lui opposer de limites ou de lois, fussent-elles finalement ordonnées à son bien. Comme l’athéisme pratique de la première figure, cette deuxième posture est tout aussi préjudiciable à la foi, au moins à son intégrité.

En effet, elle exprime la claire tentation d’une appropriation individualiste de Dieu dans laquelle c’est Lui qui, pour ainsi dire, se soumet aux désirs et à l’arbitraire de l’homme même s’ils sont en conflit avec ses commandements. Un exemple est l’adhésion assumée de chrétiens aux dérives morales ; comment en arrivent-ils à se déclarer « pro-choix » (pour ne pas dire pro-avortement) alors que Dieu, qu’ils professent, est l’Auteur de la vie et que tout dans la nature manifeste la vie (la science ne dit pas le contraire) ?

Une lecture lacunaire de la miséricorde

À la base (théologique) de tels errements, il y a une certaine conception de la miséricorde, celle qui considère que Dieu serait en quelque sorte « tenu » de pardonner même s’il n’y a en retour aucune volonté de réparation et de conversion de notre part. Ici ce n’est pas seulement le pardon du Seigneur qui est recherché, mais peut être davantage, son approbation à notre état de vie peccamineux. La miséricorde consisterait en une bienveillance de Dieu non pas seulement à l’égard de l’homme-pécheur, mais aussi sur le péché lui-même. Une des illustrations patentes de cette lecture lacunaire de la miséricorde est l’accès de fait (bien que l’Église n’ait pas modifié sa doctrine) des personnes divorcées et remariées à la communion Eucharistique dans nombre de diocèses. D’une manière générale, on observe que certains développements en théologie morale donnent une telle primauté à la miséricorde que celle-ci se retrouve en bien des situations éthiques en conflit avec la vérité et la justice, alors qu’au fond, toutes ces dimensions, l’amour et la miséricorde, mais aussi la vérité et la justice, sont harmonieusement exprimées par Dieu dans son action salvifique sur l’homme.

Le modèle de Zachée et de la femme adultère

L’Évangile de ce 31e dimanche du Temps Ordinaire, année C, nous donne une juste compréhension de la miséricorde. Jésus va chez Zachée qui est pécheur, mais, et on le souligne peu, il en ressort avec sa conversion : « Voici, Seigneur, dit Zachée dans ce qui apparaît comme un véritable acte de contrition : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus » (Lc 19, 10). C’est l’attitude similaire que Jésus a avec la femme adultère. Il ne la condamne pas ; mieux, Il la sauve de la lapidation. Mais en même temps, Il l’appelle instamment à la conversion : « Va et ne pèche plus » (Jn 8, 1-11). On le voit donc : la miséricorde (action de Dieu) implique la conversion (réponse de l’homme).

La miséricorde est un don de Dieu à l’homme qui se reconnaît misérable. Ce n’est pas un dû à l’homme qui veut tout, qui veut sans cesse repousser son espace de droits à jouir au détriment de celui de ses devoirs à accomplir. Jésus est venu pour les pécheurs, mais évidemment pour les aider, avec sa grâce, à faire la volonté de Dieu, à sanctifier leur vie.

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