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Le grand entretien (2/2). « L’Église a toujours été le rempart contre les déviances idéologiques »

© Antoine Mekary / Aleteia
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Jean-Baptiste Noé est écrivain et historien. Sa « Géopolitique du Vatican » vient de paraître aux Presses universitaires de France.

Aleteia : Pour évoquer les préoccupations du Vatican, vous évoquez la romanité, à laquelle serait lié le christianisme. Quels sont ces éventuels héritages, et pour quelles conséquences ?
Jean-Baptiste Noé : La romanité est la clé de compréhension de l’Histoire de l’Église. Tout le christianisme est l’héritier de Rome, aussi bien la Rome latine que la Rome grecque, ces deux poumons occidentaux et orientaux que Jean Paul II n’a eu de cesse de faire respirer ensemble, et dont Léon XIII percevait déjà qu’ils seraient le pivot stratégique du monde contemporain.

Toute la forma mentis du christianisme est romaine : sa langue – le latin et le grec –, sa culture, les concepts philosophiques et théologiques qui façonnent la pensée chrétienne. En parlant de romanité, je n’exclus pas le judaïsme, qui est une autre composante essentielle du christianisme. Bien au contraire, car le judaïsme est lui aussi largement hellénisé. Que l’on pense à Flavius Josèphe, qui est un juif de langue grecque, né à Jérusalem et mort à Rome, ou encore à la traduction en grec de la Bible des Septante à Alexandrie.

Mais il est vrai qu’en France nous avons trop tendance à réduire Rome à sa partie occidentale, oubliant l’Orient romain, dont l’Empire a perduré jusqu’en 1453. Ainsi, quand on analyse la fracture de l’Église au XVIe siècle, on constate que les territoires qui se sont détachés de Rome sont ceux qui n’avaient pas été romanisés. La frontière est très nette en Allemagne. La révolte de Luther est d’abord une révolte contre Rome et la romanité, et pour l’affirmation de la germanité.

Quels sont les objectifs du Vatican dans la diplomatie internationale ? Y a t-il certains sujets plus importants que d’autres ?
Le Vatican lutte pour des idées et pour la défense de l’homme. Le sujet central aujourd’hui est la lutte contre le relativisme, qui veut non seulement effacer la vérité, mais surtout effacer l’homme en dissolvant sa dimension culturelle et spirituelle. Dans l’Église, la ligne de faille n’est pas entre progressistes et conservateurs, mais entre ceux qui se soumettent au relativisme et à l’abolition de l’homme, et ceux qui proclament que l’homme est fils de Dieu.

Pour éclairer l’actuelle crise des migrants, pouvez-vous revenir sur la position qui a été celle des derniers Papes et distinguer si rupture il y a eu avec le pape François ?
Il n’y a pas vraiment de rupture, même si chaque Pape parle avec son style. Face à un phénomène d’une grande complexité, la voix de certains prélats est parfois quelque peu trop simple. L’Église, en tant qu’institution, n’a pas vraiment de solution concrète : elle se limite à des principes généraux, ce qui est son rôle. Mais le discours tenu par les prélats d’Europe et par ceux vivants dans les pays émetteurs de migrants est souvent assez antinomique. Les évêques d’Orient appellent leurs fidèles à ne pas partir, pour ne pas faire le jeu de Daesh et pour ne pas vider l’Orient de ses chrétiens. C’est la même chose en Afrique : plusieurs évêques ont pris position contre les migrations, car ils constatent que cela dépeuple leur pays de ses forces vives. Benoît XVI avait évoqué ce « miel amer » de l’émigration lors de son voyage au Liban en 2012.

Comment se situe le Saint-Siège vis-à-vis de l’idéologie mondialiste qui sévit de nos jours, et donc de l’uniformisation qu’elle entraîne ?
Comme nous l’évoquions précédemment, le Saint-Siège demeure l’un des rares États à lutter contre le relativisme. L’uniformisation, c’est d’abord la volonté d’éradiquer la culture de l’homme, afin de le réduire au statut de bête, forcément plus malléable et plus manipulable. C’est un nouveau totalitarisme. L’Église a toujours été le rempart contre ces déviances idéologiques. Le mondialisme prône l’effacement de Dieu. Léon XIII a eu cette formule percutante : « L’athéisme, c’est le culte de l’État ». Nous en sommes toujours là. En prônant la véritable et saine laïcité, le Saint-Siège empêche l’émergence des idéologies politiques qui se transforment ensuite en religion politique, par le culte de l’État, l’effacement de Dieu et donc l’abolition de l’homme.

Historiquement, la République était anticatholique. Qu’en est-il de la démocratie qui lui est souvent (et rapidement) associée ?
C’est un sujet très complexe. Pour le dire en peu de mots, la République et la démocratie, en tant que formes politiques, ne s’opposent pas au christianisme. En revanche, la République et la démocratie, pensées comme des religions politiques, sont bien évidemment ennemies irréductibles du christianisme. Dans le cœur des hommes, il ne peut pas y avoir de place pour deux amours : c’est Dieu ou l’État. La démocratie qui respecte le principe de subsidiarité et la liberté des consciences est à défendre. La démocratie qui veut tout contrôler, qui intime aux peuples pour qui ils doivent voter, et qui veut cantonner la foi à la sphère privée est une doctrine politique dangereuse. Mais l’exemple de l’effondrement du communisme témoigne que l’on ne peut jamais éradiquer complètement la foi de tous les hommes.

Propos recueillis par Charles Fabert

Retrouvez la première partie de cet entretien en cliquant ici 

Géopolitique Vatican
© puf

Géopolitique du Vatican, Jean-Baptiste Noé, PUF, 2015, 20 euros.

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