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"Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux" (Mt 5, 3). Les huit Béatitudes ne commencent pas par la plus facile des recommandations évangéliques. Si elle est en tête, c’est qu’elle résume toutes les autres et reste la clé de compréhension de tout l’Evangile. Nous qui luttons pour la survie matérielle parfois ou qui soignons notre insécurité par l’accumulation des richesses, nous sommes invités à porter notre regard sur la "pauvreté du cœur". Ce n’est donc pas la pauvreté matérielle ou la misère contre laquelle l’Eglise lutte depuis des siècles, mais la dépossession des biens comme de soi-même. Vertige qui ouvre au bonheur du ciel dès ici-bas. Dieu lui-même est pauvre car "lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté" (2 Co 8, 9). Il convient si bien à notre nature d’être pauvre et humble, que nous devrions accéder rapidement à cette béatitude, pour retrouver le "Dieu qui est par excellence "l’impossédant" et "l’impossédable", l’antipossession, comme il est antinarcisse" (Maurice Zundel).
Cette pauvreté-là est en réalité une vertu et donc une force, une bonne dépendance, chargée de la richesse de l’amour, parce que aimer rend dépendant ! Elle laisse le cœur ouvert et non encombré. Il y a un piège dans la possession de biens ou de soi-même, mais non une obligation. Le bonheur vient du fait d’accepter de tout perdre pour les richesses de Dieu, c’est pourquoi à ces pauvres-là "le Royaume est à eux". Dieu est un abîme de dépossession des choses du monde et une immensité de richesses spirituelles. Les dieux païens sont riches comme Jupiter. Notre Dieu est pauvre aux yeux du monde à cause de son invisibilité, de son absence apparente, de sa petitesse dans ses médiations. L’amour, si attaché à l’idée de bonheur, n’est qu’un grand manque en acte, qui se satisfait plus dans le donner que dans le recevoir. "Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir" (Ac 20, 35). Saint François, amoureux de Dame Pauvreté, est devenu le plus heureux des hommes.

