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La prière silencieuse avec les enfants, mission (im)possible ?

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Edifa - Publié le 25/01/21

Les enfants peuvent-ils prier en silence ? Oui, répond Anne-Marie Le Bourhis, formatrice de catéchistes et membre de l’Institut Notre-Dame de Vie.

Vous proposez d’amener les enfants à un temps de prière silencieuse durant leur formation catéchétique. Pourquoi ?
Anne-Marie Le Bourhis : Le but de toute catéchèse est de mettre quelqu’un non seulement en contact mais aussi en communion, en intimité avec Jésus-Christ : « Lui seul […] peut nous faire participer à la vie de la Trinité sainte », disait Jean-Paul II dans Catechesi tradendae. La prière intérieure, donc silencieuse, est l’une des formes d’oraison permettant de nous relier à Dieu. Dans les années 1960, des éducatrices en maternelle ont demandé au père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, fondateur de l’Institut Notre-Dame de Vie, comment faire pour prier avec les petits. Celui-ci les a encouragées : « Les enfants sont capables de Dieu… Le connaître et L’aimer est l’expérience fondamentale à leur proposer. » Une longue expérience d’apprentissage au dialogue d’amour avec Dieu a alors débuté auprès des enfants. Non sans difficultés.

Cet apprentissage de la vie intérieure n’est-il pas devenu un véritable défi de nos jours ?
La prière intérieure est plus difficile à transmettre aujourd’hui. La société tire sans cesse vers l’extérieur et ne facilite pas l’intériorisation. Distraits par de nombreuses sollicitations, les enfants se montrent souvent agités et peu concentrés. Une autre des raisons est que la foi des enfants est portée par la foi des adultes. Ils commencent naturellement par la prière vocale ou gestuelle (en donnant un baiser à Jésus par exemple), car ils regardent et imitent la prière de leurs parents.

Il est bon de leur faire découvrir peu à peu que le silence est habité et leur révèle Quelqu’un qui les aime, qui les comprend, qui leur fait du bien et qui les veut heureux.

Pourquoi les enfants ont-ils du mal avec le silence ?
Pour les enfants, le silence est souvent synonyme d’absence. Les jeunes vivent parfois des choses dures, ils ont des peurs, des angoisses… Ils ne veulent pas se retrouver seuls face à elles. Il est bon de leur faire découvrir peu à peu que le silence est habité et leur révèle Quelqu’un qui les aime, qui les comprend, qui leur fait du bien et qui les veut heureux. Peut-être oublions-nous parfois que la prière concerne la personne dans son intégralité. Développer une anthropologie chrétienne manifestant la beauté de la personne, image de Dieu, capable de relations et introduisant la grandeur de son projet d’amour sur le monde, cela n’est-il pas une des urgences actuelles ? La question n’est pas seulement : « Qui suis-je ? », mais « Pour qui suis-je ? ».


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À partir de quel âge peut-on amener l’enfant à l’intériorité ?
Cela suppose une progression selon sa maturité psychologique et spirituelle. Il est possible de faire quelques expériences de prière silencieuse dès 5-6 ans. Mais généralement, un tournant se produit vers l’âge de raison où l’enfant pose des questions existentielles. Par exemple : « Tu m’as dit que c’est Dieu qui a tout fait. Et Dieu, qui L’a fait ? » Il va falloir l’accompagner et lui apprendre à faire confiance en Dieu, qu’Il ne voit pas et n’entend pas, et l’introduire dans le mystère de la foi : « Avec Dieu, c’est normal, tu ne peux pas tout expliquer. Plus tu vas avancer, plus tu auras des questions sur Dieu, et c’est très bien ! Mais, à un moment donné, Dieu t’appellera à faire un saut dans la foi, à croire en Lui. Il se révélera à toi et te fera comprendre qui Il est et combien Il t’aime. »

Tous les enfants y sont-ils appelés ?
Les enfants baptisés ont reçu tout « l’équipement nécessaire » : la foi, l’espérance et la charité, ainsi que la capacité à recevoir les dons du Saint-Esprit. Ce don du baptême permet d’entrer librement dans un véritable échange avec le Seigneur. Bien sûr, Dieu est libre d’intervenir en dehors des sacrements… Son désir est de se donner, de convertir le cœur de chaque personne. Qu’elle puisse ressembler de plus en plus au Christ Jésus.

« Vers l’âge de raison, il va falloir accompagner l’enfant et lui apprendre à faire confiance en Dieu, qu’Il ne voit pas et n’entend pas, et l’introduire dans le mystère de la foi.  »

Quels sont les enjeux de la rencontre personnelle avec le Seigneur ?
Cette rencontre permet de faire l’expérience de l’amour du Seigneur au fond du cœur. D’abord, elle transforme l’être et la vie. Certains enfants vivent parfois des tragédies. Je me souviens de l’un d’eux me confiant : « Ma mère me déteste et me le dit tous les matins. » Quand l’enfant découvre l’amour éternel et gratuit de Dieu pour lui, une espérance naît ! La rencontre personnelle avec le Seigneur peut aussi se vivre n’importe où, en vacances, avec les autres… Tel cet enfant assis en pleine cour de récréation. Je lui demande : « Tu ne joues pas, tu es malade ? » Réponse : « Tu me déranges, je suis en grande conversation avec Dieu ! » Cette rencontre est toujours possible, partout, et elle traverse le temps et les expériences humaines.

Comment préparer un temps de prière silencieuse ?
Il est important que le cadre soit beau, calme et sobre avec quelques belles images, mais pas trop, sinon l’enfant ne verra que les détails. Dans la prière, la place du corps est importante. À l’exemple des amis de Dieu, l’enfant apprend comment ses gestes ont du sens et deviennent sacrés. Mieux vaut ne pas enfermer l’enfant dans une position figée. La prière intérieure est une démarche personnelle. Évitons de faire prier l’enfant coûte que coûte et interrogeons-nous : où est la place de sa réponse d’amour libre ? L’enfant doit aussi être disponible. Comment pourrait-il prier s’il est trop inquiet, s’il n’a pas pu exprimer ce qui le préoccupe auparavant ? Une fois bien installé, on peut nourrir son intelligence avec la parole de Dieu qui l’entraînera dans le dialogue vivant avec le Seigneur. Le contact s’établira par un acte de foi, d’espérance et de charité : c’est la part de l’homme. La part de Dieu ne lui appartient pas. Elle dépasse tout !

L’intériorité n’est pas quelque chose d’acquis une fois pour toutes, elle est à reprendre sans cesse, à réactualiser à tous les âges. La relation avec Dieu évolue, et cela prend toute la vie. Cela vaut la peine de la semer dans le cœur de l’enfant. Le pape François a dit le 28 juin 2019 : « Enseignez aux enfants à prier. Parce qu’ils arrivent tout de suite au Cœur de Jésus. Jésus les veut. La prière est un grand chemin pour avancer dans la vie. »

Propos recueillis par Bénédicte de Saint-Germain

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