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Comment soutenir un conjoint confronté au chômage ?

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Edifa - Publié le 01/06/20

La crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 s’annonce être le creuset d’une crise économique et sociale sans précédent. La crainte du chômage ou le chômage lui-même frappent certaines familles de plein fouet. Comment traverser cette épreuve en couple ? Témoignages.

« Maman, est-ce que Papa va être obligé de faire comme le Monsieur qui demande de l’argent au feu rouge ? » Question d’enfant, certes, mais elle rejoint ces points d’interrogation qui envahissent la tête des parents à l’annonce brutale du chômage dans leur foyer : « Pourquoi ? Comment allons-nous faire ? Qu’allons-nous devenir ? »

Une situation difficile à tolérer personnellement

« Quand Joël m’a annoncé son licenciement, ça a été un vrai cataclysme. J’ai explosé en sanglots, je me voyais déjà à la soupe populaire », raconte Fabienne, mère de trois enfants. Le chômage n’est pas qu’une épreuve individuelle, elle retentit sur tout l’entourage. L’anxiété s’installe dans la famille et entraîne un climat d’insécurité financière que les enfants ressentent, surtout à l’adolescence.

La première victime de ce raz-de-marée est bien le chômeur lui-même. Dans les conversations, la question de l’activité de chacun est centrale : « Que fais-tu dans la vie ? » Joël, au chômage depuis quatre ans, réagit : « Je ne peux rien répondre. Je me sens exclu ! » À la perte du statut s’ajoute le sentiment de ne plus être de la partie. Finis les agendas noircis, les rencontres autour de la machine à café, les rituels qui scandent les jours, toute cette activité intense qui laisse place à un vide vertigineux avec l’impression d’avoir sauté du train en marche. D’autant que si le chômeur est le chef de famille, l’angoisse de ne pas pouvoir entretenir les siens peut le hanter. Le doute de soi s’insinue peu à peu, et augmente quand la recherche d’emploi échoue. « Très souvent, constate Fabienne, mon mari dit qu’il n’est bon à rien. »

Christophe, qui termine sa deuxième année de chômage, avoue : « Je ne suis plus sûr de mon adaptation au marché du travail, j’ai peur de ne pas retrouver d’emploi ». La tendance est alors de se replier sur soi et sur son cocon familial. On redoute les rencontres avec les voisins, on rase les murs pour éviter les connaissances dans la rue. Même avec les amis, on appréhende leurs questions pleines de sollicitude, comme le constate la psychologue Ginette Lespine. Sabine, dont le mari a vécu deux chômages, remarque : « Nous ne sortions plus : Bertrand prétendait qu’il n’avait plus sa place parmi ses alter ego ».

Quand le chômage met l’entente familiale à rude épreuve

La famille s’en ressent, et le regard des autres pèse : « À l’école, mon fils aîné n’arrivait pas à écrire – sans emploi- dans la case « Profession du père » », raconte Pascale, dont le mari, Christophe, a été licencié il y a deux ans. « Il se sentait atteint dans sa fierté ». Les enfants peuvent vivre l’injustice du licenciement comme un affront. Les relations du chômeur avec ses proches risquent aussi de se dégrader. Les enfants ou le conjoint peuvent jouer un rôle d’exutoire. « Joseph est très tendu, je ne le reconnais plus », avoue Hélène. « Il explose le plus souvent à table à cause d’une broutille comme un verre d’eau renversé. »

Le couple est soumis à rude épreuve. « Nous étions tous les deux à la maison et on ne se supportait plus », constate Fabienne. « J’avais l’impression qu’il prenait ma place et moi la sienne. Cela m’était insupportable. » Plus de travail donc plus d’horaires, la famille en est perturbée : les soirées se prolongent sur l’ordinateur, avec des levers tardifs le lendemain matin.

Honte de soi, image dévalorisée, tout cela entraîne souvent des somatisations chez le chômeur comme chez sa famille. « J’ai subi physiquement le contrecoup de la situation de Bertrand », confie Sabine. Insomnies, angoisses, gastrites… Jusqu’à la déprime parfois. L’épreuve professionnelle s’accompagne souvent d’une crise spirituelle. « On crie, comme Job : « Mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? », confie Fabienne. Où est cette Providence qui nous laisse sans travail depuis tant d’années ? » C’est le moment d’une sorte de mort à soi-même.

L’inconditionnel soutien du conjoint…

Pendant cette étape, quel peut être le rôle du conjoint ? Apporter une contribution financière, s’il travaille, donne plus d’aisance à la famille. Une inquiétude en moins. Mais sa tâche, difficile, est avant tout morale : « Manifester une présence aimante, rester disponible pour écouter quand l’autre a envie d’échanger, être souriante, voilà la conduite que j’ai essayé d’adopter », raconte Sabine. Sans s’attribuer pour autant une mission de coach ou de thérapeute. « C’est une épreuve qu’on vit à deux, affirme Stéphanie. Nous nous donnions des rendez-vous pour parler. J’essayais d’orienter Paul vers l’avenir, d’éviter qu’il ressasse le passé. »


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Une présence qui se doit d’être discrète ! Fabienne a réalisé assez vite qu’elle s’immisçait trop dans la recherche professionnelle de Joël. Tous les conseils et les injonctions « Tu devrais faire ci », « Tu aurais dû téléphoner à untel », qui sont destinés à aider le conjoint, sont à bannir, car ils l’infantilisent et le renferment encore plus sur lui-même.

Le regard positif du conjoint est irremplaçable. On peut valoriser l’autre par des paroles encourageantes, en soulignant ce qu’il réussit à la maison ou avec les enfants. Cela reconstruit peu à peu la confiance. « Quand mon mari revient d’un entretien », dit Pascale, « je m’efforce de ne jamais juger sa prestation, mais de lui renvoyer une image positive. » Mieux encore : lui exprimer son admiration devant son courage pour rebondir, quand une piste s’écroule. Savoir lui dire : « J’ai confiance en toi ».

Et des proches

Les enfants, quant à eux, ne sont ni des confidents ni des soutiens, mais certaines de leurs attitudes peuvent fortement dynamiser celui qui est sans travail. « Mes enfants sont très solidaires et cela m’aide énormément », confie Christophe. « Ils se tiennent au courant de mes recherches, et si je leur demande pardon pour m’être trop énervé, je les sens très indulgents. »

Pour traverser ce désert, il existe des oasis où refaire ses forces. Une famille sereine est le lieu de ressourcement fondamental. Élargie, elle se manifeste souvent par des offres très concrètes et utiles : garde des enfants, apport financier. Pour les deux conjoints, le réseau amical est également essentiel. Envoyer un message de soutien, transmettre un CV, s’inviter à prendre un verre, maintenir le contact sont autant de gestes qui mettent du baume sur les blessures. À la seule condition d’éviter les questions intrusives et les conseils trop directifs.

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau. »

La foi reste, pour ceux qui en vivent, la source principale de réconfort et de dynamisme. « Chaque matin, je remets cette intention dans une prière d’abandon et de confiance », explique Christophe. « Les lectures du jour me portent et me rejoignent : « Tu as du prix à mes yeux » (Is 43, 4), « Demandez et vous recevrez » (Jn 16, 24), « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau » (Mt 11, 28). Cela me permet d’espérer encore. Savoir que d’autres prient pour nous est aussi d’un grand réconfort. »


TOKSYCZNI LUDZIE

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Une fois au chômage, la tentation de s’aigrir est forte. Mais le chômage peut être l’occasion de voir plus clair en soi et de mieux se connaître. Même si cela paraît paradoxal, cette période peut être un cadeau de la vie pour souffler, prendre du recul, comprendre ses erreurs, se réorienter parfois. C’est aussi le moment de retrouver une vie de famille, de passer du temps à deux, d’avoir des activités familiales bon marché, comme un pique-nique, un musée, selon les goûts. « J’étais happé par mon travail, se souvient Bertrand, et je ne voyais que très peu mes enfants. Cette période, même si elle était lourde de soucis, nous a permis de nous retrouver, avec beaucoup de joie et de redéfinir mes priorités. » Ainsi vécue, cette parenthèse peut renforcer la famille. Pour les conjoints, faire front ensemble à cette épreuve peut renforcer le couple. C’est l’occasion de communiquer plus profondément. « Nous priions ensemble tous les jours pour tenir le coup, raconte Stéphanie. J’ai vu le courage de mon mari. »

Dieu peut élaguer les cœurs à travers un chômage

À travers l’attitude du couple, sa foi, sa force, les enfants peuvent apprendre ce qu’est une épreuve et comment la surmonter. « Nous apprenons l’humilité, le détachement par rapport à la pression sociale et la réussite », constate Joël. Sabine réalise qu’elle passait à côté des souffrances d’autrui sans y prêter réellement attention. « Cette épreuve m’a ouvert davantage le cœur à la compassion, aux fragilités des gens, à plus d’écoute. »




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Fabienne a beaucoup hurlé contre Dieu : « Un jour, je m’en suis fatiguée et je me suis mise dans une disposition de confiance. J’ai découvert l’abandon alors que je ne savais pas comment payer les factures et elles l’ont toujours été ! » Pour beaucoup, le chômage est une chute vertigineuse au fond d’eux-mêmes où ils redécouvrent le Seigneur : « La souffrance, le doute, l’isolement ont été terribles, avoue Christophe, mais je me suis enraciné dans la foi. Dieu seul sauve du désespoir, je l’ai expérimenté ».

Florence Brière-Loth

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