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Saint Philippe Néri et les plumes de la commère

SAINT-PHILIPPE-NERI

Domaine public

Saint Philippe Néri.

Anne Bernet - publié le 25/05/24

Connu pour sa bonne humeur contagieuse, le fondateur des prêtres de l’Oratoire, saint Philippe Néri, craignait par-dessus tout sa propre faiblesse devant le péché. Cette lutte contre le péché fit de lui un directeur de conscience remarquable. L’Église le fête le 26 mai.

Enfant, ses proches l’ont surnommé Pippo buono, “bon petit Philippe”, et chose rare, cette bonté, rien, jamais, ne la troublera chez Philippe Néri. Face aux épreuves, aux méchants, il continuera de porter sur le monde le même regard innocent mais chez lui, cette innocence n’est ni sotte candeur ni incapacité à mesurer les ravages du mal. Le sort éternel des pécheurs, le risque de se perdre, les tentations, les pièges de l’existence susceptibles de conduire en enfer, seront pour lui source d’angoisse et de souffrance : angoisse de la perte éternelle irrémissible des coupables, souffrance de voir ainsi mépriser le sacrifice du Calvaire qu’il vit intimement à chaque messe, rendu vain pour ceux qui ne veulent pas s’en appliquer les mérites et se corriger. 

Rester vigilant pour ne pas pécher

Ce risque, Philippe Néri, qui n’aura jamais idée de sa sainteté, se tenant pour le dernier des coupables,  craindra chaque jour de le courir. L’on connaît sa célèbre prière : “Mon Dieu, veillez sur Philippe aujourd’hui car, sans cela, avant ce soir, si vous n’y prenez garde, il serait bien capable de se faire mahométan !”, et l’on a tendance à n’y voir qu’une boutade justifiant sa réputation de plaisantin. Pourtant, sous le trait d’humour, se cache la crainte de sa propre faiblesse, qui le pousse à se croire indigne du sacerdoce — reçu, par obéissance à son confesseur, à 36 ans —, la peur du retour en force du vieil homme, qui malgré grâces, charismes et phénomènes mystiques, se laisserait aller à fauter. 

Rester vigilant pour ne pas pécher, compter sur l’amour divin pour y aider, telle est sa ligne de conduite, enseignée au confessionnal où, devenu prêtre, il passe tant de temps. S’il est un directeur de conscience remarquable, c’est qu’il sait de quoi il parle, pour avoir été tenté, pour avoir souffert. Deux anecdotes permettent de mieux comprendre la justesse de ses conseils.

Le tabouret de la prostituée

L’une relève du miracle puisque ce sage avis donné à l’un de ses anciens dirigés, il le dispensera après sa mort, survenue à Rome le 26 mai 1595. La chasteté de Philippe est proverbiale et elle agace jusqu’à ses camarades d’études, tout théologiens qu’ils soient mais qui en prennent à l’aise avec les commandements de l’Église. À maintes reprises, ils trouvent drôle de payer des prostituées afin qu’elles aillent aguicher cet étudiant en apparence si détaché des tentations charnelles. La plaisanterie cessera après que l’une de ces dames, furieuse de voir ce “client” indifférent à ses offres, l’ait frappé avec un tabouret, le blessant au visage, sans lui arracher une plainte ou un reproche, ce qui mérite à Néri la grâce de plus jamais éprouver la moindre pensée libidineuse. Cela pour dire qu’auparavant, il n’était pas de marbre… 

Peu avant sa mort, il offre à l’un de ses pénitents un mouchoir lui appartenant que ce garçon conserve sur lui telle une relique.

Donc, Philippe sait personnellement ce qu’il en est en ce domaine. Peu avant sa mort, il offre à l’un de ses pénitents un mouchoir lui appartenant que ce garçon conserve sur lui telle une relique. Or, un soir, longtemps après le décès de Néri, le jeune homme se retrouve en tête-à-tête avec une tentatrice dont les charmes l’attirent irrésistiblement. À l’instant où il va succomber, il entend distinctement la voix de Philippe dire : “Mais prends la fuite, malheureux !”, ce qu’il fait, échappant de justesse à la faute.

Basses calomnies

L’autre histoire évoque une période douloureuse de la vie de Pippo. Il est prêtre depuis plusieurs années, sa réputation de sainteté n’est plus à faire, mais, comme en sa jeunesse, elle dérange. Les saints ont cela de gênant que leur vertu, sans qu’ils s’en rendent compte, paraît à moins purs qu’eux une condamnation et un jugement de leurs propres mœurs… Le clergé romain, tandis que se mettent en place les mesures prises par le concile de Trente pour réformer l’Église, demeure peu édifiant. Lorsqu’il a envisagé de se joindre aux missions jésuites en Extrême Orient, Néri a entendu, dans l’oraison, le Christ lui dire : “Reste ici ! Il y a bien assez d’infidèles à convertir à Rome …” mais ces infidèles-là n’ont aucune envie de se convertir et s’acharnent sur Philippe, ne reculant pas devant les basses calomnies et les pires accusations pour le discréditer, ce qui entraîne enquête canonique, examen de ses agissements, et même une interdiction de confesser. Tout cela, Néri le subit sans se plaindre ni se justifier, y voyant une épreuve dont il doit remercier le Ciel auquel il laisse le soin de le disculper,  ce qui ne tarde pas. Conduite admirable mais, si l’on veut la preuve que la diffamation l’a atteint,  il faut se souvenir d’une autre anecdote célèbre.

La poule de la commère

Un jour, une bavarde impénitente, prompte à dire du mal du prochain pour le plaisir de cancaner, s’accuse à confesse de ce vilain défaut et pousse un soupir de soulagement lorsque Philippe, au lieu de l’accabler de reproches, lui dit : “Ma fille, pour pénitence, vous irez acheter une poule pour dimanche puis vous monterez la plumer sur le Pincio et laisserez les plumes s’envoler.” Heureuse de s’en tirer à si bon compte, la commère obéit, et déchante quand, à la confession suivante, Philippe s’étant assuré qu’elle a accompli sa pénitence, dit : “Maintenant, ma fille, ces plumes, vous allez me les récupérer jusqu’au dernier duvet si vous voulez l’absolution !” et, comme elle lui objecte l’impossibilité de la chose, il répond : “Tout comme il vous est impossible d’effacer le tort fait à la réputation de votre prochain par vos médisances qui, comme ces plumes, se sont répandues aux quatre vents sans que vous puissiez les rattraper.”

Seul celui qui a souffert de la calomnie peut trouver comparaison si juste et en souligner si nettement la gravité extrême. Alors, la prochaine fois que, dans une conversation, il vous vient l’envie de dire du mal d’autrui — c’est souvent tellement drôle, n’est-ce pas ? — pensez à saint Philippe…

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