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[HOMÉLIE] Ce verset terrible dans l’Évangile de la vigne et des sarments

FILS-DE-LA-VIGNE-OK

Brooklyn Museum

Le fils de la Vigne, aquarelle de James Tissot, Brooklyn Museum.

Maximilien Launay - publié le 27/04/24

Le frère Maximilien Launay, prieur de l’abbaye prémontée de Mondaye, commente les lectures du 5e dimanche de Pâques. De la vigne jaillissant de la croix du Christ, la création entière vit et revit, mais — avertissement terrible — il y a des sarments greffés au Christ qui ne portent pas de fruit !

Elle est bien belle, l’image utilisée par Jésus dans l’Évangile de ce jour. Celle de la vigne, des sarments et du vigneron. Elle est connue et nous la retrouvons toujours avec joie. Laissons-nous transporter dans un premier temps par cette image et voyons ce qu’elle nous enseigne. Et pourtant, un verset de cet Évangile est absolument terrible. Après la balade champêtre dans la vigne du Seigneur, il faudra nous y confronter pour interroger nos vies et nous convertir. 

La vigne, c’est le bois de la croix

Ce sont les huit premiers versets du chapitre 15 de Jean. Dans la narration de l’Évangile, nous sommes le soir de la Cène, lors du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Il vient de leur laver les pieds, et il leur laisse des dernières paroles, un peu comme un testament spirituel. Nous, contrairement aux Apôtres, nous savons ce qui arrive ensuite, et alors nous pouvons comprendre l’image de la vigne. La vigne : c’est le Christ ; mais la vigne, c’est aussi un arbre ; donc la vigne, c’est le bois de la croix, la croix du Christ. Avec le raisin de la vigne, on fait le vin qui réjouit le cœur de l’homme ; du côté du Christ en croix, le sang et l’eau jaillissent pour notre joie, et ce sont les sacrements de l’eucharistie et du baptême. Le vigneron, c’est le Père ; il travaille à ce que la vigne porte du fruit, il œuvre pour le salut de l’humanité en nous donnant son Fils par amour ; par son Fils et dans l’Esprit, il nous abreuve des sacrements. Les sarments, enfin, ce sont chacun de nous, attachés au Christ par le baptême, l’eucharistie et toute notre vie chrétienne. Un sarment coupé de la vigne dessèche. Pour que la sève de l’Esprit Saint irrigue tout son être et toute sa vie, le sarment doit être attaché au tronc, au bois de la croix, au Christ. 

Avez-vous déjà visité, à Rome, la basilique Saint-Clément du Latran ? La magnifique abside du XIIe siècle illustre merveilleusement cette image. Laissez-moi vous y amener le temps d’un instant. Contemplez cette merveille ! Au centre, la croix ; sur la croix, le Christ, mort, les yeux fermés, le côté transpercé d’où jaillit du sang ; Marie et Jean sont là, ils nous regardent et nous désignent la croix, car c’est la seule chose que nous devons contempler : le Christ livré pour nous ; et à partir de la croix, des rameaux infinis de vigne qui se déroulent sur toute la mosaïque dans des arabesques sublimes. Notre regard n’arrive pas à les suivre… il y en a partout… Et surtout, à l’intérieur de ces rameaux, une quantité innombrable de personnages, des scènes de la vie quotidienne, des mammifères qui se désaltèrent, des oiseaux qui s’envolent en gazouillant… De cette vigne jaillissant de la croix du Christ, la création entière vit et revit. Elle est restaurée. Dans l’Évangile de ce jour, Jésus exhorte ses disciples à demeurer en lui, à rester accrochés à lui, à sa croix. C’est la condition sine qua non pour que nous donnions du fruit, pour que vive la vie. 

Par des actes et en vérité

Mais un verset de l’Évangile de ce jour, malgré son caractère poétique et printanier, est en réalité terrible lorsqu’on s’y arrête. Il s’agit, d’ailleurs, de la phrase par laquelle Jésus a commencé son discours. Écoutez donc à nouveau : « Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève. » (Jn 15, 2) Il y a des sarments, c’est-à-dire des chrétiens, qui sont greffés au Christ et qui, pourtant, sont déjà secs et morts. L’idée que ça pourrait être vous ou moi me terrifie. Se pourrait-il donc que des baptisés, attachés au Christ, ne portent pas de fruits ? Se pourrait-il que des chrétiens soient, en réalité, des bouts de bois morts ? Craignons d’être de ces sarments infructueux. 

Si la grâce de Dieu reçue au baptême est totale et sans condition, il me revient de faire fructifier ce sacrement dans ma vie et par mes œuvres.

Vous comme moi, si nous sommes présents à la messe, c’est que nous voulons vivre du Christ. Et on fait ce qu’on peut… Mais est-ce suffisant de se contenter de « faire ce qu’on peut » ? Nous reconnaissons que le Christ est notre Sauveur, que nous sommes attachés à lui depuis notre baptême, qu’il est notre Vie, et nous désirons venir nous abreuver à son côté transpercé par le sacrement de l’Eucharistie. Et alors ? Est-ce suffisant ? Si la grâce de Dieu reçue au baptême est totale et sans condition, il me revient de faire fructifier ce sacrement dans ma vie et par mes œuvres ; si la grâce de Dieu est donnée dans la communion eucharistique totalement et sans condition, il me revient de faire fructifier cette grâce dans ma vie et dans mes œuvres. C’est l’exhortation de saint Jean dans l’extrait de la lettre entendue en deuxième lecture : « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité » (1Jn 3, 18).

Ces « oui » qui portent du fruit

Chers jeunes, comment entretenez-vous votre vie chrétienne en dehors de vos activités pastorales ? La prière est nécessaire, la messe du dimanche est vitale, la joie partagée avec d’autres chrétiens est primordiale. Dans cette église, des religieux âgés ou de jeunes novices ont, un jour, donné leur vie pour le Christ. Est-ce suffisant ? Non ! D’autres vivent du sacrement de mariage. La parole donnée l’est-elle une fois pour toutes ? Non ! Tous, sommes baptisés et avons reçu la grâce d’être fils et filles de Dieu. Devons-nous nous en contenter dans une attitude béate et une passivité mortifère ? Non ! La grâce du baptême est irremplaçable, le « oui » du jour du mariage est fondateur, le « je m’offre et me livre » du profès ou le « je désire suivre le Christ ici » du novice sont un roc sur lequel on construit une vie. 

C’est par ces « oui » que nous nous sommes attachés à la vigne qui est le Christ.

Il faut souvent en faire mémoire. C’est par ces « oui » que nous nous sommes attachés à la vigne qui est le Christ. Mais ensuite, notre vie, pour qu’elle soit vivante et qu’elle ne végète pas, elle se doit de porter du fruit. Gardons de nous croire attachés au Christ une fois pour toutes. Recevons de lui la sève de la vie pour porter du fruit. Craignons d’être des chrétiens de façade, des mariés désabusés, des profès ou des novices fades. Voici le commandement de Dieu : « Mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé » (1Jn 3, 23). Attachés au Christ, nourris de son Corps et de son Sang, convertissons nos vies, ranimons notre vocation.

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Homélie
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