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Que dire à ces jeunes qui n’ont plus besoin de Dieu ?

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Luc de Bellescize - publié le 22/02/24

Dans "Lettres à Alma qui n’a plus besoin de Dieu", qui vient de paraître aux éditions du Cerf, le père Luc de Bellescize échange une correspondance avec une jeune femme qui se pose les grandes questions que chacun se pose, à l’intime de son âme, quand les épreuves de la vie secouent votre conscience.

Dans un échange épistolaire où seules les réponses du père Luc de Bellescize apparaissent, nous découvrons Alma et deux cheminements qui se croisent et qui se cherchent. Alma a reçu une éducation chrétienne, mais a perdu la foi. La mort de sa grand-mère qu’elle adore met son âme à nu. La retrouvera-t-elle un jour ? “Je ne crois pas que vous ayez perdu la foi, lui dit le prêtre, mais elle a cessé d’irriguer votre vie. Elle demeure une source cachée qui ne demande qu’à jaillir.” Le père de Bellescize répond aux questions d’Alma en ne cachant rien de son propre parcours. Au fil des lettres, il cherche à montrer les liens entre la terre et le Ciel, entre la raison et la foi. Pourquoi la mort ? Pourquoi l’amour ? Comment être libre ? Pourquoi en nous ce désir d’éternité ?

Aleteia : Dans l’échange de lettres que vous avez avec Alma, vous lui parlez de la vie, de la mort, de l’amour, de la foi. Alma résiste, argumente. Cherchez-vous à défendre le christianisme ou à réveiller le désir de son âme ?
Luc de Bellescize : Je ne cherche pas à défendre le christianisme ou l’Église, qui a un Défenseur infiniment plus grand que moi. Alma n’existe pas comme une personne en particulier. Disons qu’elle cristallise toutes les rencontres que j’ai pu faire dans ma vie de prêtre, essentiellement dédiée au service de la formation des jeunes. Je ne suis un expert ni de Dieu, ni des hommes et je n’assène pas des vérités toutes faites, ni ne perds du temps en stériles controverses. Mais un prêtre entre, par son sacerdoce, au cœur du mystère de l’homme face à l’Éternel, de l’aurore de la vie jusqu’à son dernier souffle. Il doit témoigner de la beauté et de la force de l’Évangile. J’ai écrit ces lettres parce que je ne pouvais faire autrement, que ces paroles habitaient mon cœur devant tant de jeunes adultes que je vois quitter la pratique de la foi. 

Le but de ces lettres est aussi d’affermir les catholiques fidèles en leur proposant un contenu rationnel pour répondre aux controverses et aux interrogations que suscite leur foi. 

Alma a reçu une éducation catholique mais pense pouvoir se passer de Dieu, encore plus de l’Église. J’ai voulu lui parler, pour créer une brèche dans son âme, un désir, une inquiétude. Je n’assène rien, je tente de créer un ébranlement dans la muraille de son indifférence en la conduisant jusqu’au bout de la logique de l’absence de Dieu. J’ai tenté de la placer devant ses contradictions, en lui posant des questions qu’elle ne puisse esquiver. Le but de ces lettres est aussi d’affermir les catholiques fidèles en leur proposant un contenu rationnel pour répondre aux controverses et aux interrogations que suscite leur foi. 

Vous évoquez la vie comme un don et un héritage. Qu’avons-nous reçu en voyant le jour ?
Nous avons reçu le don de la vie et cet héritage est le socle de notre liberté. Certains, comme Job, diraient le fardeau. Il s’agit des deux sans doute. La joie de vivre et le drame de vivre. Nous cédons aujourd’hui au mythe d’une liberté pure en nous prétendant les créateurs absolus de nous-mêmes. Notre liberté n’est pas celle des anges, mais des hommes. C’est une liberté qui vieillit, qui se transforme, qui peut toujours se convertir à la vie éternelle, ou régresser dans l’esclavage du péché. Mais elle ne peut totalement s’émanciper d’un héritage inscrit dans notre corporéité, notre psychisme, notre histoire. Nous nous “recevons” d’abord, par le corps qui est le nôtre, notre famille, notre terre, notre nom. Nous nous donnons dans la mesure où nous consentons d’abord à ce “donné”, tel qu’il est. L’enracinement est la condition de l’élévation. 

Il en est de même dans notre vie spirituelle. Elle est fondée sur le don premier de Dieu, sur la gratuité de son amour. Je cite dans l’ouvrage les paroles du cardinal Lustiger lors de sa dernière messe à Notre-Dame de Paris : “Baptisés vous ne l’êtres pas par hasard, mais c’est un don de Dieu, et il est triste de le vivre comme une servitude.” 

Pour vous, l’amour et la mort sont comme les deux faces du même mystère de vivre, et l’éternité comme « l’amour retrouvé ». Qu’est-ce que cela signifie ? 
Alma prétend que je suis allé vers Dieu, au fond, par peur de la mort. Je lui réponds qu’il n’y a pas de honte à avoir peur de l’épreuve de la mort et de l’appauvrissement progressif de nos forces. Cette peur est le signe même que la mort telle que nous la vivons est une contradiction de notre nature et que nous sommes faits pour la vie sans fin. J’ai pourtant le sentiment d’être allé vers Dieu bien davantage par soif de la vie que par angoisse de la mort. Je suis allé vers Lui par désir de vivre, parce que j’ai goûté dans les grands amours et les amitiés fidèles, dans les joies de la terre, dans toute grâce reçue l’appel d’une beauté toujours plus haute qui me faisait signe, comme une lumière entrevue à travers le cristal des choses. 

Chacun de nos actes est dense de vie éternelle s’il est vécu dans l’amour et le don de soi.

Nous pensons spontanément l’éternité pour demain. En réalité elle est déjà là, comme en genèse. Chacun de nos actes est dense de vie éternelle s’il est vécu dans l’amour et le don de soi, et vide du néant s’il est vécu dans le repli sur soi, de sorte que nous passons tour à tour, en cette vie passagère, une saison au Ciel, une saison en enfer. 

Vous n’esquivez pas les questions et les critiques qui habitent le cœur d’Alma concernant la foi de l’Église, mais vous adoptez un ton empreint d’une certaine délicatesse. Pourquoi avoir choisi cette “stratégie” dans vos lettres ? 
Chacun écrit à l’encre de son cœur et seule la courtoisie touche les âmes. “Tout par douceur, rien par force” disait saint François de Sales. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, et on ne convainc pas les intelligences en leur martelant des idées préconçues. La vérité ne s’assène pas, elle se propose humblement comme un mystère qui nous dépasse et dont nous sommes les serviteurs. Dieu ne se laisse pas saisir comme une idole de bois ou de pierre, comme une image façonnée par la main des hommes ou une pure projection de leur esprit. Le croyant qui n’érige pas sa foi comme un étendard exclusivement social ou politique et l’agnostique éclairé ont ceci de commun qu’ils ne prétendent pas posséder la vérité comme une chose, mais la chercher comme une quête. La foi ne grandit qu’en la désirant toujours : “Augmente en nous la foi”, demandent les apôtres au Seigneur (Lc 17, 5). C’est vrai de l’amour aussi, ou de l’amitié. Un amour ne se garde qu’en creusant sa source, sans trop s’installer dans la certitude d’une relation établie pour toujours. Une grande amitié s’entretient comme un feu, sinon elle s’étiole et finit en poussière. Au fond, nous ne gardons que ce que nous cherchons toujours. J’espère ouvrir une petite porte dans l’âme d’Alma qui laisse passer la lumière du Christ et lui redonne la faim et la soif de l’essentiel. À la grâce de Dieu !

Propos recueillis par Philippe de Saint-Germain.

Pratique

Lettres à Alma qui n’a plus besoin de Dieu, Luc de Bellescize, Éditions du Cerf, février 2024, 176 pages, 14 euros.

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