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La révolte agricole, un combat de civilisation

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Delphine Lefebvre / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Manifestation d'agriculteurs à Amiens, 24 janvier 2024.

Xavier Patier - publié le 24/01/24

Que signifie la révolte des agriculteurs en Allemagne, aux Pays-Bas, en Roumanie et désormais en France ? Ce qui se joue avec la mort de l’agriculture européenne, analyse l’écrivain Xavier Patier, dépasse les seuls enjeux économiques et touche au sens de nos vies.

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Les historiens observaient autrefois que les Révolutions, en France, étaient des phénomènes parisiens qu’une classe bourgeoise minoritaire imposaient à une province arriérée. Ces coups de boutoirs ont eu des fortunes diverses, mais tous ont étés urbains. On en a vu dix exemples, depuis l’été 1789 jusqu’au printemps 1968, quand le désordre étudiant a été clos par une revanche écrasante de la province rurale, au moment des élections législatives.

La campagne encerclée par la ville

Tout a changé depuis cinquante ans. Désormais la minorité est agricole et la ville est la norme. C’est la campagne qui est encerclée par la ville. On peut en déduire que la prochaine révolution partira de la ruralité. Ce ne sera pas une simple jacquerie : ce sera un combat de civilisation. La crise des Gilets jaunes a été un coup de semonce. Aucune des causes objectives qui ont déclenché ce mouvement de colère n’ont disparu. Bien plus, ces causes se sont aggravées. L’orage approche. Certains hommes politiques commencent — enfin ! — à comprendre que ce qui se joue avec la mort de l’agriculture européenne dépasse les seuls enjeux économiques et touche au sens de nos vies. Mais la prise de conscience est tardive et le mouvement sera difficile à arrêter. 

De quoi est-il question ? Une vie dans laquelle tout passe par le cérébral et l’émotion immédiate a pris le pouvoir en Europe. La civilisation européenne, et singulièrement française, était une civilisation agraire et chrétienne. Notre paysage en porte encore des traces, des haies, des clochers. Jusqu’aux années soixante, la moitié de la population travaillait pour produire de la nourriture, et un tiers des revenus était consacré à se nourrir. Mais les choses changeaient. Déjà en 1930, le sociologue Siegfried affirmait que le jour où les agriculteurs représenteraient moins de 50% de la population active, la France perdrait ses repères. En 1970, René Hugues voyait dans une population agricole réduite à 15% le signe d’une prochaine « crise de civilisation ». Dix ans plus tard, Jacques Chirac expliquait qu’il n’y avait « pas de pays sans paysans ». C’est fait : avec moins de 3% d’agriculteurs, il n’y a plus de pays. Les Français ne consacrent plus que 10% de leur revenu à se nourrir. Il prennent leur repas de plus en plus vite. La civilisation a profondément changé.

Les vaches sacrées des histoires nationales

Les urbains au pouvoir, qui ont perdu le sens de leurs racines agraires, s’emploient à détruire ce qui reste d’agriculture. Ils vivent dans le monde de la morale virtuelle. La stratégie européenne « Farm to Fork » impose une attrition violente de notre souveraineté alimentaire, au nom des bons sentiments. Une naïveté glorieuse semble régner à Bruxelles, avec des relais zélés à Paris. Les agriculteurs devienne la variable d’ajustement d’un système qui perd la tête. Il faut dire que nos agriculteurs n’ont rien pour les défendre : ce sont des hommes, ils sont blancs, et en plus ils ont presque tous plus de cinquante ans. Il ne doivent s’attendre à aucune pitié de la part des puissants.

Les agriculteurs en colère forment l’avant-garde d’un combat de civilisation.

Car tout est cohérent dans la destruction de la civilisation que les élites européennes mettent en œuvre. Il y a une semaine, le Parlement européen a adopté une « résolution sur la conscience historique européenne » particulièrement éloquente. Cette résolution affirme que l’histoire européenne est marquée depuis des siècles par « les injustices fondées sur le genre », et en déduit qu’il convient de débarrasser l’enseignement de l’histoire de tout approche « nationale » ; bref, qu’il est temps de « remettre en cause les stéréotypes et les vaches sacrées des histoires nationales » et, cerise sur le gâteau, de « privilégier la discussion plutôt que le transfert de connaissance ». Plus d’histoire, donc, et plus d’enseignement, et mort aux vaches sacrées : voici l’état actuel de la réflexion européenne.

Tout se tient

Tout se tient : le combat contre les « vaches sacrées des histoires nationales » et exactement le même que celui contre les vaches de nos fermes, qui pousse au suicide nos éleveurs bovins ruinés, endettés, détestés. Les agriculteurs en colère forment l’avant-garde d’un combat de civilisation. La politique agricole dépasse la seule agriculture. Il ne faudra pas l’oublier lors des élections européennes de juin prochain.

Tags:
AgricultureBien communFranceSociété
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