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Agriculture française : une dépression sans précédent

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CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

Emmanuel Macron au Salon de l'agriculture, le 25 février 2023.

Jean-Baptiste Noé - publié le 02/03/23

Comme chaque année, le Salon de l’agriculture de Paris attire politiques et visiteurs, chaque fois très nombreux. Passage médiatique obligé et convenu pour venir saluer la France rurale, le salon cache de moins en moins une grave réalité, que décrit l’historien de l’économie Jean-Baptiste Noé : l’agriculture française est en pleine déprime.

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Limiter la question agricole aux nombres d’emplois et au pourcentage de PIB de l’activité économique serait faire un contresens terrible : la question agricole est bien plus importante que ces données brutes et réductrices. Se nourrir est un sujet fondamental et, longtemps, la France a bénéficié d’une autonomie nourricière durement acquise au cours des années 1950-1960. L’agriculture permet aussi l’essor de toute une partie du secteur industriel, notamment l’agroalimentaire. Enfin, elle assure une part non négligeable du tourisme, par la qualité et la diversité de ses produits, par l’entretien de ses paysages.

Ces « externalités positives », jamais intégrées dans le poids économique de l’agriculture sont pourtant fondamentales. Si les touristes se rendent en masse en Provence ou en Bretagne, c’est aussi pour les paysages, très largement créés et entretenus par les paysans et pour la richesse gastronomique. L’agriculture ne fait pas que nourrir les hommes, ce qui est déjà beaucoup, elle façonne aussi les paysages qui nous sont familiers, des vignes de Bourgogne aux champs de l’Auvergne, des prairies normandes aux restanques de Banyuls. C’est donc bien une question essentielle et vitale pour l’existence d’un pays comme la France. 

Un esprit délétère 

Or, depuis plusieurs années, toute une série de mesure a été adoptée qui lamine les différents secteurs agricoles. Les tâches administratives en augmentation croissante, les interdictions de nombreux produits phytosanitaires qui détruisent les rendements et la production, les procès de néo-ruraux contre des exploitations jugées trop bruyantes, à quoi s’ajoutent des actions politiques de groupes écologistes contre les éleveurs, les bouchers ou les nécessaires aménagements territoriaux pour assurer la pérennité de la production agricole, qui laminent et détruisent un secteur agricole qui est aujourd’hui en pleine dépression. Les suicides réguliers des exploitants agricoles, un phénomène ancien, mais persistant, ne sont que les symptômes d’un mal beaucoup plus profond.

Les sourires et les photos convenues du salon ne cachent plus une dépression sans précédent du monde agricole, pris en tenaille entre une concurrence mondiale forte et des attitudes et des normes nationales qui désignent les paysans comme des coupables. Un esprit de plus en plus délétère sévit contre les agriculteurs, souvent camouflé derrière une nature fantasmée et imaginaire. Les très importants progrès techniques réalisés dans la gestion de l’eau, l’irrigation, l’usage des produits phytosanitaires, les conditions d’élevage ne sont pas connues. La ferme agricole est bien souvent un lieu idéalisé, mais dont les contraintes et les réalités échappent à un grand nombre de contemporains. 

L’interdiction des néonicotinoïdes dans la filière de la betterave à sucre en est une illustration dramatique. Il n’existe pas d’alternative pour lutter contre les pucerons qui provoquent la jaunisse des betteraves à sucre. Interdire ce produit, c’est donc condamner la filière française du sucre, pourtant première en Europe, et contraindre ensuite les industries agro-alimentaires à importer du sucre venu d’ailleurs, dont les betteraves seront, elles, traitées aux néonicotinoïdes. Cette guerre des normes à l’échelle européenne n’est pas sans rappeler celle qui a sévi dans le domaine énergétique contre le nucléaire, renouvelant l’actualité de la guerre économique. 

Pénuries d’objets et d’hommes

Conséquence de cet état d’esprit de plus en plus hostile aux agriculteurs, une baisse continue du cheptel français, une diminution de la production de volailles, fruits et légumes, qui fait qu’aujourd’hui un poulet sur deux consommés en France est importé, ainsi que 60% des fruits et 40% des légumes. À ce recul de la puissance agricole s’ajoutent les pénuries et les hausses de prix dans de nombreux secteurs. 

La hausse du prix du gaz a fait bondir la facture des engrais azotés de près de 50%. Dans le secteur viticole, les pénuries s’enchaînent : bouteilles, papier pour les étiquettes, étain pour les capsules de bouchons, bouchons eux-mêmes ; avec à la clef, une très forte hausse des prix et une immobilisation de plus en plus importante de capital pour les vignerons. Dans de nombreuses régions viticoles, il devient de plus en plus difficile de mettre en bouteille par manque de bouteille. Les livraisons de matières sèches se font rares et les délais s’allongent.

Des métiers exigeants, fatigants, aux horaires extensifs qui trouvent de moins en moins preneur, loin de l’image bucolique du charme du travail des champs.

À quoi s’ajoutent, si cela ne suffisait pas, des difficultés croissantes pour embaucher. Des métiers exigeants, fatigants, aux horaires extensifs qui trouvent de moins en moins preneur, loin de l’image bucolique du charme du travail des champs. Toujours dans le monde viticole, nombreux sont les vignerons à modifier les méthodes de taille de la vigne afin de tailler à la machine à cause de la grande difficulté à recruter du personnel pour la taille.  

Le bilan est donc particulièrement inquiétant et la France n’est plus la grande puissance agricole qu’elle fut. Quand depuis 1961 les Pays-Bas ont augmenté leur surface agricole, la France a perdu 17% de la sienne. Le revenu moyen des paysans suisses dépasse désormais celui du paysan français, même celui du céréalier ou du viticulteur. Le folklore a maquillé les réalités et les failles du monde paysan, dont la question de la survie est désormais posée. 

Tags:
AgricultureFrancePolitique
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