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Nouvel An, nouvel homme

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L'extase de saint François, Le Caravage, 1594

Jean-François Thomas, sj - publié le 31/12/23

Devenir un homme nouveau devrait être notre priorité à chaque fois qu’une nouvelle année nous est donnée par Dieu, c’est-à-dire sauver l’image divine qu’il y a en nous.

Dans la Création, l’enfant terrible est l’homme. Tout simplement parce qu’il est la créature la plus proche de Dieu, façonnée à son image et appelée à y correspondre de mieux en mieux au cours de son existence. Il s’assimile à ce qu’il choisit d’aimer, pour le meilleur et pour le pire. Il ne se rapproche pas seulement de l’objet aimé : il devient comme ce qu’il a élu. S’opère une fusion entre celui qui aime et ce qui est aimé. Cette union est parfaite dans le Christ : Il aime l’homme et s’est incarné ; Il aime les enfants et s’est fait Enfant ; Il aime les pauvres et s’est fait Pauvre etc. Il est donc normal que nous L’imitions, mais encore faut-il que notre volonté s’applique à ce qui est bon, sinon le résultat est catastrophique et nous nous identifions peu à peu au mal que nous préférons. Ernest Hello, ce mystique laïc, note : 

« L’homme est ainsi constitué et ainsi placé dans l’échelle des êtres et qu’il a certains rapports avec eux tous. Son être comprend et résume toute la création, esprit et matière. Aussi, suivant qu’il s’attache aux côtés hauts ou aux côtés bas de lui-même, il va vers l’ange ou vers le chien. […] Quand l’homme n’aimant ni Dieu ni l’homme, porte ses regards en bas et aime la matière, il s’assimile à elle, lutte contre le principe divin qu’il porte en lui, et, aimant la matière, voudrait n’être plus qu’elle » (Regards et Lumières).

Dans ce cas, nous ne sommes pas fidèles à notre grandeur, nous blessons l’ordre naturel.

Quelle est en fait notre image de l’homme ? La réponse de tant de générations de chrétiens fut que l’homme doit être « un autre Christ ». D’où ce zèle à imiter le Christ. Notre Seigneur nous a d’ailleurs demandé d’être parfaits comme notre Père céleste, rien de moins (Mt 5, 48). Il n’est pas certain que nous entendions bien cette formule, persuadés que notre divinisation est à portée de main ou déjà réalisée. Le IVe concile du Latran, en 1215, a précisé ce que nous devions comprendre de cet appel à la perfection en soulignant qu’on ne peut affirmer une ressemblance importante entre Créateur et créature sans affirmer en même temps une dissemblance encore plus profonde entre eux deux. Même dans la vie éternelle, cette finitude humaine ne nous permettra pas d’être totalement comme Dieu. 

Sur terre, notre assimilation progressive au divin passe par l’exercice des vertus, mais pas dans l’exercice étriqué du moralisme auquel elles sont souvent réduites. Saint Thomas d’Aquin parlait de la vertu comme de l’ultimum potentiæ, réalisation ultime du potentiel humain. Josef Pieper précise que la vertu « est l’aboutissement de tout ce que peut un être humain — dans le domaine naturel aussi bien que dans le domaine surnaturel. L’homme vertueux « est tel » que ses inclinations les plus profondes l’incitent spontanément à accomplir le bien par ses faits et gestes » (Petite Anthologie des vertus du cœur humain). Ce n’est donc pas simplement un élément d’un code de moralité plus ou moins actuel ou désuet, code dont il suffirait de cocher les cases pour être en règle. Cette conception est hélas souvent la nôtre, d’où notre difficulté à atteindre le but. Pieper ajoute : 

« Tout devoir est fondé sur l’être. La réalité est la base de l’éthique. La bonté est le standard de la réalité. Quiconque veut connaître et faire le bien doit diriger ses regards vers le monde objectif de l’être, et non vers ses propres “sentiments” ou vers des “idéaux” et “modèles” établis arbitrairement. Il doit détourner son regard de ses propres faits pour le lever vers la réalité. » 

La vertu est un élan

Voilà ce que nous oublions la plupart du temps, et les moralistes de tout poil avant nous. Si nous limitons la vertu au devoir de la maîtrise de soi, nous ne serons que kantiens, même en nous réclamant du Docteur angélique. La vertu est un élan et non point une contrainte. L’homme est le reflet de Dieu et la doctrine morale est d’abord une doctrine de l’homme image de Dieu. Maître Eckhart a cette admirable formule : « Les gens ne devraient pas tant réfléchir à ce qu’ils doivent faire qu’à ce qu’ils doivent être » (Instruction spirituelle). Il est ici très thomiste. Les traités de théologie morale, y compris les plus traditionnels, ont généralement déformé et oublié saint Thomas d’Aquin qui s’intéressait d’abord à l’image chrétienne de l’homme, au juste concept de l’être humain. Notre conception de la morale est rétrécie à une doctrine de l’action, de l’omission, du permis, du défendu, de l’injonction, de l’interdiction, bref, du faire, des devoirs, des commandements, des péchés. Elle doit être aussi cela bien sûr — contrairement à ce qu’affirment certains théologiens et ecclésiastiques contemporains — « mais son objet premier, celui qui est la base de tout le reste est que l’homme soit comme il convient d’être, sa préoccupation reste l’image de l’homme bon », comme l’écrit Josef Pieper.

Morale ou moraline ?

Comme l’homme ne sait plus ce qu’il lui convient d’être, il se « démoralise » ou bien, au contraire, s’accroche uniquement à des préceptes moraux sans âme et sans sève. Sans se reconnaître image de Dieu, il est impossible d’épouser une morale qui dépasse le simple naturalisme, le simple moralisme. Beaucoup de chrétiens sont plus rousseauistes que disciples du Christ car ils croient que l’homme est naturellement bon, qu’il est perverti par l’éducation et la société et qu’il suffit de le laisser seul pour qu’il se conduise bien. Le christianisme authentique n’a jamais caché la semence de perversité qui existe dans notre nature. Voilà pourquoi il nous propose l’aide de deux racines pour devenir des êtres neufs : l’effort du libre arbitre et l’aide de Dieu. Cette morale chrétienne est donc bien plus qu’une simple discipline, qu’une « moraline », comme le dit Leonardo Castellani : 

« La moraline est facile, superficielle, présomptueuse, puritaine et bavarde. La morale est difficile, profonde, humble, prudente, discrète et joyeuse. La moraline est toujours prête à corriger les autres, à les juger et à leur faire des reproches. La morale dirige le regard en soi-même. La moraline propose et promet beaucoup, et elle se fie à ses propres forces. La morale avance peu à peu, et elle finit toujours par chercher son point d’appui dans le sentiment religieux et l’espérance de sanctions futures, afin de pouvoir surmonter l’imperfection des sanctions humaines — ou leur absence totale » (Le Verbe dans le sang – « Morale et moraline ») 

Au sein d’une société en état de déliquescence dans tous ses aspects et toutes ses composantes, l’urgence pour tout homme est de sauver l’image divine qu’il porte en lui et qu’il est appelé à chérir. Chacun n’a de prise que sur ce qu’il est. Inutile de rêver d’abord à changer les autres et le monde. Devenir un homme nouveau devrait être notre priorité à chaque fois qu’une nouvelle année nous est donnée par Dieu. Saint François d’Assise n’a pas procédé autrement et il laissa derrière lui un sillon où il apparaît encore aujourd’hui comme un alter Christus, un autre Christ, couronnement qui n’est pas réservé à une élite mais qui est promis à tous ceux qui s’inclinent devant la grâce.

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