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Jacques Delors, un chrétien discret et désintéressé

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Eric PIERMONT / AFP

Jacques Delors.

Jean Duchesne - publié le 28/12/23

L’essayiste Jean Duchesne rend hommage à Jacques Delors, décédé le 27 décembre 2023, un chrétien discret, aussi efficace et réaliste qu’idéaliste et désintéressé.

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Comment ne pas saluer la mémoire de Jacques Delors, décédé le 27 décembre, presque centenaire ? S’il faut le considérer comme un frère dans la foi, ce n’est pas parce qu’il aurait pris des responsabilités dans l’Église, témoigné et prêché. C’est plutôt en raison d’ambitions : d’abord celles qui l’ont toujours animé, et qui étaient aussi réalistes qu’idéalistes ; ensuite celles auxquelles il a résisté, avec là encore autant de sens du possible que du devoir.

Du syndicalisme chrétien au gouvernement socialiste

Jeune « catho de gauche », il milite comme naturellement au syndicat chrétien CFTC, mais participe à sa « déconfessionnalisation » en CFDT, qui coïncide avec le concile Vatican II : il reconnaît l’«autonomie du temporel ». Il travaille de 1969 à 1972 pour le gaulliste Jacques Chaban-Delmas et son projet de « nouvelle société ». Mais le souci de justice sociale et d’équitable répartition des fruits de la croissance des « Trente Glorieuses » lui fait rejoindre en 1974 le Parti socialiste de François Mitterrand, mais sans se laisser satelliser dans la galaxie marxiste ou gauchiste qui, depuis Mai 68, se présente comme une irrésistible avant-garde. Ministre de l’Économie après l’alternance provoquée par les élections de 1981, il est à partir de 1983 le promoteur de la « rigueur » qui fait différer et corriger les ruineuses réformes radicales inspirées par l’idéologie anticapitaliste. 

Le « tournant » qu’il fait ainsi opérer permet aussi d’arrimer plus solidement la France à l’Europe en train de se construire, notamment en restant dans le système d’interdépendance monétaire qui aboutira  la création de l’euro le 1er janvier 2002 (il y a bientôt 22 ans). Fin 1984, il quitte d’ailleurs le gouvernement français pour devenir, avec l’appui de François Mitterrand et du chancelier allemand (démocrate-chrétien) Helmut Kohl, président de la Commission des Communautés européennes (qui deviendra la Commission européenne). Il le restera dix ans, jusqu’en décembre 1994.

L’homme d’État européen

Les dix années où Jacques Delors est à la tête des institutions européennes sont décisives. Dès 1985, l’«Espace Schengen » abolit la plupart des contrôles aux frontières internes. En 1986, l’Acte unique instaure un marché intégré de l’économie et de la finance. En 1987 est créé le programme Erasmus qui organise des échanges d’étudiants et d’enseignants. Le nombre des pays membres augmente, avec l’intégration de l’Espagne et du Portugal, puis d’anciens pays de l’Est après la chute du Mur de Berlin en 1989. La politique agricole commune est aussi réformée afin de soutenir l’autosuffisance alimentaire non seulement en Europe, mais encore partout dans le monde. 

Son chois de ne pas se présenter ne ternit rien de ce qu’il a pu accomplir et qui le met au rang des « pères de l’Europe ».

En 1992, le traité de Maastricht donne à l’Union européenne une existence juridique en droit international. Le président de la Commission européenne s’investit personnellement pour obtenir ces avancées. Et il participe au G8 qui, depuis 1975, réunit les dirigeants de la plupart (hormis la Chine et l’Inde) des pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni  et Russie (exclue en 2013 après l’annexion de la Crimée). Jacques Delors a dès lors une stature d’homme d’État jouissant non pas d’une popularité médiatique, mais d’un respect et d’une confiance que ne contestent que des extrémismes idéologiques.

Le renoncement

C’est pourquoi, lorsque s’achève fin 1994 le second mandat de François Mitterrand, beaucoup attendent et même souhaitent qu’il se présente pour lui succéder. Mais le 11 décembre, au cours de l’émission de télévision où l’on pense qu’il va se déclarer, il surprend tout le monde en annonçant qu’il ne sera pas candidat. Il invoque son âge (il aura bientôt 70 ans), mais insiste surtout sur le fait qu’il ne trouverait pas en France une majorité lui permettant de mettre en œuvre le programme qu’il souhaite. Il sait d’expérience qu’il aurait contre lui la gauche « dure » qui contrôle encore des pans entiers du Parti socialiste. Et il n’espère rien d’un « centre » de notables sans vision. Il a encore conscience de n’avoir pas l’habileté politique ni les talents de séducteur de François Mitterrand, et de n’être pas un « compétiteur » ni un tribun. Enfin, il ne se prend pas pour un « sauveur ».

Ce renoncement est peut-être son plus beau titre de gloire. On peut le rapprocher de celui de Benoît XVI près de trente ans plus tard : cet effacement ne ternit rien de ce qu’il a pu accomplir et qui le met au rang des « pères de l’Europe » : Robert Schuman, Jean Monnet, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi… Sa foi chrétienne a toujours été discrète. On peut le regretter. Elle transparaît néanmoins dans sa morale et sa dignité de serviteur qui n’a jamais consenti à être maître ni esclave. 

Tags:
décèsEuropePolitique
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