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La messe en langue des signes, une sacrée aubaine pour une paroisse

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Avec l'autorisation du père Arnaud Mougin.

Raphaëlle Coquebert - publié le 27/12/23

À Paris, le diocèse met le paquet pour que la communauté des sourds et malentendants soit mieux intégrée à la vie de l’Église. Le père Arnaud Mougin, curé de Sainte-Rosalie (XIIIe), confie tout le bienfait qu’une paroisse peut en retirer.

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Un homme mime des scènes à grands renforts de gestes devant une douzaine de personnes. Il ne pipe pas mot mais semble se faire relativement bien comprendre de la douzaine de participants qui l’observent avec attention. Parmi eux, un quinquagénaire appliqué s’efforce de décrypter le message. C’est la troisième fois que le père Mougin se libère pour une semaine de formation à la langue des signes, dispensée par l’association Visuel-LSF. Il s’en explique « Le diocèse de Paris cherchait un prêtre pour se former au langage des sourds et malentendants. Je me suis jeté à l’eau ! Au départ, tout se mime, puis on apprend graduellement les signes. C’est très ludique, l’ambiance est bon enfant et décontractée. Ça ressemble à un Time’s Up 3e round [jeu de société où il faut faire découvrir un personnage], sinon que ce sont des mots, et non des hommes qu’il faut trouver ! »

Membres d’un seul Corps

Songe-t-on à ce qui est proposé à ces chrétiens frappés de surdité ou à l’ouïe défaillante ? À Paris, depuis 2010, une Pastorale des Sourds a pris le relais d’une aumônerie régionale, mais il a fallu attendre septembre 2022 pour qu’une journée diocésaine leur soit dédiée. Jusque-là, dans la capitale, seules deux églises proposaient des messes à leur intention : Saint-Jacques du Haut-Pas, voisine de L’INJS (Institut National de Jeunes Sourds, dans le Ve) et Saint-Médard, dans le même arrondissement. « Au moins une messe par mois est destinée à ce public, précise le père Arnaud. Augmenter la cadence serait bienvenu ! »

Ce qui le motive pour le faire ? Une attention particulière aux personnes handicapées qui lui vient peut-être de ses années de scoutisme où l’esprit de service et l’image du « grand qui protège le plus faible » l’ont particulièrement marqué. « Lors de mes années d’étudiant, se souvient-il, j’avais déjà suivi quelques cours de langue des signes. C’est une vraie épreuve que d’être coupés des autres… Les SMS et la visio sur les téléphones portables ont été une révolution pour les sourds et malentendants qui peuvent désormais échanger à distance. Le téléphone remonte à la fin du XIXe siècle, mais il a fallu un bon siècle de plus pour en élargir l’accès à cette communauté en marge… »

La foi chrétienne, n’est-ce pas le Verbe qui se fait chair ? Les sourds et malentendants le vivent très concrètement et leur manière de communiquer permet de mieux toucher du doigt le mystère de l’Incarnation.

À Sainte-Rosalie, la messe est déjà célébrée pour ces chrétiens avec une interprète pour la signer [la traduire en langue des signes]. L’objectif du père est de s’approprier au mieux ces signes pour que les sourds et malentendants « se sentent vraiment accueillis lors de l’Eucharistie », mais surtout pour pouvoir les accompagner ensuite individuellement (échanges, confessions, préparations au baptême ou au mariage…) : « Être là pour eux, comme pour tout autre paroissien. Ils sont tellement en demande ! »

L’Incarnation en actes

Répondre à cette demande ne relève pas que du philanthropisme. « Au début, s’amuse le père, une célébration avec des sourds et malentendants, ça décoiffe ! C’est comme débarquer dans une messe africaine où toute l’assemblée danse. Il y a du mouvement permanent, des gestes, du remue-ménage… Une sorte de chorégraphie en somme, qui peut désarçonner. Nous les Français sommes si réservés et pudiques dans nos gestes ! » Mais au fil du temps, ce côté très théâtral enrichit toute la communauté : « Du fait d’être gestués, des mots entendus et réentendus prennent une signification nouvelle. La foi chrétienne, n’est-ce pas le Verbe qui se fait chair ? Les sourds et malentendants le vivent très concrètement et leur manière de communiquer permet de mieux toucher du doigt le mystère de l’Incarnation. »

D’où l’accueil très enthousiaste des paroissiens de Sainte-Rosalie « Ils sont emballés, et je m’en réjouis. » Et le père Arnaud de glisser, en sourdine : « Pour moi aussi, les fruits sont abondants ! Alors que je suis d’un naturel discret, prêcher avec mon corps m’oblige à sortir de moi, à m’exposer… et éclaire d’une lumière nouvelle la liturgie. »

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