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Éducation : grandir avec le cinéma, c’est possible !

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Shutterstock I Soho A Studio

Maud Coste - publié le 05/12/23

Les bénéfices du cinéma sont multiples, y compris dans l’éducation, affirme auprès d’Aleteia Sabine de la Moissonnière, professeur de Français et auteur d’un remarquable “Éduquer par le Cinéma” (Le Centurion) qui recense 500 films de 1920 à nos jours avec des notes détaillées et critiques. Elle livre quelques conseils pour les parents. Entretien.

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Le cinéma, un formidable outil pour faire grandir les jeunes ? C’est la conviction de Sabine de la Moissonnière, professeur de Français, formatrice en analyse filmique et à la tête du ciné-Club du pôle Art et Culture des Bernardins : « Beaucoup de parents viennent accompagnés de leurs ados », explique-t-elle à Aleteia. « Même s’il est inutile d’être expert en cinéma, j’aime leur donner des pistes autour d’un thème. L’objectif ? Les aider à cultiver leur “regard actif” ». Entretien. 

Aleteia : Vous avez à cœur de transmettre votre passion pour le cinéma et vous savez vous adresser à tous les publics. Les parents sont-ils l’une de vos cibles ?
Sabine de la Moissonnière : Oui, beaucoup de parents viennent au ciné-club avec leurs ados. Même s’il est inutile d’être expert en cinéma, j’aime leur donner des pistes autour d’un thème. Récemment, pour True grit, un western de 2010, ils devaient repérer les rouages du western classique et avoir un regard actif, en explorant le thème de la rédemption : je voulais qu’on réfléchisse ensemble sur la façon dont les héros se rachètent. Je les interroge aussi sur l’évolution des personnages, les raisons de leurs actions et sur la narration. Certains films suscitent de vrais débats, comme Le chant du loup (2019): ce film très réaliste pose la question de l’importance ou non de la véracité au cinéma. Omar Sy sortant du SNLE en combinaison de nageur pour frapper le marteau sur la coque du sous-marin ennemi n’est pas crédible pour beaucoup ! Pourtant cette scène montre que les hommes savent se sacrifier. La dramatisation au cinéma est essentielle.

Un livre permet de développer l’imaginaire du lecteur alors qu’un film impose les siennes qu’il est bon d’analyser pour ne pas les subir.

Comment préparez-vous une séance ?
Pour chaque film, j’ai une problématique et un plan dans ma tête. Je décortique le film comme un texte littéraire, je recherche les figures de style du narrateur. Car les techniques du cinéma sont tirées de la littérature. Un livre permet de développer l’imaginaire du lecteur, le laissant libre de vaquer à ses propres images alors qu’un film impose les siennes qu’il est bon d’analyser pour ne pas les subir.

C’est ce que vous entendez par le « regard actif ? » ?
Pour regarder un film « activement », il faut décrypter les techniques, les émotions voulues par le réalisateur : quel message veut-il délivrer, que nous enseigne-t-il ? Tenez, dans un de mes films préférés, Douze hommes en colère (1957), Henry Fonda est un juré exemplaire, il recherche le bien et la vérité alors que les autres n’ont qu’une seule volonté : vaquer à leurs occupations. Lui s’attache à faire éclore la vérité ; il est quasiment christique ! Fustigé par les autres jurés, il finit par les attirer à lui. Au fur et à mesure, les vestes tombent et l’approche de la vérité est symbolisée par un ventilateur cassé. Quand la vérité se fait jour, il se remet à fonctionner : la lumière apparaît et le souffle revient.

Une œuvre d’art est une création livrée au spectateur. Le réalisateur prend le risque d’une mauvaise interprétation.

Ces détails ne sont peut-être pas voulus par le metteur en scène…
C’est ce que me disent souvent les jeunes ! Ces œuvres sont extrêmement travaillées et il y a peu de risque que ces détails ne soient dus au hasard. Une œuvre d’art est une création livrée au spectateur. Le réalisateur prend le risque d’une mauvaise interprétation. Mais il y a une logique, une cohérence qu’il faut percevoir ; c’est symptomatique d’une œuvre aboutie.

Et en quoi une “œuvre aboutie” peut-elle être un soutien pour éduquer leurs enfants ?
Quand elle élève l’âme ! Quand nous sortons grandi par un film, le cœur dilaté, c’est que le film a nourri notre vie intérieure. C’est pourquoi il faut être vigilant sur les œuvres présentées à des enfants. Celles de Clint Eastwood sont souvent violentes par exemple, mais exemptes de voyeurisme. Il y a de la morale. Dans Impitoyable (1992), par exemple, une scène dans une maison de passe est difficile à regarder mais elle montre une nette opposition entre les spirales du bien et du mal.

Le cinéma apprend à argumenter mais surtout à contempler.

Sort-on indemne du visionnage d’un film ?
L’impact de l’image sur une personne peut être très marquant. Moi-même étant sensible à l’image, j’ai appris à m’endurcir en acérant mon regard. Nous ne maîtrisons pas les images que nous recevons fortement (24 images par seconde) ; c’est pourquoi il ne faut pas faire l’économie d’en discuter après. Réfléchir à plusieurs aide à se découvrir soi-même : le beau nous arrache des larmes, pourquoi ? De la même manière, il faut savoir décrypter une mauvaise impression pour en détruire l’effet. Parfois, un simple travelling en est la cause.

Le cinéma aide donc à discerner. C’est utile dans la vie !
Oui, il apprend à argumenter mais surtout à contempler : se laisser rejoindre par la beauté des visages, des paysages et des âmes… Je pense à Montgomery Clift qui a magnifiquement incarné un prêtre dans La loi du silence d’Hitchcock (1953). Quelle sobriété, quelle intériorité ! Les personnages fictifs peuvent vraiment nous édifier, nous faire grandir.

Après mai 68, la violence et la sexualité s’invitent au cinéma avec la nouvelle vague.

Justement, comment trouver des films qui font grandir les enfants ?
Je dirais que l’époque peut nous aider : jusque dans les années 1950 et 1960, vous ne vous tromperez pas. Tous les films ne sont pas bons mais peu sont violents. Alfred Hitchcock, par exemple, constitue une bonne école : les images de ce réalisateur anglais bien connu sont très travaillées et la morale respectée. Après mai 68, la violence et la sexualité s’invitent au cinéma avec la nouvelle vague. La société évolue, le cinéma devient expérimental et perd de sa noblesse.

Pour quelle raison ?
Depuis quelques années, un coup d’accélérateur a été mis sur un autre moyen de gagner des subventions : le genre, le féminisme, la politique, certaines idéologies servies par des lobbies qui desservent l’art en lui-même. Si une scène expose gratuitement du sexe, elle n’a rien à dire et est donc inutile. Depuis quelques années, un autre genre de films émerge : il s’agit de ceux produits par SAJE (Hubert de Torcy, son directeur de SAJE signe l’avant-propos du dernier tome de « Éduquer par le cinéma », ndlr). Ils ne sont pas tous excellents mais ils ont le mérite d’éduquer au beau, de cultiver et de faire connaître de belles figures, des héros ou de saints…

Un chef d’œuvre pour conclure ?
Un film splendide qui est une leçon d’exemplarité pour nous adultes : Tel père tel fils (2013). Le pardon y est mis en scène et la dernière scène est d’une beauté à couper le souffle. 

Pratique

Éduquer par le cinéma, Sabine de la Moissonnière, édition intégrale, Le Centurion, novembre 2023, 29,9 euros.
Plus de 500 films présentés. Préface de Xavier Darcos, de l’Académie française. Avant-propos d’Hubert de Torcy, directeur de Saje Distribution. 
Sabine de la Moissonnière propose dans son ouvrage plus de 500 films répartis par âge, un chapitre est consacré aux 5-7 ans par exemple, et par thème. La sélection à l’avantage de recommander des films plutôt récents aux familles de jeunes enfants. A noter que l’ouvrage se veut éclectique avec des films asiatiques ou venus du monde arabe (Iran, Maroc). Le plus ? Sabine de la Moissonnière les analyse avec « les yeux de la foi ».
Tags:
CinémaÉducation
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