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Père Matthieu Dauchez : “Ce sont les pauvres qui nous enseignent”

Pere-Matthieu-Dauchez

ANAK-Tnk

Père Matthieu Dauchez.

Bérengère de Portzamparc - publié le 24/10/23

Son passage en France est concomitant à la sortie du film Sacerdoce où il apparaît, mais qu’il n’a pas encore vu. En conférence à Lyon le 19 octobre pour parler de la résilience à travers son expérience des enfants des rues aux Philippines, le père Matthieu Dauchez a répondu aux questions de Aleteia.

S’il vient en conférence à Bruxelles puis à Lyon pour ensuite quelques semaines de repos en famille, ce n’est pas pour récolter des fonds pour son œuvre, dit-il, mais bien pour ouvrir les cœurs de ceux qui viendront l’écouter. “Ce sont les pauvres qui nous enseignent”, répète-t-il inlassablement. Cette certitude, il l’a acquise dans les quartiers les plus pauvres de Manille, où le père Matthieu Dauchez, depuis maintenant 25 ans, s’occupe des enfants des rues et des bidonvilles. Ordonné pour le diocèse de Versailles, le père Dauchez est aujourd’hui prêtre pour le diocèse de Manille, où il a créé l’association ANAK-Tnk, qui compte 29 centres d’accueil et 12 écoles et accueils de jour dans les bidonvilles, ce qui, depuis la création de l’association, a permis d’aider près de 60.000 enfants. 

Aleteia : Le film Sacerdoce, actuellement en salle, met en lumière plusieurs portraits de prêtres dont le vôtre, comment s’est passé le tournage et qu’avez-vous pensé du film ?
Père Matthieu Dauchez : Pour être honnête je ne l’ai pas encore vu ! Mais les premiers retours que j’ai sont plutôt bons, même s’ils ne sont peut-être pas très objectifs étant donné que ce sont des proches ! Le tournage a eu lieu sur place, dans un de nos centres à Manille, en décembre 2022 pendant une semaine. Ce que je trouve très beau, c’est que le réalisateur est évangélique, et donc il n’a pas la même façon que nous de voir la prêtrise. Il voit le beau dans notre vocation et n’a peut-être pas le regard que d’autres portent sur nous aujourd’hui, avec tous les scandales. 

Justement comment se porte l’Église et votre sacerdoce au milieu de ces scandales ?
Je vais répondre de façon assez simple : soit on est pétrifié de tout cela et on ne fait plus rien, soit on continue avec tout notre cœur et avec l’aide de Dieu. La traîtrise de certains doit nous pousser à faire encore plus et encore mieux. Concernant mon sacerdoce, aux Philippines, je vis dans l’extrême, du mal comme du bien. Même si je connais de grandes peines et je me révolte souvent devant la souffrance vécue par les enfants, je connais aussi d’immenses joies qui me portent. Et j’avoue être bien plus impressionné par le travail des prêtres diocésains en France qui font face à tellement d’indifférence, c’est le sacerdoce de ces prêtres m’édifie. 

Quand je vois un crucifix, je vois un enfant des rues.

Vous parlez de grandes peines et de grandes joies, comment vous tenez-vous au quotidien ? 
Je ne peux tenir que par le Bon Dieu, qui est mon tout premier refuge, donc par des temps de prière et d’adoration. J’avoue, il m’arrive parfois de partir en moto pour hurler dans mon casque, et pourtant, tous ceux qui passent nous voir dans nos centres vous le diront : il règne sur place une atmosphère de joie incroyable, voire surnaturelle. C’est inouï, malgré tous les malheurs traversés par les enfants que nous accueillons, de voir en eux autant de joie, alors qu’ils pourraient être plutôt en dépression, c’est surnaturel ! Cette joie pour moi, elle est vécue par l’union avec le Christ, qui a souffert pour nous sur la croix. Quand je vois un crucifix, je vois un enfant des rues. Concrètement dans nos centres, depuis toujours nous avons mis la transparence partout, avec des espaces vitrés et aucun angle mort. Nous voulons protéger les enfants et nous voulons aussi leur donner une multitude de lieux de paroles, pour qu’ils retrouvent confiance dans les adultes. Qu’ils osent se confier à un animateur, à un encadrant, à un membre de la paroisse, à un prêtre, à une assistante sociale, etc. Pour leur permettre de s’exprimer, nous leur proposons aussi des ateliers d’art, de dessin ou de musique par exemple. C’est assez incroyable le nombre de choses indicibles qu’ils arrivent à raconter grâce au chant, notamment au rap ou au slam.

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Temps d’adoration dans un bidonville.

Comment faites-vous humainement et financièrement pour soutenir les enfants des rues à travers votre association ? 
Financièrement là aussi, ma réponse est claire, le Bon Dieu n’abandonnera pas ses petits ! La victoire est acquise, c’est pourquoi on ne dira jamais non à un enfant qui nous rejoint, je sais que le Bon Dieu pourvoira. Quand je viens faire des conférences en Europe, je viens vraiment pour essayer de toucher les cœurs, via le témoignage que nous recevons de ces enfants, plutôt que pour réclamer de l’argent. 

Je ne fais qu’apporter Jésus dans les quartiers, et c’est lui qui agit, c’est lui la réponse ! 

Humainement, nous avons des équipes bien formées sur place, pour que dans chaque geste, chaque jour, les enfants comprennent qu’ils sont aimés et dignes d’être aimé, c’est le fondement de tout. Pour cela, nos journées sont rythmées par des temps de prières, le chapelet tous les soirs et des temps d’adoration. Nous fonctionnons également avec les paroisses, en participant à la vie paroissiale afin que les enfants s’y repèrent et prennent l’habitude d’y aller, quand ils grandissent. Aux Philippines, près de 80% de la population est catholique. Mais comme je le constate depuis 25 ans, l’adoration est la réponse. Je ne fais qu’apporter Jésus dans les quartiers, et c’est lui qui agit, c’est lui la réponse ! 

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