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Entre véritables attentes et légitimes questions, prier pour le synode

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Antoine Mekary | ALETEIA

Luc de Bellescize - publié le 05/10/23

Le synode qui vient de s’ouvrir à Rome suscite de véritables attentes et de légitimes questions. Au nom de la charité pastorale, le risque serait d’entretenir une confusion sur les exigences de la sainteté, estime le père Luc de Bellescize. Les sacrements ne sont pas faits pour les purs, dit-il, l’enjeu est le désir de la conversion.

En 1940, Graham Greene publie La Puissance et la Gloire, roman magnifique sur un prêtre misérable, porté à la boisson, père d’un enfant abandonné à l’infortune d’une fille mère. Le padre fuit la persécution mexicaine fomentée par les lois anticléricales de Calles, incarnée par un lieutenant marxiste qui considère la religion comme le fruit pervers de l’obscurantisme. La révolte des Cristeros vient de s’achever dans le sang et les larmes. Viva Cristo rey ! criaient les martyrs en mourant. Viva el Demonio ! répondaient les bourreaux. 

Le padre du roman est le dernier prêtre de la province, tous les autres ont été assassinés ou ont quitté l’habit. Accompagné d’un « métis » vil et sournois, il continue de célébrer les saints Mystères sans pouvoir se confesser à un confrère, dévoré par la conscience de son péché. On peut échapper au jugement des hommes, on n’échappe jamais à son propre jugement, souvent plus implacable encore. 

Les obsédés de la perfection

L’homme de Dieu suscite un certain dégoût, mélange de mépris et de pitié. Il est sale et pitoyable, dépourvu de courage, alcoolique. Ce prêtre « ivrogne, impur, et tremblant devant la mort, donne sa vie sans perdre à aucun moment le sentiment de sa bassesse et de sa honte » écrit François Mauriac dans la préface. On pourrait croire que le padre est le « bon », l’officier « la brute » et le métis « le truand ». Mais rien n’est si simple. Chacun a ses grandeurs, chacun ses bassesses. 

Pauvre Esprit saint, si je puis me permettre… que chacun veut récupérer dans son camp.

Le lieutenant poursuit le prêtre avec un acharnement implacable, mais des retours sur son enfance nous font comprendre combien elle a été misérable et sordide, dépourvue de tendresse et d’amour. Combien d’hommes méchants sont d’abord de grands blessés ? Qui peut juger le cœur des hommes, « compliqué et malade », selon le prophète Jérémie (Jr 17, 9-10) ? Mauriac décrit l’ouvrage comme une « grande leçon donnée à ces obsédés de la perfection, à ces scrupuleux qui coupent en quatre leurs misérables manquements et qui oublient qu’au dernier jour, selon le mot de saint Jean de la Croix, c’est sur l’amour qu’ils seront jugés ».  

Du bon grain et de l’ivraie

Nous pouvons prier pour le Synode sur la vie de l’Église — d’abord nommé « synode sur la synodalité » — qui s’ouvre à Rome et suscite beaucoup de questions, des espérances et de légitimes inquiétudes. Il faut sans doute modérer nos attentes, si du moins nous en avons, car l’Église n’a aucun pouvoir de changer la Révélation de Dieu, ni concernant sa structure apostolique fondamentale, ni concernant l’enseignement constant des Écritures et de la Tradition. Le synode suscite bien des tensions entre ceux qui sont taxés de vouloir aligner l’Église sur le monde par idéologie progressiste, comme cela semble être le cas du « chemin allemand », où l’Église est matériellement richissime mais spirituellement exsangue en terme de jeunesse et de vocations, tandis que d’autres sont taxés d’être des traditionalistes rigides, d’entraver la marche du progrès, d’être rabougris comme des cornichons dans du vinaigre et de ne pas écouter « la voix de l’Esprit » qui « parle à travers le peuple ». Pauvre Esprit saint, si je puis me permettre… que chacun veut récupérer dans son camp. Comme nous aimons nous diviser dans l’Église, comme il nous est difficile d’être des hommes de paix ! 

“Si le Seigneur était là, comme dans l’Évangile, il regarderait avec tendresse […] les divorcés remariés, les personnes homosexuelles, ceux qui souffrent d’abandon et de solitude, ceux qui se sentent les plus loin de lui.”

Pour commencer, il serait stricte justice d’éviter de stigmatiser ceux qui font part de leurs craintes, dont d’éminents serviteurs de l’Église, en les accusant de ne pas être soumis à l’Esprit Saint. Les prophètes vont rarement dans le sens du vent. L’Église est faite d’hommes qui s’emploient pour nombre d’entre eux, que ce soit pour un conclave, un concile, un synode ou n’importe quelle assemblée, à façonner une majorité, intriguer, influencer, manigancer et impressionner. Ils ont beau jeu de revendiquer ensuite d’un air extatique l’abandon à l’Esprit, tout en condamnant ceux qui refusent d’être aussi naïfs… Il serait plus juste de dire qu’il y en en toutes choses du bon grain et de l’ivraie, et que le Seigneur se fraye un chemin entre ombres et lumières. Il se réjouit dans le cœur des saints et de ceux qui s’emploient à faire le bien et tisser des liens fraternels. Il conduit l’Église comme en sous-main, malgré notre acharnement à vouloir la mener selon nos propres idées, nos calculs mondains et nos péchés. 

Le souci de toutes les âmes

Il faut accepter de « supporter le conflit », dit le pape François cité dans le remarquable ouvrage de Jean-Marie Guénois, et « de le résoudre à un plan supérieur qui conserve, en soi, les potentialités des oppositions ». Dans l’instrumentum laboris du synode, il est beaucoup question d’«inclusion » et la mention des « personnes divorcées remariées, vivant dans des mariages polygames, ou LGBTQI+ » revient dans le document. Quel catholique, quel pasteur ne serait pas préoccupé par le souci de toutes les âmes ? Combien de souffrances cachées, de culpabilités enfouies, de blessures qu’il nous faut commencer par écouter et apaiser comme le bon samaritain versa sur les plaies de l’homme de l’huile et du vin en le conduisant à l’auberge, image de l’Église.

Donner du lait ne signifie pas renoncer à la nourriture solide, encore moins entretenir le flou concernant des vérités révélées, au risque de créer une extrême confusion. Aimer tous les hommes, c’est rappeler leur vocation à la sainteté.

Je sais bien sûr que si le Seigneur était là, comme dans l’Évangile, il se pencherait d’abord sur nos misères, nos faiblesses, nos fragilités. Il regarderait avec tendresse les malades et les souffrants, les publicains et les prostituées, les divorcés remariés, les personnes homosexuelles, ceux qui souffrent d’abandon et de solitude, ceux qui se sentent les plus loin de lui. Mais aimer tous les hommes, c’est aussi leur indiquer, à la mesure de leur croissance, le chemin d’une vie exigeante et sainte conforme à l’objectivité du bien. 

Pas de charité pastorale sans vérité

Il y a bien une « loi de gradualité » — la fameuse « loi des petits pas ». Elle est celle du bon sens et de la charité pastorale qui se met à l’écoute de la diversité des âmes dans leur histoire particulière. La vertu morale grandit dans le cœur d’une personne à mesure qu’elle acquiert une formation et des aptitudes à faire le bien. « Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter et vous ne le pouvez pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels » (1Co 3, 2). Il faut laisser aux pasteurs de terrain le soin de discerner le meilleur chemin à proposer face aux cas particuliers qui se présentent et éviter à tout prix de vouloir légiférer de manière globale, au risque de tomber dans une insupportable casuistique et d’aggraver les divisions. La charité pastorale d’un prêtre en paroisse s’emploie à rejoindre des personnes qui vivent des situations complexes ou objectivement peccamineuses, mais « amour et vérité se rencontrent » (Ps 84). Donner du lait ne signifie pas renoncer à la nourriture solide, encore moins entretenir le flou concernant des vérités révélées, au risque de créer une extrême confusion. Aimer tous les hommes, c’est rappeler leur vocation à la sainteté. 

À ce propos, il relève du raccourci et du buzz médiatique de dire que le pape François a ouvert la possibilité de bénir les couples de même sexe. C’est loin d’être aussi clair. Il a notamment écrit que « la prudence pastorale doit discerner correctement s’il existe des formes de bénédiction, demandées par une ou plusieurs personnes, qui ne véhiculent pas une conception erronée du mariage ». Il est probable que la « prudence pastorale » conduira une grande part des pasteurs de France, en tout cas les plus jeunes générations, très éloignées des idées progressistes, à discerner que la bénédiction d’unions de personnes de même sexe véhicule une conception erronée du mariage. Par ailleurs, il ne relève aucunement d’une provocation de rappeler qu’aucune autorité, fusse-t-elle celle du pape ou d’un évêque, ne peut forcer un prêtre à agir contre sa conscience.

Seule la contrition ouvre au pardon

Tout le monde a sa place dans l’Église et les sacrements ne sont pas faits pour les purs. C’est pour cela qu’il y a le pardon des péchés, et nul n’en est privé s’il désire se convertir, même si cette conversion prend le temps d’une vie, même si cette vie n’est qu’une succession de chutes et de relèvements. Mais désirer la conversion… là est précisément la question. Je ne me sens nullement supérieur aux autres, mais je n’ai pas besoin d’une Église qui s’adapte à mon péché. J’ai besoin d’une Église qui m’appelle à une vie plus sainte, plus droite, en m’indiquant le chemin du Ciel et la perspective du jugement du Christ, c’est-à-dire ma vocation à la vie éternelle, par correspondance à la grâce, mais aussi le risque de ma damnation, par ma propre faute. 

Dans le roman de Graham Greene, le padre fait descendre le Seigneur dans ses pauvres mains et implore une miséricorde dont il se sent indigne. Il ne revendique aucun droit, il s’emploie à revenir à son devoir comme s’il voulait laver dans son propre sang le poids de ses hontes passées. Il est finalement trahi comme le Christ par le « métis » qui le livre pour quelques pesos. Il meurt fusillé, en haine de la foi. Il meurt comme un saint, lui qui n’était qu’un pécheur, méprisé par tous et d’abord par le regard accablant qu’il portait sur lui-même. Mais « d’un cœur contrit et humilié, Dieu n’a pas de mépris » dit le psaume du Miserere (Ps 50). C’est sans doute pour cela que « les publicains et les prostituées nous précèdent dans le Royaume des Cieux » (Mt 21, 31). S’ils nous devancent dans la Cité de Dieu, ce n’est pas par leur péché, mais par leur sentiment d’être pécheur qui leur fait mendier l’infinie miséricorde. Seule la contrition du cœur ouvre au pardon du Seigneur. « À nous la honte au visage », dit le prophète Daniel (Dn 9, 8). À nous aussi, la confiance des enfants de Dieu. À Lui seul « la puissance et la gloire » (Ap 4, 11) !

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