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À Marseille, la mémoire des saints du Ve siècle 

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Shutterstock I Altivue

Vue aérienne depuis la basilique catholique Notre-Dame de la Garde de Marseille jusqu'à la Méditerranée.

Agnès Bastit-Kalinowska - publié le 31/08/23

Marseille, la ville qui va accueillir fin septembre le pape François, fut un foyer de rayonnement majeur du christianisme en Méditerranée. Des découvertes archéologiques toutes récentes donnent une idée de l’importance de la communauté chrétienne marseillaise du Ve siècle. (4/5)

Les origines du christianisme à Marseille sont entourées d’incertitudes, du fait de l’absence presque totale de documents anciens, mais ces incertitudes se changent en quasi-certitude si l’on prend en considération un certain nombre d’éléments avérés de l’histoire de la ville. Marseille, fondée vers 600 avant Jésus-Christ par les Phocéens de la baie de Smyrne, était une ancienne cité grecque prospère du monde méditerranéen hellénistique, puis romain, et un grand centre commercial grâce à ses importantes installations portuaires. Elle était restée liée à l’Asie mineure, car on y parlait le dialecte grec d’Asie, et les disciplines grecques comme la rhétorique ou la médecine y étaient florissantes. 

Une ancre entourée de deux poissons

À l’époque romaine, la Troisième Légion, dite « Gallica » car levée en Gaule du sud, c’est-à-dire en Provence et en particulier à Marseille, a joué un rôle important dans la province de Syrie, limitrophe de la Palestine, où elle a été le plus souvent cantonnée. Sous Auguste puis au cours des années du développement du christianisme, elle est principalement basée entre Damas et Antioche (lieu de la résidence du gouverneur romain), deux villes qui, selon les Actes des Apôtres, ont vu croître dès les origines des communautés chrétiennes vivantes, avec entre autres la présence des apôtres Paul et Pierre. Il est très vraisemblable que des soldats de cette légion réputée ont pu connaître et adhérer à la foi chrétienne, et qu’ils l’ont fait connaître à Marseille et dans ses environs, une fois devenus vétérans. Par ailleurs, les communautés juives d’Asie et de Syrie avaient des correspondants dans les principaux ports de commerce du monde méditerranéen, y compris à Marseille, et quelques-uns de ces marchands juifs ont pu aussi adhérer au christianisme et s’en faire les promoteurs. 

Saint Irénée de Lyon, lui-même originaire de Smyrne en Asie mineure, et arrivé sans doute en Gaule par le port de Marseille, écrit vers 180 de notre ère que “beaucoup, venant de la circoncision — c’est-à-dire du judaïsme — ont embrassé la foi au Christ”, comme on le voit déjà dans les Actes des apôtres, avec par exemple la conversion du couple d’entrepreneurs juifs Priscille et Aquila (Ac 18). Les témoignages archéologiques antérieurs à l’époque de Constantin et à la libéralisation du culte chrétien en 313 sont quasi inexistants : une stèle trouvée à Aubagne, mais actuellement disparue porte une inscription manifestement ancienne (sans doute du IIIe siècle) illustrée par une ancre entourée de deux poissons, une image comme on peut en voir dans la Rome paléochrétienne. Une autre inscription ancienne, plus controversée (il n’est pas absolument sûr qu’elle soit chrétienne), porte seulement l’ancre, qui selon la Lettre aux Hébreux est la figure de l’espérance chrétienne. La communauté cependant vivait et progressait, même si presque toutes les traces matérielles en sont inconnues. En témoigne la présence de l’évêque de Marseille, Oresius, au premier Concile réuni en Arles en 314, au lendemain de la libéralisation du christianisme. 

L’épanouissement au Ve siècle : découvertes récentes

En avançant un peu dans le temps, on dispose cette fois-ci de découvertes archéologiques sensationnelles. Celles-ci se situent à deux pôles de la ville antique éloignés l’un de l’autre : l’un situé près du Vieux Port, dans les soubassements de l’actuelle cathédrale dite “Major”, l’autre auprès d’une nécropole, partiellement chrétienne, attenante aux murailles. Si les restes paléochrétiens de la “Major” sont connus depuis le milieu du XIXe siècle, d’autres découvertes ont été faites en l’an 2000 sur le même site ; quant à la grande église proche de la nécropole nord, elle a été découverte récemment, au début du XXIe siècle. Ces deux sites remontent l’un et l’autre au Ve siècle de notre ère, et donnent une idée de l’importance de la communauté chrétienne marseillaise à cette époque. 

En ce qui concerne la “Major”, l’antique baptistère Saint-Jean-Baptiste est l’un des plus grands baptistères connus dans le monde chrétien : de plan carré autour de sa piscine octogonale, l’édifice faisait plus de 600 m2 au sol, décoré de mosaïques. L’ancienne cathédrale du Ve siècle quant à elle, dont l’orientation était perpendiculaire à celle de la cathédrale actuelle, était environ trois fois plus grande que le baptistère (soit près de 2000 m2). Il n’en reste que des soubassements et des vestiges de mosaïque, mais les mosaïques visibles actuellement sur le parvis de l’église moderne, d’une grande qualité, étaient celle de la résidence épiscopale proche de l’église et du baptistère.

Fig.1._decouverte_mosaique_Major
Un détail de la mosaïque découverte près de la Major à la suite des fouilles de l’an 2000.

L’autre découverte récente, à l’extérieur nord de la ville antique donc, a révélé, outre 228 tombes chrétiennes (mais sans représentations figurées), une partie d’une église antique, dont on estime les dimensions à au moins 35 m de long sur 16,5 m de large (soit environ 700 m2au sol), avec au fond de l’édifice orienté à l’est une abside arrondie. L’autel antique en marbre, remarquable par ses affinités en avec des autels paléochrétiens du Proche-Orient, a été retrouvé en son centre : il surmontait une cavité abritant un reliquaire. 

Des tombes de saints anonymes

Mais le plus extraordinaire réside dans la découverte, dans ce chœur, d’un double tombeau, ce qu’on appelle dans le monde chrétien antique une memoria, une “mémoire”. À proximité de l’autel, une sorte de petit édifice en marbre au nord de l’autel entourait une tombe de pierre, renfermant elle-même deux cercueils en plomb inviolés. Un dispositif permettait à des filets d’huile de traverser la tombe, pour en ressortir “sanctifiés” par la proximité des corps des saints, et prêts à être recueillis par les fidèles ou pèlerins dans des fioles qu’ils rapporteraient ensuite chez eux. D’autres défunts étaient enterrés à proximité de ces tombes, dont le rayonnement était manifestement très important, comme le montre aussi la qualité des marbres et de la décoration.

Fig.-2a-memoria
Les tombes des saints découvertes rue Malaval entourées de parois sculptées.

Une fois que cette découverte a été décrite et analysée, et après enlèvement des parties artistiquement les plus intéressantes, visibles au Musée historique de la ville de Marseille, ainsi que des cercueils des saints — qui ont été remis à l’archevêché — une dalle de béton a recouvert ces traces inestimables du passé chrétien de la Gaule. Mais aucun béton ne saurait effacer la mémoire, non seulement de ces saints anonymes, mais aussi des foules qui se rassemblaient en nombre en ce lieu. La découverte, même partiellement étouffée, atteste s’il en était besoin de la vitalité de l’église marseillaise en ce Ve siècle de notre ère, époque où saint Jean Cassien, moine oriental disciple de saint Jean Chrysostome, fondait au sud du Vieux-Port le monastère de Saint-Victor.

Tags:
ArchéologieMartyrs
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