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Du Barroux à la Californie, Jean-Louis Pagès, architecte d’abbayes

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Jean-Michel Pagès

L'abbaye saint Michel d'Orange en Californie

Cécile Séveirac - publié le 17/11/22

Jean-Louis Pagès est architecte. Ayant aussi bien dessiné les plans de grands hôtels de luxe sur les bords de la Méditerranée que ceux de monastères en France et aux États-Unis, il revient sur sa carrière pour Aleteia, en dévoilant ce lien particulier qui l’unit à l’architecture sacrée.

Jean-Louis Pagès a presque 90 ans et, pourtant, son regard est plein d’une rêverie encore juvénile. Bâtisseur d’abbayes au style roman mais aussi architecte d’hôtels de luxe et de villas en bord de mer… Ce travailleur acharné, au tempérament vagabond, semble aimer le contraste. Né en 1933 à Rabat au Maroc, Jean-Louis Pagès se découvre la vocation d’architecte très tôt. Petit garçon, à peine âgé de 4 ans, il prend déjà des cours de dessin. À 12 ans, l’architecture devient une évidence : « J’avais trouvé au dessus d’un placard un rouleau de calques sur lesquels étaient dessinés les plans et les coupes de ma maison. Et là, ça a été la révélation », explique-t-il à Aleteia. « J’ai aussitôt décidé que je serai architecte et cela ne m’a jamais quitté ».

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Jean-Louis Pagès

Un métier qui ne doit rien au hasard et tout à la Providence 

Ce goût pour le dessin et les proportions, Jean-Louis Pagès semble presque l’avoir reçu comme un héritage. « Nous avons déjà trois ou quatre architectes dans la famille au cours des siècles », sourit-il. Et l’un d’entre eux n’est autre… Qu’Hippolyte Pagès, ami intime du saint curé d’Ars et principal témoin de la béatification de ce dernier. Si bien que la famille Pagès entretient un rapport étroit avec ce saint, dont certaines reliques authentifiées sont restées au sein de la famille de 1863 jusqu’à ce qu’elles soient confiées à l’abbaye Sainte Madeleine du Barroux à la demande de Jean-Louis. « Ma petite sœur alors âgée de 2 ans avait une fièvre typhoïde, si forte qu’elle en était mourante. Elle ne devait pas passer la nuit. Mon grand-père est allé chercher le grand coffret dans lequel reposaient les reliques du curé d’Ars et l’a posé contre le berceau. Le lendemain, la fièvre est tombée », assure Jean-Louis. 

La rencontre avec les monastères n’est pas due au hasard : entre un oncle moine à l’abbaye de Hautecombe, et des excursions répétées dans ces hauts lieux de prière et de silence, Jean-Louis semblait presque destiné à devoir, un jour, participer à les faire sortir de terre. « Étudiant, j’étais allé faire le relevé de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault, Occitanie, ndlr) et cela m’avait passionné. Ensuite j’ai découvert la Grèce, et visité le mont Athos à trois reprises, voyant 18 monastères sur 20. » 

Tradition et modernité au service du sacré

C’est justement l’architecture de Saint-Guilhem-le-Désert, ou encore celle de Sénanque, qui l’inspire lorsqu’il est appelé à travailler en 1983 sur le chantier des abbayes du Barroux, choisissant avec les moines bénédictins un style roman, « très simple et très épuré ». En prime, une exigence : celle de travailler « comme au Moyen Âge », avec des techniques propres à cette époque notamment pour déterminer les proportions, tout en y imposant certaines limites liées à des problématiques de sécurité pour la construction des voûtes. Tradition et progrès vont donc de pair pendant 25 ans, durée pendant laquelle Jean-Louis Pagès travaille au milieu des moines et des moniales du Barroux, pour lesquelles il participe aussi à bâtir l’abbaye, nommée Notre-Dame de l’Annonciation. 

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Notre-Dame de l’Annonciation du Barroux.

L’abbaye Saint-Michel d’Orange, sommet de sa carrière

Deux monastères, c’est déjà une sacrée aventure. Mais cela n’était visiblement pas suffisant pour Jean-Louis, alors âgé de 72 ans. En 2006, il reçoit un coup de téléphone qui vient de loin. Une voix au bout du fil, celle de frère Jérôme, accent anglais mais français parfait, demande à Jean-Louis s’il accepte de l’accompagner « dans une grande aventure ». « Évidemment, j’ai répondu oui ! » Elle se jouera à 10.000 km de la France, en Californie : il s’agira de bâtir la plus grande abbaye catholique des États-Unis pour la communauté norbertine d’Orange.

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L’intérieur de l’église de Saint Michel d’Orange, illuminé de rose à la Saint Michel.

« Et comment s’appellera-t-elle cette abbaye, mon frère ? – Saint Michael. » Silence au bout du fil. « Je suis resté muet si longtemps que frère Jérôme a cru que la ligne était coupée. » Michael, Michel : c’est le prénom du fils de Jean-Louis et sa femme, Françoise, décédé très jeune et brutalement, en 1991. Un deuil extrêmement dur à dépasser pour le couple, une souffrance toujours vive.

« Pour moi, c’était clair comme de l’eau de roche, articule encore avec émotion Jean-Louis. C’était un cadeau du Ciel, un clin d’œil de mon fils. » Le chantier dure alors onze ans. Jean-Louis lui applique également des symboles utilisés par les architectes du Moyen Âge, notamment ceux du temps de saint Bernard, qui plaçaient dans chaque étape de la construction une symbole spirituel visant à attirer l’homme à Dieu. Entre autres, l’église de l’abbaye Saint-Michel d’Orange est orientée vers l’Ouest de sorte à ce que le soleil levant illumine le chœur le jour de la fête du Saint donnant son nom à l’abbaye, grâce à de savants calculs. Une vie riche, un travail à mi-chemin entre le ciel et la terre. « Il est foutu le temps des cathédrales », chantait Bruno Pelletier. Peut-être, mais visiblement, pas celui des monastères !

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