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Les droits de l’homme, pour l’Occident seulement ?

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Drop of light - Shutterstock

Xavier Patier - publié le 28/09/22

Une phrase du président sénégalais à l’ONU témoigne d’une révolution cachée contre l’universalité des droits de l’homme. En renonçant à leur transcendance divine ou naturelle, remarque l’écrivain Xavier Patier, les Nations unies ont immédiatement fragilisé les droits fondamentaux.

Lors de son premier discours à l’Assemblée générale de l’ONU il y a dix ans, le président de la République sénégalaise, fraîchement élu, avait célébré la « civilisation de l’universel » prônée par son lointain prédécesseur Léopold Sédar Senghor. Il avait affirmé la foi de son pays dans les « valeurs communes » portées par les Nations unies. Dix ans plus tard, le discours du même Macky Sall à la même Assemblée générale a profondément changé. « L’ONU, vient-il de déclarer, ne peut plus fonctionner au nom de valeurs locales érigées en norme universelles. » Que s’est-il passé ? Comment les « valeurs universelles » de la charte des Nations unies et de la Déclaration universelle des droits de l’homme sont-elles devenues, aux yeux du pays subsaharien le plus démocratique et le plus proche de la France, des « valeurs locales » ? Comment l’Occident est-il devenu pour le reste du monde cette province qui continue de faire la leçon, depuis une périphérie arrogante et suspecte ? 

Pas de référence à Dieu ou à la Nature

Il faut, pour tenter de répondre à cette question, commencer par relire l’histoire des textes fondateurs des Nations unies. L’évolution a commencé dès la rédaction des textes fondamentaux après la guerre. La question de la culture sous-jacente aux droits humains a été un sujet de débat pendant l’élaboration de la Déclaration universelle des droits adoptée le 10 décembre 1948. Ses principaux rédacteurs, Eleanor Roosevelt, René Cassin et le juriste chinois Chang, s’étaient inspirés de plusieurs textes antérieurs, tous d’origine occidentale (comme la Déclaration d’indépendance américaine et notre Déclaration des droits du 26 août 1789), mais en prenant soin d’éviter de prendre parti sur l’origine de l’égale dignité des êtres humains afin de ne pas altérer ce qu’ils croyaient être l’universalisme de leur propos. La mission était impossible. Cela avait abouti à la suppression, dans l’article premier de la déclaration, de toute référence à Dieu. Dieu n’était pas assez chinois. Et aussi à la suppression de toute référence à la Nature. La Nature n’était pas assez occidentale.

Soixante ans plus tard, les Européens ont fait un raisonnement analogue : ils ont renoncé à mentionner les racines chrétiennes de l’Europe dans le projet de préambule de la Constitution européenne, pour contourner de potentielles difficultés politiques. Face au risque de malentendu à court terme, on a choisi de taire l’évidence. 

Des notions « culturelles »

Ces choix comportaient un vice à long terme, car l’émasculation des textes a fait sortir de l’Histoire le socle de nos droits fondamentaux. Et, faute de s’asseoir sur une référence historique ou transcendante, nos droits fondamentaux ont été condamnés à être ballotés, sans cesse redéfinis en fonction des modes et des rapports de force. Il n’en est pas ainsi de notre foi chrétienne : Jésus s’est incarné à un certain moment de l’histoire et dans un certain lieu, il est né de Marie alors que Quirinus était gouverneur de Syrie. La Rédemption est ancrée dans l’histoire et la géographie, et elle n’est pas pour autant une « valeur locale ». C’est même tout le contraire. 

Parce qu’elle a renoncé à s’inscrire dans une transcendance divine ou naturelle, la matière des droits fondamentaux inventée par les Nations-unies se trouve fragilisée. La naissance et la mort, par exemple, sont devenues chez les penseurs du droit des notions non pas naturelles, mais bien culturelles comme l’a montré Hannah Arendt. Quand naissons-nous ? Quand mourrons-nous ? Chaque civilisation a sa réponse, nous dit-on. De même, la notion d’humanité s’est mise à se mouvoir. Quand sommes-nous homme ? Quand sommes-nous animal ? La réponse est ici aussi culturelle. L’Unesco est allé jusqu’à adopter en 1978 une déclaration universelle des droits de l’animal, ne craignant pas de qualifier de « génocide » tout acte compromettant la survie d’une espèce sauvage. Son article 3 dispose même que « l’animal mort doit être traité avec décence », ce qui pourrait, pourquoi pas, aboutir à faire interdire le saumon cuisiné en papillotes.

Des frontières mouvantes

Mais restons sérieux. On ne sait plus très bien où s’arrête l’homme entre sa naissance et sa mort et entre son espèce et celle des autres vivants. Des juristes travaillent pour donner bientôt la personnalité juridique aux « avatars » des métavers, ces univers numériques voués à supplanter l’Internet, accordant ainsi à des créatures virtuelles ce qui est refusé au fœtus de chair et de sang. Il n’y a pas non plus, bien entendu, de frontière naturelle entre l’homme et la femme. Ces séparations, nous a-t-on expliqué, sont une question culturelle, donc contingente. Elles sont donc soumises à des progrès scientifiques et à des rapports de force mondiaux en train d’évoluer.

Des droits flottants

Nos droits tremblaient sur leurs bases. La puissance émergente chinoise a jugé le moment propice pour porter le coup de grâce aux valeurs universelles. En 2015, le Parti communiste chinois a pris des positions dignes de la Corée du Nord, en voulant interdire la référence aux valeurs occidentales dans l’enseignement. L’ouverture des années Hu Jintao s’est brutalement interrompue. On a vu, à partir de cette date, les intellectuels chinois se décommander dans les colloques internationaux. Quant aux intervenants occidentaux, ils étaient priés de communiquer le texte à l’avance, officiellement pour traduction en chinois, et en fait pour les soumettre à la censure. Vu de Pékin, les droits de l’homme étaient devenus une sous-culture régionale. Au même moment, la cote marchande des artistes chinois ravissait la première place tenue depuis toujours par les Occidentaux : Zang Daqian et Qi Baishi devenaient universels, tandis que Picasso devenait exotique. Pékin organisait la provincialisation de l’Occident. 

Les droits fondamentaux étaient devenus des droits flottants dont le centre eet partout et la circonférence nulle part.

Peu de temps après, le 4 février 2019, le pape François signait avec l’imam d’Al-Azhar une déclaration affirmant que les différences et le pluralisme des religions étaient « nés d’une sage volonté divine » et qu’il ne fallait pas « imposer » un style de civilisation. Pour nous, chrétiens, l’intention du texte ne peut être lue comme relativiste. Il n’empêche, certains l’ont interprété ainsi. Et l’on ne nous dit pas ce qui doit se passer si le « style de civilisation » qu’il ne faut pas imposer est l’affirmation, par exemple, de l’égalité de l’homme et de la femme. Les droits fondamentaux étaient devenus des droits flottants dont le centre est partout et la circonférence nulle part. C’est dans ce contexte de défaite spirituelle de l’Occident que Macky Sall, en pleine guerre d’Ukraine, prend le parti chinois, c’est-à-dire russe. Face à ce bouleversement, la naïveté nous est interdite. L’Occident judéo-chrétien, pétri de défauts exaspérants, englué dans son péché, maladroit dans les relations internationales, reste le monde où est né la liberté de tous. Ne l’oublions pas dans les heures décisives.

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