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La grande promesse du Sacré Cœur à Valladolid

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Cathopic - Gera Juarez

Anne Bernet - publié le 12/06/22

L’institution liturgique de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus n’a pas été un long fleuve tranquille. Après les apparitions de Paray-le-Monial en 1675, puis celles de Valladolid cinquante ans plus tard au jeune Bernardo de Hoyos, ce n’est qu’au XIXe siècle que l’Église reconnaîtra officiellement la fête solennelle du Sacré Cœur.

Depuis cette fin du XVIIe siècle, la France et ses rois successifs dédaignent les dons du Ciel, révélés à Paray-le-Monial. Le Christ les offre alors à l’Espagne et à la branche des Bourbons installée sur son trône. Ce 14 mai 1733, Jésus déclare au jeune jésuite Bernardo de Hoyos : « Je régnerai sur l’Espagne et y serai plus vénéré qu’en bien d’autres pays. » Ces paroles fondent pour les catholiques espagnols « la grande promesse » qui assure un rôle à part à leur nation. Pour l’heure, ces paroles semblent bien loin de trouver encore leur réalisation… 

L’instauration d’une fête solennelle

Bernardo ne peut que constater les obstacles multipliés auxquels se heurte sa bonne volonté. Certes, le Christ a prévenu que les épreuves seraient nombreuses et que les jésuites doivent s’attendre à en avoir une part exceptionnelle car « la Compagnie ne saurait être mieux traitée que son Capitaine » mais la réussite semble, à vues humaines, impossible. Le 4 juin 1733, lors d’une nouvelle apparition, Bernardo s’entend annoncer l’instauration d’une fête solennelle étendue à toute l’Église en l’honneur du Sacré Cœur, fête qui suivra celle du Corpus Christi, la Fête-Dieu, et sera la plus célébrée après elle. Comme il l’a déjà dit à Marguerite-Marie, Jésus assure que son Cœur triomphera de tous ses ennemis et « qu’à la fin, il régnera », tout comme à Fatima en 1917, Notre-Dame promettra qu’à la fin, son Cœur immaculé triomphera. C’est justement aux deux cœurs unis de la Mère et du Fils que, le 29 juin, Bernardo se consacre, en présence de saint Ignace de Loyola et des apôtres Pierre et Paul qui lui affirment que la fête sera instaurée par un pape à venir. « Ces affaires avanceront au milieu des contradictions » entend-il.

Bernardo comprend qu’il faut publier un livre sur ses révélations mais il ne s’en croit pas capable et c’est finalement avec l’aide d’un autre religieux qu’est composé Le Trésor caché dans le Sacré Cœur de Jésus découvert à notre Espagne, ouvrage édité le 21 octobre 1734 et qui connaît un succès inespéré à la Cour madrilène et dans l’épiscopat espagnol. Après l’avoir lu, Philippe V, à la demande des évêques, renouvelle sa supplique à Rome, sans succès, une fois encore. Du moins le roi ne se décourage-t-il pas.

À son confesseur qui lui demande s’il ne souhaite pas guérir pour continuer l’œuvre dont le Christ l’a chargé, le malade répond qu’il s’en remet en tout et pour tout à la volonté du Sacré Cœur.

Les révélations se poursuivent

Pendant ce temps, les révélations se poursuivent. Ordonné prêtre le 2 janvier 1735, Bernardo est transporté spirituellement au Jardin des Oliviers pour assister à l’agonie du Rédempteur ; là lui est révélée sa mission de consolateur du Sacré Cœur rassasié d’opprobres et brisé de douleur. Il l’accepte. Elle sera finalement brève. Au début de l’automne, le jeune prêtre contracte la typhoïde qui l’emporte le 29 novembre à l’âge de 24 ans. À son confesseur qui lui demande s’il ne souhaite pas guérir pour continuer l’œuvre dont le Christ l’a chargé, le malade répond qu’il s’en remet en tout et pour tout à la volonté du Sacré Cœur. Cette volonté sera de le rappeler à lui. Si le grain ne meurt, il ne peut porter de fruit. 

Bien que les démarches du roi aient été infructueuses, le Ciel a manifestement pris en compte les efforts de Philippe V et, pendant presque tout le XVIIIe siècle, l’Espagne est préservée d’abord des erreurs jansénistes qui mineront longuement l’Église de France, puis de la philosophie des Lumières. Le livre des révélations à Bernardo de Hoyos connaît une diffusion inespérée et entraîne la création de plusieurs centaines de confréries du Sacré Cœur à travers le pays. Cet état de grâce durera aussi longtemps que la Compagnie de Jésus, finalement expulsée d’Espagne en 1767, comme elle l’a déjà été du Portugal et de France, avant d’être supprimée par Rome en 1773.

L’Espagne est consacrée au Sacré Cœur

Avec la disparition des fils de Saint Ignace, « les pandours du pape » comme les appelle en ricanant Voltaire, nombre de remparts intellectuels contre les idées opposées au catholicisme vont en effet commencer à céder. La pensée des Lumières gagne la péninsule qui souffrira bientôt des retombées de la Révolution française. Suivent l’invasion napoléonienne et ses atrocités, l’exil de la famille royale à Valençay. Là, le roi détrôné et l’Infant opèrent un retour sur eux-mêmes et reviennent à la foi. Comme leur cousin Louis XVI en 1792, ils se tournent vers le Sacré Cœur afin d’obtenir la fin de leurs malheurs ; à sa différence, ils seront exaucés. Sitôt de retour à Madrid, ils réitèrent les démarches jadis infructueuses tentées par Philippe V. Avec succès cette fois puisque Pie VII, lui-même échappé à « l’Ogre de Corse » accorde en 1814 la messe et la fête solennelle du Sacré Cœur à l’Espagne et ses possessions, fête que Pie IX étendra à toute la catholicité en 1856. Cette même année 1814, l’Espagne est consacrée au Sacré Cœur.

À l’occasion du centenaire de cette consécration, le roi Alphonse XIII, qui attribue au Sacré Cœur la guérison d’une maladie qui aurait dû le tuer décide de marquer de manière spectaculaire son attachement et celui du royaume au Christ. Il fait élever sur le Cerro de los Angeles, la Colline des Anges, centre géographique de l’Espagne un ensemble monumental surmonté d’une gigantesque statue du Sacré Cœur. Dans le même temps, les travaux se poursuivent dans l’ancienne chapelle Saint-Ambroise de la maison des jésuites de Valladolid devenue le sanctuaire national de la Grande Promesse.

Les haines accumulées

Il faut certainement attribuer à ce geste la préservation de l’Espagne pendant la Première Guerre mondiale. Cette protection n’aura qu’un temps… Avec la Guerre civile espagnole, les haines accumulées contre l’Église et le catholicisme se déchaînent, faisant des martyrs par milliers. Parce que, parmi les troupes nationalistes, beaucoup de combattants, tels les bataillons de Requetes, héritiers des traditions des Carlistes du XIXe siècle, arborent, comme autrefois en France les chouans et les Vendéens l’insigne du Sacré Cœur, celui-ci, regardé comme un emblème contre-révolutionnaire, focalisent les haines. Début août 1936, communistes et anarchistes s’emparent du Cerro de los Angeles et, dans une mise en scène qui marquera les mémoires catholiques espagnoles, fusillent la statue du Sacré Cœur, transperçant, une fois encore, de leurs balles, celui qui a tant aimé les hommes et n’en a reçu en retour qu’amertume… Le 7 août, le monument est dynamité. Reconstruit, il témoigne encore aujourd’hui, tout comme la basilique de Valladolid, rivale méconnue en France du Sacré-Cœur de Montmartre, de la fidélité divine à ses engagements.

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