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Surenchère écologique et fracture générationnelle

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Victor Joly / Shutterstock

Tugdual Derville - publié le 21/04/22

L’entre-deux-tours de l’élection présidentielle a vu le retour des promesses écologiques. Derrière le centralisme jacobin de l’un, le localisme de l’autre, Tugdual Derville, co-initiateur du Courant pour une écologie humaine, voit surtout monter une fracture générationnelle.

Grand débat du 20 avril : quand Emmanuel Macron reproche à Marine Le Pen d’être climatosceptique, elle s’en défend et l’accuse d’être « un peu climato-hypocrite ». C’est sur ce mode que la perspective du second tour a vu l’irruption des questions écologiques. Elles étaient jusqu’ici secondaires dans l’affrontement entre les deux finalistes. Malgré l’échec du seul candidat estampillé écologiste, Yannick Jadot, sous la barre des 5%, l’entre-deux-tours de la campagne présidentielle a donc vu surgir une thématique négligée pendant la « drôle de campagne » en vue du premier tour qu’ont subi les Français. Le Covid, l’Ukraine et la situation économique ont monopolisé l’attention. Mais il faut maintenant engranger le maximum de votes parmi ceux qu’a reçus le médaillé de bronze du premier tour. Or, Jean-Luc Mélenchon, qui s’était largement approprié ce thème, a siphonné les suffrages des plus jeunes électeurs. Comment les récupérer ?

La communication d’Emmanuel Macron a visiblement travaillé au « changement de pied » dénoncé par son adversaire : le 16 avril, en terres mélenchoniennes, sur la pelouse au public clairsemé du Pharo qui surplombe la cité phocéenne, le président-candidat a sorti de son chapeau un « Premier ministre chargé de la planification écologique » auxquels rendront compte deux nouveaux ministres, l’un pour la « planification énergétique », l’autre pour la « planification écologique territoriale ». « À Marseille, Macron devient le candidat de l’écologie » ont aussitôt titré les Echos. Plus le temps de demander des précisions sur cette planification. Il suffit pour le président-candidat de déclarer d’emblée qu’il a entendu le « message » : « Celui qu’une bonne partie de nos compatriotes nous ont fait entendre le 10 avril. Un message fort pour mettre l’environnement au cœur de notre campagne. » Et de faire référence au tout récent rapport du GIEC. Particulièrement alarmiste à propos du réchauffement climatique, ce texte met en demeure les signataires de l’accord de Paris de le respecter dans les trois ans.

Centralisme jacobin

Après avoir vanté le bilan écologique de son premier mandat, le président sortant a donc multiplié les annonces en s’engageant à accélérer et « doubler la vitesse » : purification de l’air dans les établissements publics, dont les effets se feront sentir dès cette année, plantation de 140 millions d’arbres, fermeture de « 50 grandes décharges à ciel ouvert », formation de 400.000 personnes aux métiers de la transition écologique, création d’un Haut Conseil pour le climat, instauration d’une « fête de la nature », le quatrième samedi de mai ! Presque un inventaire à la Prévert. À moins que ce ne soit le sous-préfet aux champs d’Alphonse Daudet. Car tout cela fleure le centralisme jacobin : l’État et son administration veillent sur les territoires et les citoyens, plutôt que de compter sur les initiatives locales et la responsabilité de chacun pour réaliser la révolution écologique. « Paroles, paroles ! » semblent d’ailleurs penser les leaders écologistes, devant l’accélération promise par le candidat-président. Mais ils sont encore plus sévères avec son adversaire.

La voie du localisme

Du côté de Marine Le Pen, présentée comme « à l’extrême opposé de l’écologie » par Reporterre, « le quotidien de l’écologie », on défend le « localisme » : un patriotisme commercial pour contrer le libéralisme, le libre-échangisme et « l’écologie punitive » d’Emmanuel Macron, que subissent les classes populaires, alors que les riches n’en sont pas gênés. Le programme de la candidate affirme que « l’écologie est incompatible avec l’ouverture des frontières » ; elle avance l’intérêt écologique de la relocalisation des industries, et de l’encouragement des circuits locaux, grâce à sa fameuse « préférence nationale » assortie d’une interdiction d’importer des produits issus de la déforestation.

Emmanuel Macron a fait « le plein des vieux », tandis que Jean-Luc Mélenchon, l’indigné, a capté l’éco-anxiété qui mine les nouvelles générations.

L’amie des chats prend aussi soin d’intégrer à cette relocalisation la lutte « contre la souffrance animale » (sujet qui monte dans l’opinion publique), en dénonçant le multiples coûts éthiques et écologiques du transport des animaux vivants. Les deux finalistes misent fortement sur le nucléaire, mais seule Marine Le Pen promet le démantèlement de l’éolien, à la fin de vie des installations actuelles. Le président sortant, qui juge le programme Le Pen incohérent et irréaliste, prévoit de vastes champs d’éoliennes en mer.

Derrière l’affrontement classique d’entre-deux-tours, se dissimule l’élément marquant qui a sauté aux yeux des équipes de campagne : Emmanuel Macron a fait « le plein des vieux », tandis que Jean-Luc Mélenchon, l’indigné, a capté l’éco-anxiété qui mine les nouvelles générations. Une fracture générationnelle d’une ampleur inédite — à propos de l’écologie — vient s’ajouter aux tensions qui ébranlent la société française. Maria Montessori encourageait une éducation des jeunes à la gratitude pour l’héritage légué par leurs ancêtres. On s’en éloigne… Toutefois, la radicalité d’une part importante de la jeunesse — très active aux deux extrêmes de l’échiquier politique — peut aussi être vue avec bienveillance, dans la mesure où c’est sa façon de plaider pour que change un système et des modes de vie qu’ils jugent, avec de bonnes raisons, à la fois injustes et intenables.

Tags:
ÉcologiePolitiquePrésidentielle
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