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« Consubstantiel », une vérité retrouvée

HOLY TRINITY

Renata Sedmakova | Shutterstock

Michel Bastit - publié le 18/12/21

Que signifie le terme « consubstantiel » dans la nouvelle traduction du Credo ? À l’aide de la métaphysique, le philosophe Michel Bastit explique pourquoi les trois personnes divines de la Trinité sont davantage que des individus dans une espèce : le Père, le Fils et l’Esprit ne sont pas trois dieux, ils sont tous trois le même Dieu unique.

La traduction française de l’ordinaire de la messe utilise désormais, dans sa traduction du Symbole de Nicée-Constantinople, le terme « con-substantiel », c’est-à-dire « qui partage une même substance », pour traduire le plus exactement possible le grec homo-ousios (« de substance identique »). Pour comprendre l’enjeu de cette importante amélioration, il faut essayer de comprendre le sens de ce terme vénérable, utilisé en latin depuis le troisième siècle de notre ère. 

Au préalable, on rappellera bien sûr que le mystère de la très Sainte Trinité reste en tout état de cause un mystère et qu’il n’est pas question de prétendre le comprendre : ce serait comprendre Dieu en lui-même et donc le mesurer aux capacités de notre intellect, c’est-à-dire le ramener à notre propre mesure. Néanmoins, il convient de chercher à pénétrer le contenu de la foi de la manière la plus juste possible, de nous en approcher au plus près, afin de célébrer ce mystère dans la vérité et de ne pas le déformer. Il s’agit au contraire de le contempler humblement. Pour cela, il est nécessaire de faire appel à la seule science humaine capable de parler des réalités non matérielles, à savoir la métaphysique. Le mystère n’est pas connu par la métaphysique — c’est la Révélation qui nous le donne à connaître —, mais c’est la métaphysique, explorant le contenu du mystère, qui peut l’approcher au mieux des capacités humaines et sans erreurs.

Ni trois dieux, 

Deux erreurs principales sont en effet à éviter ici. La première erreur consiste à s’imaginer qu’il y aurait trois dieux (trithéisme), la seconde serait de s’imaginer qu’il y aurait un Dieu tellement un qu’il serait impossible d’y distinguer autre chose que des noms ou des aspects divers exprimant sa richesse (sabellianisme). La formule de la traduction française précédente, « de même nature que le Père », pouvait aisément inciter à l’erreur du trithéisme. « De même nature » ouvrait en effet la possibilité de comprendre la Trinité comme combinant une unité spécifique avec une diversité individuelle. Ainsi, dans la nature canine, on connaît les individus nommés Médor, Fidèle, Azor, etc. Dans la nature équine, les individus Roquépine, Ourasi, etc. Partageant la même nature humaine, nous pouvons citer Pierre, Paul, Jean, François… Il y a bien une certaine unité entre ces individus de la même espèce, mais il s’agit d’une unité faible, l’unité de l’espèce justement. Cette unité se conjugue avec une pluralité, mais c’est une pluralité individuelle et numérique. 

Les Personnes de la Sainte Trinité sont une seule substance, c’est-à-dire une seule essence divine numériquement une, et non une essence appartenant à une espèce et partagée par trois individus.

Le terme « consubstantiel » va à l’encontre de cette manière de comprendre l’unité trinitaire ; autrement dit, les trois personnes divines ne sont pas des individus dans une espèce, leur unité est plus forte. Elle est une unité substantielle. La substance est ici conçue comme la possession de la forme et de l’essence numériquement une.  Ainsi, par exemple, l’âme est numériquement une pour chacun des individus humains. Les Personnes de la Sainte Trinité sont une seule substance, c’est-à-dire une seule essence divine numériquement une, et non une essence appartenant à une espèce et partagée par trois individus. Le Père, le Fils et l’Esprit ne sont pas trois dieux, mais ils sont tous trois le même Dieu unique. Ils partagent la même essence divine, numériquement unique. 

Une meilleure expression

Mais cette unité consubstantielle n’exclut nullement la pluralité personnelle. La personne se situe à un niveau différent de celui de la substance, et toutes les substances ne sont pas des personnes. Sans creuser davantage ici la notion de personne, approfondissement nécessaire pour pénétrer plus avant dans le mystère trinitaire, mais dépassant le cadre de cette tribune, il est déjà possible de comprendre que, puisque l’unité se situe au niveau de la substance, et qu’il y a une différence nette entre la personne et la substance, alors il peut y avoir, et il y a, selon la confession de foi, une unité de substance, c’est-à-dire une unité consubstantielle, compatible avec une pluralité de personnes. La restauration du terme « consubstantiel » n’est donc pas un caprice. Elle est une meilleure expression de la réalité unitaire fondamentale du Dieu Trinité.

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