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Ces stages de ressourcement qui présentent des dérives sectaires

GROUPE DE PAROLE

© Rawpixel.com - Shutterstock

Père Pierre Vivarès - publié le 13/11/21

Chaque semaine, le père Pierre Vivarès, curé de la paroisse Saint-Paul à Paris, apporte ses réponses de pasteur aux questions rencontrées dans la vie quotidienne. Il attire l’attention aujourd’hui sur les stages de formation ou de "ressourcement" présentant des dérives sectaires.

J’ai reçu récemment une personne qui a été invitée à une session de « masculinisme » et qui m’en a décrit le contenu. Ces sessions, souvent des week-ends à la campagne, ont pour but de permettre aux hommes de renouer avec leur masculinité, leur virilité, leur assurance, leur côté guerrier ou dominant. Cette personne m’a fait part d’actions de groupe qui peuvent relever de dérives sectaires : manque de sommeil, de nourriture, nudité publique, humiliation, jeux de rôles traumatiques, exigence du secret sur les ateliers vécus, surveillance par un encadrement nourri… 

Il m’a fait part aussi de l’importance du nombre d’hommes issus de catégories socio-professionnelles supérieures et de chrétiens de tradition ou convaincus. Il regrettait d’avoir participé à ce stage, l’ayant trouvé dégradant, violent, sujet à des dérives sectaires ou à des décompensations psychiques possibles pour ceux qui y participent. 

Être vigilant

Nous allons voir se développer de plus en plus ce genre de week-ends de formation, d’intégration, de « redécouverte de son identité » dans le climat de néo-paganisme au sein duquel nous vivons désormais. Entre la gnose d’un petit groupe de sauvés et une spiritualité New Age pour obtenir le Salut, cela rappelle aussi les bizutages des écoles ou des grandes écoles mais là il s’agit d’adultes. Seraient-ils des adolescents attardés qui ne se sont pas encore trouvés et qui ont encore besoin de rites initiatiques pour savoir qui ils sont vraiment ? Sont-ils seulement des personnes qui ont besoin de se ressourcer loin d’un cadre professionnel ou familial ? Les dérives violentes de certains bizutages ont été dénoncées et doivent l’être encore ; je crois qu’il nous faut être aussi vigilants sur ces stages qui veulent créer un groupe, une appartenance, un sentiment de domination et de certitude. 

Il est vrai que notre nature humaine est sociale et que nous appartenons à des groupes qui ont leur langage, leur code, leur système d’intégration, leurs rites et symboliques. J’ai été scout, militaire, dans une école riche de traditions et je suis dans l’Église : tous ces groupes contiennent traditions, efforts, culture et rite d’intégration. Mais à quel moment ces rites deviennent dangereux ? Quelques critères peuvent aider à discerner et à dire non, aussi bien dans un bizutage d’école pour les adolescents et jeunes que pour des week-ends de « ressourcement » ou de « virilisme » d’adultes.

La culture du secret

Si une certaine pédagogie dans un dévoilement progressif est nécessaire au cours de toute retraite ou formation collective, la culture du secret est un premier point de vigilance : si avant on ne sait pas ce qu’il va se passer, si pendant on ne voit pas où cela mène et si après il ne faut plus en parler, nous ne sommes pas loin d’une dérive sectaire. Dans la formation, l’accompagnement et la célébration des sacrements de l’Église rien n’est secret : le Salut est ouvert à tous et ne contient rien qui doive être caché à ceux qui ne seraient pas initiés. Qu’un groupe — tel qu’il soit — cultive un secret du contenu, de la méthode ou de l’objectif signifie qu’il veut séparer l’humanité entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Aucune fraternité humaine n’est possible dans ce cas, aucune charité chrétienne ne l’est non plus. 

Le respect de la dignité de chaque personne doit demeurer le point non négociable : aucun propos ou comportement dégradant ne doit être toléré, pour soi ou pour les autres.

Le respect de la dignité de chaque personne doit demeurer le point non négociable : aucun propos ou comportement dégradant ne doit être toléré, pour soi ou pour les autres. On ne peut tolérer non plus la dépersonnalisation (on vous enlève votre portefeuille, votre téléphone et jusqu’à votre nom que l’on remplace par un numéro ou un nom d’animal) ; de même que la mise à nu physique ou psychique, forcée ou fortement encouragée, ne sont acceptables. Certains jouent avec la psyché humaine en faisant revivre des événements traumatiques ou des blessures narcissiques à travers des jeux de rôles violents qui réitèrent ces chocs dans l’optique de les guérir. L’on ne peut pas s’improviser psychiatre ou psychologue et la violence, quelle qu’elle soit, ne peut pas être un chemin de guérison. 

La sagesse des pèlerinages

Il faut aussi récuser toutes les méthodes qui affaiblissent la liberté et le discernement comme le manque de sommeil ou de nourriture, la pression du groupe, le fait de se savoir surveillés. Les phénomènes de groupe ou de bande sont dangereux pour le discernement et la liberté individuelle. Notre histoire montre que des phrases comme « Je n’ai fait qu’obéir » ou « J’ai fait comme tout le monde » sont la chaussée des pires atrocités. Le Moyen Âge a vu se développer les pèlerinages, en différents lieux de chrétienté. Ces pèlerinages permettaient tout ce que ces stages veulent offrir : une dimension collective, un effort physique, une vie sobre, des temps de méditations et de réflexions, un objectif. Il fallait du temps pour cela, des semaines ou des mois. Une fois de plus notre société veut aller trop vite, juste le temps d’un week-end même avec le spirituel, et remédie au peu de temps disponible par l’intensité de l’événement, voire par sa violence. C’est une erreur : il faut prendre soin de son âme.  

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