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Saint Brice le coléreux, tourment de saint Martin

SAINT BRICE

© Ralph Hammann - Wikimedia Commons — Travail personnel, Domaine public

Anne Bernet - publié le 12/11/21

Avant de devenir évêque de Tours, Brice fut un moine rénégat, coléreux incorrigible, qui toute sa vie éprouva la patience de saint Martin. Il est fêté par l’Église le 13 novembre.

Certains saints, on le sait, reviennent de loin, et parfois de très loin. Tel est le cas de Brice, quatrième évêque de Tours, qui accumula les fautes et même les reniements mais que la patience et l’affection de Martin ramenèrent dans les voies de Dieu. Lors de son arrivée forcée à Tours, en 371, Martin, arraché par ruse et violence à son abbaye poitevine de Ligugé, découvre un diocèse en piteux état, un clergé mondain et sans charité ; afin d’y remédier, il fonde un monastère, Marmoutier, où des clercs, formés à la dure école de la vie monastique, seront, dans quelques années, les armatures d’un renouveau sacerdotal.

Un pardon exaspérant

Parmi les jeunes gens attirés par ce choix de vie radical, il en est un pour lequel Martin a éprouvé d’emblée de la tendresse et de l’inquiétude. Fils de bonne famille, éduqué, cultivé, Brice se donne à Dieu dans un premier temps avec la générosité de son caractère entier, et il devient moine. Les rigueurs de la règle ne l’effraient pas, mais, après quelques années, il a le sentiment d’étouffer dans cette vie trop paisible. Son tempérament emporté, une violence sous-jacente, que, malgré les conseils spirituels de Martin, il ne parvient pas, ou ne veut pas, mettre au service de Dieu en les dominant et les transcendant, ont repris le dessus et l’existence, avec ce coléreux aux crises de rage incontrôlables, devient difficile à Marmoutier. Des frères se plaignent, réclament des punitions, voire le renvoi d’un compagnon devenu odieux. Martin fait le sourd à ces demandes et il se montre plus paternel que jamais avec Brice, au grand dam de celui-ci qui, hésitant à rompre spontanément ses vœux de religion, aurait préféré être renvoyé.

Des bonnes âmes, dans un grand élan de charité, suggèrent à Martin de mettre un terme au scandale en mettant Brice en prison, en l’excommuniant et en le réduisant à l’état laïc.

La bonté de Martin, sa patience, sa façon de l’excuser envers et contre tout, au lieu de l’attendrir, finissent par l’exaspérer ; il se laisse maintes fois aller à lui parler insolemment et, toujours, Martin pardonne. Sans corriger le garçon qui, un matin, quitte Marmoutier pour rentrer dans le monde. Si, encore, il avait opté pour une profession honnête… Mais non ! Dégoûté de la pauvreté monacale, Brice veut gagner de l’argent, beaucoup, et, pour cela, il choisit l’un des métiers les plus honnis de cette société romaine en voie de christianisation généralisée : marchand d’esclaves. Et, pour faire bonne mesure, il s’établit à Tours, sous le nez de Martin.

Incapable de se défendre

Dans un Empire où temporel et spirituel ont un peu tendance à trop se mélanger, dérive contre laquelle Martin ne cesse de lutter, les pouvoirs de l’évêque sont aussi ceux d’un haut magistrat et, à ce titre, un prélat peut faire arrêter, condamner, emprisonner, châtier pénalement les membres de la communauté, à plus forte raison les clercs, qui dévient de la droite voie. Des bonnes âmes, dans un grand élan de charité, suggèrent à Martin de mettre un terme au scandale en mettant Brice en prison, en l’excommuniant et en le réduisant à l’état laïc. Martin déteste ce genre de procédés ; par principe, il n’y recourt jamais, pas plus avec Brice qu’avec un autre. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ceux qui ne l’aiment pas maugréent qu’il est faible et incapable de diriger l’immense province ecclésiastique de la Lyonnaise Troisième. Au lieu de condamner Brice, il décide d’aller le voir, car il ne désespère pas de lui. Cette révolte du jeune homme n’aura qu’un temps, il en est sûr ; sinon, pourquoi ce pécheur public garderait-il farouchement la chasteté ?

Les explications entre Martin et Brice sont douloureuses. Chaque mot prononcé par l’évêque, avec une bonté désarmante, atteint Brice au cœur. Tout ce que dit Martin est juste, il le sait, et lui n’a que des torts dont il devrait se repentir. Alors il se tait, incapable de se défendre. Pourtant, Martin parti, Brice, au lieu d’opérer un retour sur lui-même et de méditer les avertissements de son maître, se prend à regretter son silence et à songer à tous les arguments qu’il aurait pu opposer à ce pénible vieillard. Toute la soirée, toute la nuit, il repense à leur conversation, ressasse des reproches qu’il estime maintenant insupportables et, au fil des heures, une colère démente s’empare de lui. À l’aube, ivre de rage, il court vers Marmoutier dans l’intention de dire ses quatre vérités à Martin.

Une emprise démoniaque

Celui-ci l’attend, paisible, en prière. Derrière son disciple égaré, il voit, distinctement, deux démons ricanants qui excitent le garçon tombé en leur pouvoir. Un interminable moment, Brice, possédé, hurle contre Martin, lui jette à la face toutes les ignominies, tous les mensonges, tous les reproches qui lui passent par l’esprit, sans lui tirer autre chose que : « Brice, mon petit, voyons… » À bout d’arguments, désarmé par le silence de sa victime, le forcené s’en va à toutes jambes, comme s’il fuyait les lieux d’un forfait. Martin, quant à lui, prie toujours ; il demande à Dieu de libérer Brice de l’emprise démoniaque. Et voilà que, soudain, Brice s’arrête, bouleversé, conscient brusquement de ses actes, accablé de honte mais, au lieu de laisser cette honte le submerger, il revient sur ses pas, en larmes, tombe aux genoux de Martin, et lui demande pardon. Absous, il est autorisé à reprendre la vie religieuse, à la stupeur horrifiée des autres moines. Pis encore, Martin conduit Brice au sacerdoce et l’installe près de lui pour l’assister dans ses fonctions. 

À l’exemple de son défunt maître, Brice prie, se sacrifie, se mortifie, progresse en sainteté.

En fait, cette conversion, pour sincère, n’a pas entièrement corrigé l’épouvantable caractère de Brice. S’il ne cède plus à la violence, il continue à piquer de terribles colères, même en public, et à dire alors tout ce qui lui passe par la tête. Un jour qu’un visiteur lui demande où trouver Martin, il lui désigne l’évêque, à l’autre bout de la place, perdu dans une extase, et dit, méprisant : « Si c’est ce délirant que tu cherches, regarde ! C’est cet homme là-bas qui regarde le ciel tel un dément. » La distance entre eux est bien trop grande pour que Martin ait entendu, pourtant, un instant après, il dit doucement à Brice : « Alors comme cela, je suis un dément qui délire ? » Puis, les yeux dans les yeux, il ajoute, très sérieux : « En vérité, Brice, je te le dis, j’ai obtenu de Dieu que tu me succèdes ici comme évêque. Mais sache que tu devras endurer, tout ton épiscopat, de bien terribles adversités. » 

La prophétie de Martin

Succéder à Martin sur le siège épiscopal ? À vues humaines, cela relève en effet du pur délire. Brice est haï de tout le clergé de la Lyonnaise Troisième. Pour ceux, minoritaires, qui détestent Martin à cause de sa gênante sainteté, il est l’un des disciples de cet évêque trop exemplaire et dérangeant ; pour la majorité, qui vénère Martin comme un saint, il est l’homme pénible et imprévisible qui fait trop souvent du quotidien de Martin un cauchemar, même si, lorsque ses proches le lui disent, l’évêque répond : « Jésus a supporté Judas ; je peux bien supporter Brice. » Le prêtre, après cette étrange prophétie, secoue la tête et, prenant à témoins ceux qui les entourent, il s’exclame : « N’ai-je pas cette raison, cette fois, de dire que cet homme raconte des insanités ! » et il éclate d’un rire sans méchanceté. Il oublie que Martin peut beaucoup sur le cœur de Dieu.

En novembre 397, après la mort de Martin, le presbyterium tourangeau confère en effet l’épiscopat à Brice, bras droit du défunt. Et, contre toute attente, le moine en rupture de ban, le prêtre coléreux se transforme en évêque édifiant. À l’exemple de son défunt maître, Brice prie, se sacrifie, se mortifie, progresse en sainteté. Pour certains, dans cette réalité et dans l’autre, une telle métamorphose est intolérable. Il faut se débarrasser de ce trop saint prélat. Un matin, une vierge consacrée qui travaille à l’évêché avoue avoir manqué à ses vœux et se trouver enceinte. Quant au père, elle le nomme : c’est l’évêque !

Le Ciel à témoin

Brice prend le Ciel à témoin de son innocence. Même aux pires moments de sa jeunesse coupable, il n’a jamais manqué à la chasteté et, pour le prouver, il accepte une ordalie : ramassant à pleines mains dans la cheminée des tisons ardents, il traverse la ville et va les déposer sur la tombe de Martin. À la stupeur générale, ni les mains ni les vêtements de Brice ne portent la moindre trace de brûlure. Cela n’empêchera pas ses ennemis de l’expulser de la ville et de lui élire, deux fois, un remplaçant. Deux fois, cet évêque illégitime mourra au bout de quelques mois. Alors, Brice, qui a fait appel devant le pape Zosime et devant l’empereur de son renvoi immérité, sera rappelé à Tours après sept ans d’exil. Il y mourra en 444, entouré d’une incontestable réputation de sainteté.

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