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Granville : la pêche miraculeuse de Notre-Dame du Cap Lihou

Cap Lihou, Granville

© Martin Bertrand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Anne Bernet - publié le 25/10/21

Deuxième étape de notre tour de France des sanctuaires marials du mois du Rosaire, la petite chapelle à l’origine du port de Granville, bâtie pour accueillir une mystérieuse statue de la Vierge pêchée dans les flots.

Il y a si longtemps que les chroniqueurs en ont perdu la date, mais ce devait être au XIe ou XIIe siècle, quelques pêcheurs qui relevaient leurs casiers dans les roches du Cap Lihou, face au Mont Saint-Michel, s’étonnèrent de les trouver anormalement lourds. Peinant et s’échinant, ils parvinrent enfin à les tirer de l’eau et comprirent qu’ils avaient fait ce jour-là une pêche miraculeuse. En effet, en plus des tourteaux et des homards, abondants en ces parages, les marins avaient pris dans leurs filets une statue en pierre de la Vierge à l’Enfant.

D’où venait-elle ? Comment était-elle arrivée en ces parages ? Nul n’en saurait jamais rien. S’agissait-il d’une œuvre destinée au Mont-au-péril-de-la-Mer ou à quelque sanctuaire de Bretagne ? La nef qui la transportait avait-elle jadis fait naufrage dans les environs ? Prise dans un coup de vent, trop chargé, le navire avait-il été contraint de lâcher du lest, donc de jeter à l’eau l’image sainte ? La statue avait-elle appartenu, des siècles auparavant, à une église bâtie sur le promontoire du Cap Lihou détruite lors des invasions vikings ? Les pirates du Nord avaient-ils précipité la Sainte Vierge dans les flots ou les bonnes gens l’y avaient-ils dissimulée ? 

Du hameau à Grand-Ville

Peu importait au fond et les pêcheurs du Cap Lihou n’allèrent pas chercher si loin. Habitués des fortunes de mer, ils prenaient sans rechigner ce que l’océan, et le Ciel, leur envoyait. Reconnaissants, convaincus que Notre-Dame, si elle avait choisi de reparaître ici, devait s’y trouver bien, ils lui construisirent une modeste chapelle au-dessus de l’endroit où ils l’avaient repêchée. Ainsi naquit Notre-Dame du Cap Lihou. 

Rapidement, la présence de la statue miraculeuse attira du monde et le modeste hameau prit de l’importance, au point de se rebaptiser Grand-Ville…

Rapidement, la présence de la statue miraculeuse attira du monde et le modeste hameau prit de l’importance, au point de se rebaptiser Grand-Ville, ce qui était un peu exagéré. Grâce au pèlerinage, cependant, ce nom devenait de plus en plus mérité et les foules accouraient de tout l’Ouest car, disait-on, Notre-Dame du Cap Lihou opérait « souvent de bons et apparents miracles ».

Main basse des Anglais

Granville grandissait et, tandis que la Guerre de Cent ans faisait rage, les Anglais s’avisèrent que, roc planté dans les flots, la place était stratégiquement d’autant plus intéressante qu’elle fait face au Mont-Saint-Michel, dernier bastion encore au pouvoir des Français dans tout le quart ouest du pays. Psychologiquement, cette résistance d’une poignée de chevaliers français face à toute l’armée anglaise a quelque chose de démoralisant, d’autant que l’on prétend avoir vu, maintes fois, l’Archange descendre des nuées afin de secourir les assiégés. 

Amener des renforts et posséder un port où les débarquer serait utile. Voilà comment un capitaine anglais, Thomas de Scales, jette son dévolu sur « la roque de Granville » et contraint le seigneur des lieux, le comte d’Argouges, à lui abandonner ses droits sur l’endroit, en échange d’un « chapel », autrement dit une couronne, de roses rouges chaque année. Ces fleurs sont, en vérité, destinées à Notre-Dame du Cap Lihou, façon de rappeler qu’elle demeure l’unique maîtresse de Granville. Au demeurant, cela inquiète un peu les Godons, pas très assurés de la légitimité de leur prise de possession. Dans l’idée de se concilier les bonnes grâces de la Sainte Vierge, ils entreprennent, en 1439, de lui édifier une vaste et belle église en place de la chapelle de pèlerinage. Ce geste ne les empêche point d’être chassés de Granville dès 1442. 

Vengeance ou simple coïncidence, les Français constatent peu après leur victoire que la vénérable image de Notre-Dame du Cap Lihou a disparu de l’église aussi mystérieusement qu’elle y était arrivée. Ils décident alors de faire réaliser une nouvelle statue de calcaire pour remplacer l’ancienne et les Granvillais reportèrent aussitôt sur elle leur ancienne dévotion, tandis que, de génération en génération, ils ne cessaient d’embellir l’église que les rois de France entouraient de privilèges.

Notre-Dame protectrice

Patronne de Granville et des marins, Notre-Dame du Cap Lihou protège sa cité contre les périls en tous genres. Elle en donne une preuve dans les années 1770, lors d’une attaque anglaise contre le port. Les boulets pleuvent depuis la flotte anglaise en direction des fortifications et de la ville ; ils auraient dû les écraser sous leur feu. Or, en dépit de tous les efforts des canonniers ennemis, qui, dix fois, refont leurs calculs et rectifient leurs pointages, tous les projectiles vont sans exception s’écraser sur la plage en contrebas sans qu’un seul atteigne la cité ou ses habitants. Reconnaissants, les Granvillais firent placer sur un pignon de l’église une statue de Notre Dame tenant entre ses mains l’un des fameux boulets.

Si les corsaires et les terre-neuvas ne viennent plus remercier Notre-Dame du Cap Lihou du bon succès de leurs campagnes, les marins pêcheurs comme les plaisanciers lui conservent toute leur vénération. L’atteste la foule qui se presse, chaque premier dimanche d’août, autour de sa statue, descendue du Roc pour la bénédiction des flots et les prières en mémoire des hommes péris en mer.

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