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La chasse, ouverture au mystère de la Création ?

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P Deliss I Godong

Vitrail représentant l'apparition du cerf à saint Hubert.

Xavier Patier - Publié le 20/09/21

Pour les chasseurs, la rentrée est le temps de l’ouverture. Notre chroniqueur Xavier Patier y voit une ouverture à la Création. Dans la brume et l’odeur de la pluie, le chasseur assume son statut de créature, dans le respect et l’émerveillement de toute la nature.

Rentrée des classes, rentrée sociale, rentrée littéraire, rentrée politique : septembre est un mois ou l’on n’en finit pas de rentrer. Il y a dans le terme « rentrée » la rassurante idée d’un retour dans ses pénates. Pourtant il ne s’agit nullement de rentrer quelque part, mais bien de s’enfoncer vers l’inconnu. Rentrer chez soi après un long voyage, c’est entrer chez un autre. La rentrée n’est jamais une régression. Elle est toujours une aventure. Et septembre est aussi, pour ce million de Français discrets et étranges qui aiment la brume, l’odeur de la pluie et la mélancolie des jours qui raccourcissent, le mois d’ouverture de la chasse. Cette rentrée-là s’appelle une « ouverture ». Elle nous ouvre à l’émerveillement. Elle nous plonge dans le mystère du cosmos. La chaleur d’août nous avait repliés sur nous-mêmes ; les premiers froids nous ouvrent l’horizon. 

L’écologie abstraite contre la biodiversité

Pourtant la chasse est prise dans un étau. Les chasseurs sont les mal-aimés du nouveau monde en train de naître. La culture urbaine vit d’abstraction. La chasse nous plonge dans le réel. Le chasseur est un contemplatif ; l’internaute est un dispersé. L’homme des bois, émerveillé et ingénieux, ressemble trop à ce dont rêvait le Créateur quand il a eu l’idée de l’homme. Il est pris en tenaille entre l’exploitation violente de la nature par l’industrie et sa sanctuarisation — parfois tout aussi violente — par des diktats écologiques confinant à l’absurde.

Ici se trouve le signe de contradiction : le chasseur assume son statut de créature, quand l’homme post-moderne, épris d’une biodiversité théorique et d’une écologie morale, le refuse.

Un exemple parmi cent autres : en 2020, le gouvernement avait décidé d’interdire dans les grandes cultures les insecticides à base de néocotinoïdes, produits responsables de la disparition non seulement des abeilles, mais aussi de millions de petits oiseaux. Cette interdiction exprimait une politique courageuse, véritablement écologique, qui plaisait aux chasseurs. Cependant face à l’industrie sucrière (qui n’était pas sans arguments) le gouvernement a reculé. Les néocotinoïdes sont restés autorisés. Et aussitôt le ministre a cru bon de donner des gages à l’écologie radicale en interdisant la chasse à la glu, qui n’a aucun impact sur la population des oiseaux, afin d’annoncer une « bonne nouvelle pour la biodiversité ».

Cette interdiction de la chasse traditionnelle n’aura aucun impact sur la biodiversité ; mais elle fera disparaître un savoir-faire séculaire qui était un rapport au vivant plein d’enseignements. Le couple exploitation-protection de la nature, que l’ethnologue Charles Stepanoff appelle « explotection » conduit ainsi à la mort de la chasse, et bientôt à la mort de l’homme. Les chasseurs traditionnels d’Alaska aussi sont menacés par deux armées qui convergent vers eux : les sociétés pétrolières et les sanctuaires écologiques. 

Assumer dans la nature son statut de créature

Ici se trouve le signe de contradiction : le chasseur assume son statut de créature, quand l’homme post-moderne, épris de rentabilité une biodiversité théorique et d’une écologie morale, le refuse. L’écologie morale est fille de la grande ville. L’écologie réelle a son avant-garde dans nos campagnes : elle va à la chasse. La chasse est, avec l’agriculture, le lieu où l’on prend conscience de la crise climatique, de la dégradation des biotopes et de notre responsabilité d’humain, être vivant né carnivore et sexué, mais investi d’une mission éminente dans la gestion d’un monde fragilisé. Tout le reste est bavardage. Je ne crois qu’un écologiste qui serait capable de se donner du mal pour son chien, de sacrifier ses loisirs pour sauver l’équilibre d’une mare ou de pleurer devant la beauté d’un lever de soleil. Il en existe heureusement quelques-uns. 

Se laisser conduire au mystère de la Création

Ces jours-ci, le soleil se lève plus tard. Nos chiens seront bientôt heureux et nos équipages retrouveront leurs laisser-courre. Nous allons vivre de toutes nos forces sans écouter les diatribes contre la vénerie, contre la ringarde ruralité, contre le bonheur de nos pauvres vies, contre nous qui n’avons pas choisi de naître à la campagne mais avons décidé d’aimer nos campagnes parce que nous avons aimé nos enfances. Notre faute ? Nous aimons une vie qui nous a été donnée sans que nous l’ayons demandée, nous avons décidé de chasser le samedi et d’aller à la messe le dimanche sans nous poser de questions inutiles, décidé d’aimer nos chiens, d’aimer nos chevaux, les animaux sauvages et les longues journées sous la pluie. Nous sommes heureux d’avoir été créés. Nous acceptons d’être minoritaires dans notre siècle et ne voulons rien imposer à personne : nous ne mendions qu’un peu de silence. 

Ne laissons pas installer dans nos campagnes un climat de guerre civile, qui serait une guerre civile à un contre cent, guerre de l’immense France des villes (qui parfois habite à la campagne) contre la minuscule France des campagnes (parfois exilée dans les villes). La chasse nous conduit au mystère de la création. Elle nous rappelle que Dieu nous a créé carnivores. Le Christ ressuscité a mangé du poisson grillé avec ses disciples, du poisson pêché au filet. 

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